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Une petite île dans la Méditerranée Chypre : la Méditerranée, à deux pas des côtes turques, syriennes et libanaises. C’est à peu près tout ce que je connaissais de l’île d’Aphrodite avant ma mission pour Migreurop et Echanges et Partenariats. Méconnue, la jeune République, qui a fêté les 50 ans de son indépendance le 1er octobre, est pourtant riche d’une histoire qui explique pour beaucoup les défis auxquels elle doit faire face aujourd’hui.
Entre Europe et Asie, un carrefour de civilisations Avec une population d’un million d’habitants, essentiellement urbaine, concentrée pour les deux-tiers dans la partie sud, c’est une petite île de la Méditerranée légèrement plus grande que la Corse que j’ai découverte durant cinq mois. Basée à Nicosie, la capitale, j’ai surtout travaillé dans la partie sud. De nombreuses civilisations se sont succédées sur ce territoire à la localisation stratégique, Phéniciens, Grecs, Génois, Chrétiens en croisade, Ottomans, Britanniques, jusqu’en 1974, date charnière dont les conséquences jouent profondément sur les enjeux géopolitiques actuels, notamment migratoires. Les enjeux de l’indépendance Chypre a été une colonie britannique jusqu’en 1960. Convoitée par la Turquie et la Grèce qui, toutes deux, souhaitaient que l’île intègre leur territoire (la population est composée de turcophones à majorité musulmanes et d’hellénistes à majorité grecs orthodoxes), divisée entre pro-Turcs, pro-Grecs et indépendantiste chypriotes, l’île a finalement obtenu son indépendance. Une indépendance à relativiser toutefois puisque l’île compte deux bases militaires souveraines du Royaume-Uni et qu’en cas de menace pour leurs intérêts, le traité prévoit que les britanniques puissent reprendre le contrôle sur la totalité de l’île. Par ailleurs, l’indépendance de Chypre et l’intégrité de son territoire sont « garanties » par la Turquie, la Grèce et le Royaume-Uni, ce qui donne à chacune de ces puissances un quasi droit d’ingérence dans les affaires de la République au nom d’intérêts politiques régionaux. 1974 : la fin de l’unité C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 1974 : alors que l’île était en proie à de nombreuses violences inter-communautaires dès le début des années 1960, la junte militaire grecque au pouvoir depuis 1967 organisa un coup d’Etat pour s’emparer de Chypre unilatéralement. La réaction turque ne se fit pas attendre, conduisant à un conflit militarisé durant trois jours et un mouvement massif de population : chypriotes grecs orthodoxes au sud, chypriotes turcs musulmans au nord, séparés par une ligne fixée en accord avec les Nations-Unies : la ligne verte. Quant aux autres communautés, maronites, arméniennes, chrétiennes, elles ont dû choisir leur camp. Au nord, la République Turque de Chypre Nord a été crée en 1983, mais n’est reconnue que par la Turquie. Quelle "Chypre" dans l’UE ? Diverses propositions ont tenté d’apporter une solution au « problème chypriote ». La dernière date de 2004 avec le rejet par référendum du Plan Annan (alors Secrétaire Général de l’ONU) qui aurait amené à une gouvernance fédérale et bi-communautaire de l’île. Avec la perspective de l’élargissement de l’UE, de longues négociations ont abouti à l’entrée de Chypre dans l’Union. Toutefois, le droit européen ne s’applique pas dans la partie nord, considérée comme un espace où la République n’exerce pas sa souveraineté. La ligne verte n’est donc pas une frontière, il s’agit bel et bien d’une ligne de démarcation au-delà de laquelle rien d’officiel n’existe (ni les contrôles aux frontières, ni l’aéroport qui s’y trouve). Alors que les pourparlers se poursuivent pour aboutir éventuellement à une solution qui satisfasse les deux communautés, les crispations identitaires demeurent. Elles sont largement relayées, du côté grec, par des programmes scolaires nationalistes où le religieux orthodoxe demeure extrêmement présent. Le repli identitaire est beaucoup moins prononcé au nord : les Chypriotes turcs apprécient peu « l’invasion » de leur territoire par les Turcs de Turquie, envoyés en masse par Ankara pour peupler une République qui peine à faire le poids démographiquement face à son voisin chypriote grec. Bien que le grec et le turc soient les deux langues officielles du pays, tout le monde parle Grec ou bien anglais au sud de l’île, et la haine de la Turquie est perceptible au quotidien : vous ne commanderez jamais un « café turc » au sud de la ligne verte. Vous commanderez un « café chypriote ». N’évoquez pas non plus Istanbul et la magie de cette ville avec certains Chypriotes grecs. Si vous dîtes que vous êtes français, on vous dira d’un ton compréhensif qu’ici aussi on a des problèmes avec les musulmans…Bien que le climat de violence ne soit pas le même qu’en Palestine, je ne peux m’empêcher de penser aux communautés israélienne et palestinienne. Deux mondes hermétiques l’un à l’autre. Composer avec l’autre : les conséquences d’un passé lourd accolés aux réalités migratoires contemporaines Racisme, blessures transmises depuis trois générations, nationalisme exacerbé chez certains : le terrain n’est effectivement pas très favorable à une réconciliation. Toutefois, de plus en plus d’initiatives bi-communautaires tentent d’instaurer un dialogue avec cet « autre » qu’on ne connaît plus depuis 1974. Empreints d’une histoire difficile, les Chypriotes sont peu enthousiastes quant à l’arrivée de nombreux migrants, réguliers ou irréguliers. C’est dans ce contexte particulièrement tendu, que KISA tente de défendre le droit des étrangers et de promouvoir le multiculturalisme. |
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