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Chypre / Droits des étrangers /

Apprendre à vivre ensemble : la « Summer School » de KISA
23 juillet 2010 par MarieM

Durant 15 jours, l’école d’été [1] a battu son plein à KISA. Par manque de financements, les 4 semaines initialement prévues ont été réduites de moitié, mais, même pour une quinzaine de jours, l’événement est un franc succès.

Des journées d’échange et de découverte

35 enfants de 6 à 16 ans ont participé aux activités. L’inscription était gratuite et permet aux enfants dont beaucoup de parents ne travaillent pas ou gagnent peu leur vie de découvrir des activités auxquelles ils n’ont pas accès en temps normal. En effet, l’école termine à 13h ou 14h dans le système chypriote, et bien souvent les enfants sont inscrits à des clubs de sport, de musique, des cours de langue etc., des loisirs éducatifs qui coûtent cher.

Je me souviens d’une mère de famille sans papiers avec deux enfants en bas âge, dont le mari a été renvoyé dans son pays d’origine, et qui me parlait de son fils lui demandant pourquoi il ne pouvait pas faire comme les autres enfants et aller au sport l’après-midi. Elle lui avait répondu tout simplement qu’elle n’avait pas d’argent pour cela, avec toute la dureté de ce qu’implique cette réponse pour un petit garçon de 7 ans.

Ici, durant deux semaines, ce sont des sessions de photographie, poterie, danse, tambours d’Afrique, des cours d’anglais, l’accès aux ordinateurs, des jeux en extérieurs, des activités sportives, et, pour ponctuer le tout, 3 jours sous les pins dans un camping en bord de mer. Un vrai luxe pour beaucoup qui ne partent pas vraiment en vacances, et surtout pour les plus jeunes pour qui cette excursion collective était la première loin de leur(s) parent(s).

Vivre ensemble : le grand défi

Iraniens, Irakiens, Philippins, Kényans, Chyprio-Nigérians, Chyprio-Dominicains, Britanniques, Chypriotes, Congolais, Georgiens, un vrai melting pot à l’image de la diversité culturelle de Chypre (qui ne plaît peut-être pas à tout le monde mais qui est bien là !).

Grand succès : des chypriotes sont venus !!! Certes peu nombreux, mais c’est déjà un indicateur positif. Favoriser la diversité doit se faire entre communauté et également, et de façon cruciale, avec les Chypriotes eux-mêmes.

Certains des enfants et adolescents se connaissent déjà, car KISA organise régulièrement le vendredi des ateliers récréatifs avec des bénévoles pour les enfants de 6 à 18 ans. Des têtes nouvelles sont venues étoffer le petit groupe, notamment Irakiens, ravis de trouver une association multiculturelle et des activités avec des jeunes de leur âge qui parlent leur(s) langue(s) (beaucoup sont bilingues, trilingues, quadrilingues…et moi à côté, je me sens toute petite !!).

Le vivre ensemble, surtout à des âges où l’on manque parfois de diplomatie, n’est pas chose aisée pour tout le monde, avec parfois des scènes qui, à mes yeux de française, paraissent surréalistes : un Philippins montrer du doigt un garçon avec lequel il se chamaillait et le traiter de « Mabro », ce qui signifie « Noir » en Grec. Taulé général, réaction vive de l’éducatrice, sur-réaction dans un mélange asiatico-chyrprio-maternel de la mère et de la grand-mère du jeune Philippin…que faire, laisser glisser ce type de remarques stupides mais qui inondent pourtant les cour de récréation dans toutes les écoles du monde (et si ce n’est pas la couleur, ce sera les lunettes, ou encore l’embonpoint, si ce n’est le bizutage classique du bon élève) ou attaquer à la racine ce racisme ambiant ?

C’est comme c’est petite Bangladeshie inscrite à l’école primaire la plus prestigieuse (et la plus chère) de Nicosie : parfaitement trilingue à 6 ans, très bien éduquée, elle a dû se faire une place dans son école, où ne sont inscrits que des Chypriotes, ou en tous les cas des « Blancs ». Elle est la seule écolière à la peau foncée. Arrivée à l’école d’été, la sentant sur la réserve à la fin de la première journée, sa mère lui a demandé si tout allait bien. Réponse : « il y a beaucoup de Noirs ici ». Frisson à l’écoute de la reproduction des discours que certains petits chypriotes tiennent sur les migrants, relayant comme un miroir le monde des adultes qui les entoure.

A ce propos, une session du Parlement des Enfants à Chypre montre bien à quel point les jeunes générations ont besoin d’être sensibilisées. En effet, le dimanche 20 juin, je suis tombée avec intérêt sur une brève à propos du Parlement des enfants à Chypre, qui a tenu une session sur la question des réfugiés, 2 jours après la journée mondiale qui leur est consacrée par le HCR et tous ceux qui le souhaitent. Je m’attendais donc, soyons honnête, à trouver dans ces quelques lignes, un mélange de naïveté et de lucidité humaniste qui fait le charme des commentaires et analyses des enfants en général. Déception totale à la lecture de l’article, dont voici quelques extraits traduits en français :

« Une étude menée auprès des écoliers de Limassol et Larnaca montre, entre autres, que les migrants illégaux ne devraient pas venir à Chypre et devraient être renvoyés parce qu’ils créent des problèmes. Généralement, les réfugiés étaient perçus comme des gens dont la vie est en danger et qui doivent quitter leur pays, mais qui, ce faisant, créent des problèmes pour les Chypriotes ».

Fin de citation…à noter le « migrants illégaux » et non « migrants irréguliers ».

J’avoue avoir été surprise de noter ce même type de remarques avilissantes dans la bouche de ceux qui sont les premières victimes du racisme à Chypre. Mais en y réfléchissant bien ce n’est pas étonnant. Cela dit, malgré quelques tensions, les deux semaines se sont déroulées sans incident majeur. Mais apprendre à vivre ensemble est un vrai défi.

Le camping : une leçon de multiculturalisme.

Arrivés au camp de Polys Chrysochou, chacun monte sa tente. Les groupes se forment, les copains d’abord, par groupe de 2 ou 3, et par âge. Nous avions demandé aux parents d’accompagner les enfants de moins de 11 ans. 5 mères d’origine iranienne se sont donc jointes à notre groupe…et ont construit leur tente dans leur coin, un vrai petit campement digne d’un hôtel….2 étoiles (je rappelle que nous étions au camping, rien de très raffiné non plus), comparé à notre campement plutôt « auberge de jeunesse » 2 mètres plus loin. Notre équipe en a un peu discuté, entre 2 cafés, et la garniture des tranches de pain au Nutella pour le petit déjeuner x 35 enfants et ados affamés (je vous sens dans l’ambiance) : comment intégrer cette communauté iranienne au groupe ?

La cuisine pardi ! Samedi midi a donc été l’occasion d’un copieux repas iranien, riz au safran, agneau aux champignons et pommes de terre, permettant ainsi d’échanger et de minimiser le phénomène « bande à part ». Nous aurions tout de même aimé davantage de mélange et, finalement, ce camping permet de poser les bonnes questions : le multiculturalisme oui, mais plutôt patch-work ou salad-bowl ?




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