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Espaces-frontière et fantasmes migratoires à Chypre
3 octobre 2010 par MarieM

Partie à Chypre comme volontaire du réseau Migreurop, ma mission devait se focaliser sur les mesures de contrôle des flux migratoires et sur la question de l’enfermement des étrangers.

A mon arrivée, je m’attendais à développer l’essentiel de mon étude sur la situation spécifique chypriote, où la ligne verte qui sépare le nord et le sud de l’île constitue un point de passage quasiment incontrôlé pour les migrants irréguliers qui souhaitent entrer en Europe (voir article « Une petite île dans la Méditerranée »). Au cours de ma mission, j’ai constaté à quel point les frontières étaient des espaces construits et ne reflétaient des enjeux migratoires que les aspects que les discours et les politiques laissaient paraître.

En effet, la ligne verte constitue certes un enjeu important mais pas l’élément majeur de la réalité migratoire de Chypre. Les estimations des passages irréguliers pas la police chypriote vont décroissantes, et les effectifs en poste aux points de passage ou le long de la ligne de démarcation sont trop peu nombreux pour qu’un contrôle réel s’effectue.

Comment expliquer alors qu’à l’inverse, les autres points d’entrée dans la République soient pratiquement étanches à tout flux irrégulier ? Les ports chypriotes du sud font partie par exemple des 33 ports équipés des dernières technologies de surveillance à être aux normes internationales ISPS.

Les politiques rétorqueront que la ligne verte n’est pas une frontière et qu’il est impossible de la contrôler comme telle ; ce qui remet l’accent sur le principal problème de Chypre, sa division, et rejette la faute du manque de contrôle migratoire sur « l’annexion » chypriote turque.

Malgré tout, les entretiens que j’ai pu mener avec des représentants diplomatiques et européens m’ont donné un éclairage différent sur la situation. Selon eux, le problème migratoire de Chypre n’est pas celui de la ligne verte, les autorités chypriotes se montrant d’ailleurs particulièrement lucides sur les passages irréguliers et n’estimant pas, en coulisses, que les entrées prennent des mesures disproportionnées. Certains diplomates poussent même l’analyse plus loin : si les migrants sont laissés libres de passer, en quelque sorte, c’est qu’ils répondent à un besoin de main d’œuvre non-déclarée qui sert l’économie.

Officiellement, la ligne verte est source de profondes inquiétudes pour les autorités chypriotes grecques, ce qui justifie une répression accrue des migrants irréguliers à la guise des autorités dans la partie sud de l’île : enfermements arbitraires des travailleurs irréguliers, des sans-papiers, rejet presque total de toutes les demandes d’asile, absence de recours juridiques effectif, renvois massifs hors des frontière de l’UE.

Eléments d’une immigration jetable par excellence, ceux que l’on laisse entrer en fermant les yeux sur leur statut sont arrêtés dès lors qu’ils ne servent plus l’économie ou dès qu’ils pourraient envisager des rester dans le pays (naissance d’un enfant, employeur enclin à déclarer son employé(e), mariage avec un(e) Chypriote Grec).

Et il est plus facile de faire porter la responsabilité de cette politique migratoire peu glorieuse aux voisins en montrant l’image de frontières officielles hermétiques, que de prendre de réelles mesures pour répondre au réel problème migratoire de Chypre : une population flottante très nombreuse de sans-papiers, d’irréguliers, de migrants séjournant « temporairement » mais finalement de façon permanente sans droit de travail officiel, sans droits sociaux, des "indésirables" dans une situation admnistrative instable, bloqués dans une île dont l’histoire renforce les fantasmes migratoires.

Une année de volontariat entre Ici et là-bas...
27 septembre 2010 par Laure

A Paris : d’intenses moments de formation, puis de capitalisation collective avec les autres volontaires et l’équipe du Programme Echanges et Partenariats. Prise de recul et va-et-vient essentiel entre l’action et la réflexion. Pour moi, c’était aussi une ouverture sur un univers associatif et militant plus vaste, et sur des thématiques nouvelles. La préparation de ma mission avec l’équipe d’IDD. Mes appréhensions. A Rabat : Les sessions de la Formation-Action à l’Institut de Formation des Agents de Développement (IFAD) où je retrouvais tout les deux mois les 25 stagiaires des associations partenaires du réseau IDD. Ma participation au projet fédérateur qui m’a confrontée à des problématiques telles que l’enjeu du lien entre migrations et développement, la complexité du lien entre les M.R.E. (Marocains Résidants à l’Etranger) et leur pays d’origine, et inversement. Mais aussi la lutte pour les droits des femmes et l’égalité des genres, le manque de statut et de reconnaissance des permanents des petites structures associatives marocaines… Des rencontres et des échanges avec d’autres volontaires ou bénévoles, au sein d’associations qui œuvrent dans le domaine des droits humains, des droits des migrants subsahariens, qui m’ont permis de comprendre et de mieux appréhender le contexte et les réalités marocaines. Ma consternation face à la situation des migrants subsahariens au Maroc qui n’ont pas accès à leurs droits, les effets des politiques européennes, les refoulements dans le désert d’Algérie, le racisme. Le parallèle avec la situation des migrants en France et la politique en matière d’immigration. Aux quatre coins du Maroc : à Figuig, Khmiss Dades, Ait Herbil, Beni Ayatt, Ouled Ftata, Targamait, Fes, Al Hoceima, Tinghir, Bouizakarne, Imiougadir. Des missions de terrain au sein des associations rurales qui m’ont permis d’avoir une meilleure connaissance de leurs pratiques et leur fonctionnement , puis de remettre en question nos projets, d’avoir un autre regard sur notre action au sein de nos associations en France. Des missions d’accompagnement sur la communication, la capitalisation et la valorisation à travers le blog et d’autres outils de communication, afin de renforcer les capacités des associations. Ces ateliers qui ont parfois permis d’aborder les fondamentaux des projets menés par les associations. Ma contribution au renforcement des liens et des partenariats entre associations françaises et marocaines. Le partenariat, une pratique de la solidarité internationale, un défi qui vise à construire des rapports égalitaires entre des structures, mais aussi au-delà, entre des sociétés d’ici et d’ailleurs. Et puis partout : Des questionnements sur les enjeux mondiaux, sur notre action en tant qu’acteurs de la solidarité internationale. Un accueil chaleureux. Des rencontres inoubliables.

L’heure du départ
20 septembre 2010 par Diane

Mercredi 15 septembre 2010. L’heure du départ approche. L’avion décolle demain matin à 8h00. Les bagages sont terminés et ma mission au Maroc aussi. Une année chargée d’imprévus, de rencontres, de découvertes, de surprises, de travail intense s’achève. Mes quelques appréhensions avant mon arrivée au Gadem se sont rapidement dissipées. Avec du recul, je me suis sentie tout de suite comme faisant partie intégrante de l’équipe. Le travail, intéressant, n’a pas cessé d’occuper mes journées, parfois mes soirées et même mes week-end. Difficile de faire un bilan en quelques lignes. Un des moments forts de ma mission s’est produit à quelques jours de son terme lorsque j’ai appris que C. avait obtenu le statut de réfugié auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). C., cette jeune fille fragile qui, âgée d’à peine 16 ans, porte déjà sur ses épaules le poids d’épreuves particulièrement traumatisantes. Certes, le statut de réfugié au Maroc n’est pas une finalité en soi. Difficile d’imaginer un avenir dans un pays qui ne reconnait pas les droits inhérents à ce statut. Elle bénéficiera peut-être du programme de réinstallation du HCR. C. est mineure, isolée et vulnérable. Ce critère de vulnérabilité est apprécié par le HCR de manière peu transparente. Quoiqu’il en soit, C. a obtenu la reconnaissance de sa qualité de réfugiée, la reconnaissance de ce qu’elle a subi. Ce qui constitue déjà un premier pas vers sa reconstruction. C’était mon premier dossier au Gadem relatif à la demande d’asile, d’autres ont suivi, tous avec une issue incertaine. Les recours contre les décisions de rejet des demandes d’asile n’ont pas été les seuls aspects de mon travail. Le guide juridique pratique et notamment tout ce qui concerne le séjour au Maroc a rempli une bonne partie de mon temps. De même que les formations, notamment celle sur l’asile dispensée aux agents de terrain de Caritas Rabat, et le Mali bien sûr ! Quinze jours passés à Bamako au sein de l’Association Malienne des Expulsés (AME) dans le cadre du projet régional de la Cimade dont fait partie le Gadem. Ces quinze jours qui avaient pour objectif premier le renforcement des capacités du nouveau juriste de l’AME m’ont permis de prendre encore un peu plus d’assurance et de découvrir un autre pays, une autre culture. Le travail du Gadem consistant à lutter pour la mise en œuvre effective des droits des étrangers au Maroc n’en est qu’à ses débuts. Une chose est sûre, malgré l’éloignement, je ferai mon possible pour y contribuer. L’aventure ne fait que commencer !

Quand les Premières Nations auront-elles le champ libre au Québec ?
13 septembre 2010 par Lucie

Juste avant d’arriver au Québec, j’avais entendu parler de réserves d’amérindiens encore existantes, sans vraiment y croire. En discutant autour de moi, je me suis vite rendu compte que, oui, il y avait encore de nombreuses zones de flou autour de cette thématique, toute nouvelle et incroyable, pour une européenne, néo-américaine, qui connaissait l’histoire des indiens seulement par le biais des récits sur la conquête de l’Ouest. Le terme autochtone est clair et désigne les personnes habitant sur des terres d’où elles sont originaires. Pour des peuples, vivant sur de vastes étendues (sur lesquelles ils se déplaçaient en fonction des saisons, de la chasse ou de leurs rites) leurs territoires actuels ne peuvent correspondre à ceux qu’ils revendiquent. Ces peuples ont depuis trois siècles été déplacés, déportés, massacrés, acculturés et pourtant, ils sont toujours présents même si leur résistance et leurs traditions sont de plus en plus difficiles à conserver.

Quand tu questionnes les montréalais pour savoir s’ils sont déjà allés dans une réserve autochtone, la réponse est systématique : « Oui, j’y suis allé acheter des clopes ». Leurs relations avec eux s’arrêtent souvent là où finit leur intérêt de consommateur et les produits détaxés des réserves (cigarettes, alcool et autres). Les stéréotypes attachés aux Innus, Algonquins, Mohawks, Abénaquis et six autres peuples, tous présents sur le territoire du Québec, sont terribles : alcooliques, drogués, voleurs, fauteurs de troubles... Si bien que le 9 septembre (2010 !), un projet de centre d’hébergement pour Inuits a été abandonné par le bureau de santé des Inuits : depuis qu’il avait été rendu public en mai, des élus et des citoyens du quartier Villeray à Montréal protestaient contre en tenant des propos clairement racistes devant les médias dénonçant les problèmes sociaux qu’un tel centre apporterait dans le quartier et en distribuant un tract intitulé « Danger imminent » pointant l’augmentation possible de la criminalité dans le quartier, si... Malgré le soutien d’un comité de citoyens au projet, les autorités inuits ont préféré trouver une autre localisation, devant tant d’hostilités au sein du quartier. Ils ont ainsi exprimé leurs craintes quant à l’accueil des inuits, venus recevoir des soins non disponibles chez eux...

Le 11 juillet dernier, environ 300 personnes étaient réunies pour commémorer la crise d’Oka. Il y a 20 ans, la communauté mohawks de Kahnasetake s’était opposée à un projet, mené notamment par la ville, d’extension d’un golf sur le terrain de leur cimetière traditionnel. Entre barricades érigées par les mohawks, assaut de la Sûreté du Québec et déchaînement des médias contre les actions "sauvages" des mohawks, la violence n’aurait pas été si forte si la ville avait, dés le début, pris en compte les revendications de ces habitants, autochtones au sens propre du terme. 20 ans plus tard, rien n’a changé. Cette année, la firme Norfolk ravive les tensions en voulant développer un projet immobilier sur des terres adjacentes à celles du golf...

Il faut savoir que le Canada n’a toujours pas signé la Déclaration des droits des peuples autochtones. En attendant, les mobilisations continuent à échelles : - locale : contre la main mise d’une compagnie minière sur la petite communauté d’Attawapiskat et les problèmes sociaux-environnementaux qu’il en résulte par exemple, - provinciale : contre les projets d’exploitation du gaz de schiste québécois présent sur des territoires autochtones, - nationale : pour la ratification de la Déclaration du droit des peuples autochtones, - internationale : comme avec la Déclaration de Cochabamba mettant en avant ces mêmes peuples et leurs revendications transversales.

Toute la complexité de ces situations, qui perdurent depuis maintenant presque quelques siècles, ne peut se résumer en quelques lignes mais ne peut être tu.

Ramadan Moubarak !
30 août 2010 par Laure

Nous sommes le 12 août de l’an musulman 1431, c’est le 1er jour du mois sacré de Ramadan au Maroc. De l’aube au crépuscule, les marocains vont jeûner durant 30 jours. Il est 19h et la chaleur de la journée commence seulement à s’atténuer. Les rues de la capitale sont désertes. Les petits taxis bleus qui sillonnent d’habitude la ville ont disparus. Le bruit incessant de la circulation et des klaxons a laissé place au silence. L’animation des rues de la Médina s’est arrêtée et toutes les échoppes ont fermé. Il règne un calme impressionnant, presque pesant. Tout le monde s’est réuni à la maison pour le premier « ftour » (repas de rupture du jeun) du mois sacré et chacun attend le signal du muezzin pour rompre le jeun. Des odeurs épicées sortent de toutes les fenêtres voisines. Au menu : « Harira » (soupe marocaine) accompagnée de "Chebakia" (beignets au miel et au sésame), dattes, thé à la menthe, « Msmen », « Meloui » et autres douceurs et pâtisseries marocaines.

Puis vers 21h, les rabattis rassasiés commencent progressivement à réinvestir la ville. La place centrale de Bal El Had et l’avenue Mohammed V sont pleines de monde. La capitale prend des allures de fête. Les jeux des enfants et les rires durent très tard dans la nuit dans les appartements voisins. Au fil des jours, on s’habitue au nouveau rythme de la ville, aux nouveaux horaires de travail. Puis, l’effervescence des premières journées s’estompe. Il faut surtout anticiper la rupture du jeun et rentrer chez soi avant l’heure où la ville s’arrête... au risque de se retrouver bloqué quelque part quand plus aucun moyen de transport ne fonctionne.

Si pour beaucoup de marocains, le mois de ramadan est synonyme de fête et de spiritualité, il est pour certains une épreuve contraignante. Au Maroc, rompre le jeun en public est puni par la loi. La constitution marocaine, et en particulier l’article 222 du code pénal, stipule que seuls les juifs marocains sont autorisés à manger ou boire en public. Tout les autres marocains risquent une amende et jusqu’à six mois de prison. Depuis l’an dernier, un mouvement s’est constitué sous le nom de M.A.L.I. (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles), pour protester contre cet article 222, qui aurait été mis en place par le maréchal Lyautey à l’époque du protectorat. Le M.A.L.I. dénonce les arrestations et condamnations et cherche à initier le débat sur la liberté de jeun. L’initiative a démarré en 2009 via un groupe facebook appelant à un « dé-jeuner » public en plein mois de ramadan, qui s’était soldé par une quinzaine d’arrestations. Cette année, ce mouvement fait de nouveau parler de lui, notamment sur internet et de nombreuses voix s’élèvent contre des propos qui choquent et brisent le tabou de la liberté de culte.

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