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Espaces-frontière et fantasmes migratoires à Chypre
Partie à Chypre comme volontaire du réseau Migreurop, ma mission devait se focaliser sur les mesures de contrôle des flux migratoires et sur la question de l’enfermement des étrangers.
A mon arrivée, je m’attendais à développer l’essentiel de mon étude sur la situation spécifique chypriote, où la ligne verte qui sépare le nord et le sud de l’île constitue un point de passage quasiment incontrôlé pour les migrants irréguliers qui souhaitent entrer en Europe (voir article « Une petite île dans la Méditerranée »). Au cours de ma mission, j’ai constaté à quel point les frontières étaient des espaces construits et ne reflétaient des enjeux migratoires que les aspects que les discours et les politiques laissaient paraître.
En effet, la ligne verte constitue certes un enjeu important mais pas l’élément majeur de la réalité migratoire de Chypre. Les estimations des passages irréguliers pas la police chypriote vont décroissantes, et les effectifs en poste aux points de passage ou le long de la ligne de démarcation sont trop peu nombreux pour qu’un contrôle réel s’effectue.
Comment expliquer alors qu’à l’inverse, les autres points d’entrée dans la République soient pratiquement étanches à tout flux irrégulier ? Les ports chypriotes du sud font partie par exemple des 33 ports équipés des dernières technologies de surveillance à être aux normes internationales ISPS.
Les politiques rétorqueront que la ligne verte n’est pas une frontière et qu’il est impossible de la contrôler comme telle ; ce qui remet l’accent sur le principal problème de Chypre, sa division, et rejette la faute du manque de contrôle migratoire sur « l’annexion » chypriote turque.
Malgré tout, les entretiens que j’ai pu mener avec des représentants diplomatiques et européens m’ont donné un éclairage différent sur la situation. Selon eux, le problème migratoire de Chypre n’est pas celui de la ligne verte, les autorités chypriotes se montrant d’ailleurs particulièrement lucides sur les passages irréguliers et n’estimant pas, en coulisses, que les entrées prennent des mesures disproportionnées. Certains diplomates poussent même l’analyse plus loin : si les migrants sont laissés libres de passer, en quelque sorte, c’est qu’ils répondent à un besoin de main d’œuvre non-déclarée qui sert l’économie.
Officiellement, la ligne verte est source de profondes inquiétudes pour les autorités chypriotes grecques, ce qui justifie une répression accrue des migrants irréguliers à la guise des autorités dans la partie sud de l’île : enfermements arbitraires des travailleurs irréguliers, des (...) |
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