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Entretien avec Lola : Déportations : frontière gréco-turques sous tension Intéressée par les questions migratoires, bénévole au sein du réseau Migreurop, Lola continue son petit bout de chemin en Turquie cette fois ci, entre l’Orient et l’Occident, pour travailler sur les accords de réadmission.
Ronack : Peux-tu décrire ton parcours rapidement ?
Ronack : Quelles sont tes expériences associatives ? Lola : J’ai fait un stage au GISTI (Groupe d’information et de soutien aux immigrés) qui fait du soutien juridique auprès des sans papiers. C’était le moment de l’évacuation du squat de Cachan. J’ai été envoyée sur le terrain où le GISTI tenait des permanences juridiques. J’ai pu donc rencontrer les associations présentes sur places, leurs militant-e-s, bénévoles, salarié-e-s. Ce contact avec les migrants et tous les autres acteurs investis sur ces questions a été une expérience forte. C’est également par le biais du GISTI que j’ai découvert Migreurop qui est un réseau de militants et chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps. Or comme je ne suis pas juriste à l’inverse de beaucoup de membres du GISTI, ça été plus facile pour moi de trouver ma place dans ce réseau. C’était le moment où Migreurop commençait à travailler sur les pays de l’Europe de l’Est. J’ai donc fait un stage dans cette structure où j’ai pu approfondir les problématiques soulevées par les politiques migratoires. J’ai notamment travaillé sur les accords de réadmission, qui sont des accords entre Etats dont le but est de renvoyer les migrants vers leurs pays d’origine ou de transit. Convaincue de la nécessité d’un tel réseau, j’ai adhéré puis commencé à travailler en tant que bénévole. J’ai poursuivi avec un stage dans une ONG de développement où j’ai travaillé auprès de la chargée de mission Balkans. J’ai pu partir au Kosovo et en Bosnie pour travailler sur les retours forcés. J’ai travaillé à l’organisation en octobre 2008 d’une rencontre régionale dans les Balkans sur ces questions, ce qui m’a permis de rencontrer des personnalités très fortes. De plus, pour ma génération, la guerre en Ex-Yougoslavie et ses déroulements postérieurs sont les premiers événements que nous avons suivi médiatiquement, ce qui, je crois, a contribué à renforcer l’intensité de ces expériences. En fait, cet intérêt pour les questions migratoires s’est constitué petit à petit, de l’intérêt pour la politique, à mes études et mes stages, je me suis « spécialisée »… Ronack : Pourquoi la Turquie ? Lola : Dans le prolongement de mes expériences précédentes, j’avais envie d’aller sur un nouveau terrain, d’autant plus que les relations gréco-turques sur les questions migratoires sont de plus en plus vives. Par ailleurs, je suis allée plusieurs fois à Istanbul en vacances et surtout dernièrement en juin où j’ai participé à une rencontre entre des associations françaises et turques. Cet évènement a été pour moi l’occasion d’avoir une première approche de la société civile turque. J’ai donc envie d’en connaître plus… Ronack : Peux-tu en dire un peu plus sur ta mission ? Lola : Un peu de contexte pour commencer… Au début des années 2000, un accord de réadmission a été signé entre la Grèce et la Turquie. Un tel accord permet de renvoyer en Turquie tous les migrants sans titre de séjour arrêtés en Grèce qui auraient transité par la Turquie. Mais celle-ci traîne les pieds pour la mise en œuvre dans la mesure où elle ne peut/veut pas reprendre tout le monde. A cela s’ajoute le fait que la Turquie dénonce les pratiques de la Grèce qui utilise des moyens illégaux pour renvoyer les migrants en Turquie. C’est ce que l’on appelle les déportations illégales qui peuvent consister à pousser des bateaux chargés de migrants vers les eaux territoriales turques ! Cette situation engendre bien entendu de nombreuses victimes. Juste pour la journée d’hier, c’est 10 personnes qui ont été retrouvées mortes dans la mer Egée… C’est une des principales conséquences des politiques sécuritaires de l’Union Européenne : à force de sécuriser les frontières, les passages deviennent plus dangereux et il y a plus de morts. Pour ma part, je vais travailler au sein de l’association RASP (Refugee Advocacy and Support Program). Ma mission consistera à travailler sur les déportations illégales, c’est-à-dire recueillir des informations, des témoignages mais également essayer de trouver des moyens juridiques pour lutter contre ces renvois. Ronack : Quelles sont tes attentes ? Lola : J’ai simplement envie d’avoir une nouvelle expérience de terrain pour me confronter à la réalité tout en continuant à approfondir les sujets migratoires. |
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