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Alors, Ρεγγίνα, tu pars à la re-découverte de la Grèce ?
Regina part en Grèce pour Migreurop au sein d’une association Antigone. Son travail sera axé sur les conditions de vie des migrants aux frontières et sur les îles, tout particulièrement sur la frontière gréco-turque (en résonnance avec Lola qui part en Turquie sur la même thématique).
Dans quel état d’esprit retournes-tu en Grèce ?
Curieuse… pour deux choses en fait !
Je le fais dans un cadre différent de d’habitude. À Athènes, j’ai déjà étudié, passé des vacances ou encore fait des observations de terrain… Mais je n’ai pas encore agi, comme on l’a vu pendant ce mois, dans un cadre de solidarité internationale. J’ai déjà eu des contacts avec des associations grecques, mais je n’ai jamais travaillé avec elles. J’ai l’impression qu’elles ne sont pas basées sur le même modèle qu’en France. Par exemple, il existe déjà un réseau d’acteurs mais qui fonctionne de manière informelle, contrairement à la France. J’ai envie de les connaître de l’intérieur tout en prenant du recul et en participant à leur mise en réseau à échelle européenne. De plus, l’actualité a changé depuis mon dernier voyage. Un grand campement informel de migrants a été démoli, les rafles dans des squats ont augmenté, les locaux de rétention sont surpeuplés… Les questions de migrations sont de plus en plus médiatisées. J’attends de voir comment le nouveau gouvernement va traiter ces questions…
Pourquoi es-tu venue à Paris la première fois ?
En Grèce, je faisais des études généralistes de sciences politiques. Je suis, d’abord, allée à Paris en Erasmus, il y a 7 ans. J’avais juste envie de partir à l’étranger avec ma bande d’amis. J’y suis ensuite revenue pour faire un DEA à mi-chemin entre la sociologie et la philosophie. J’ai alors travaillé sur des groupes anarchistes grecs au XIXème et leurs liaisons avec la France et l’Italie. Depuis, j’ai changé. Je m’intéresse à la ville. Cela a commencé après avoir lu un auteur américain : Richard Semet qui travaille sur des espaces hétérogènes et l’anarchie qu’ils introduisent dans la ville, comme une forme d’émancipation. En fait, c’est toujours cette question d’émancipation politique qui m’a intéressée, de l’histoire des idées je suis passée à la relation entre espace public politique et ville.
Et tu as réussi à passer de l’histoire des idées aux…migrants ?
On pourrait dire que je suis en errance aussi depuis un bout de temps, académique comme géographique.
Je suis tombée sur des architectes-artistes italiens qui travaillaient sur des réappropriations de friches. Ce qui m’a poussée à m’intéresser aux bâtiments délaissés à Athènes et à leurs « habitants », grecs et migrants. Je suis retournée à Patras d’où je suis originaire et où ma mère habite encore. Je me suis rendue compte que la ville avait beaucoup changé par rapport à mon enfance. C’était fou de voir comment le paysage était transformé par la nouvelle circulation des hommes. C’est un passage vers l’Italie. De nombreux migrants y arrivent et essaient d’embarquer sur un bateau, kurdes, afghans et soudanais, entre autres. J’ai grandi juste à côté de ce qui est devenu un peu plus tard… un campement informel pour migrants ! Quand je m’en suis aperçue, j’ai voulu comprendre le fonctionnement de ce camp et connaître les personnes qui y vivaient.
Au début, les contacts avec les migrants étaient difficiles et puis j’ai fini par créer des liens avec eux. Un peu plus tard, j’ai commencé à côtoyer aussi des collectifs de gauche et des anarchistes, venus les soutenir.
Entre tous mes allers et retours entre la France et la Grèce, j’ai décidé d’aller à Calais, pour voir ce qu’il se passait dans la « jungle ». Situation similaire à Patras, mais avec des différences évidentes au niveau de la vie dans le campement, les répressions policières, les acteurs associatifs, les institutions… Je ne peux pas rentrer dans les détails, mais deux choses m’ont frappée : les soutiens français étaient très organisés presque en entités indépendantes par rapport au camp lui-même ; et les répressions policières créent une méfiance forte vis-à-vis des personnes étrangères à la jungle.
C’est au fil de mes rencontres à Calais et Paris que j’ai été amenée à postuler pour la mission avec Migreurop, qui donnera de nouvelles dimensions à mon action, européenne et militante.
Aujourd’hui, la jungle de Calais a été rasée et le campement de Patras fermé. L’intérêt de lutter pour le droit à la reconnaissance des migrants au niveau européen est indiscutable.
Après s’être concentrée sur les portes de sortie des migrants de la Grèce vers le reste de l’Europe, Regina, notre gréco-parisienne, va maintenant utiliser son énergie à témoigner des conditions des migrants à leur entrée en Grèce ou plutôt en Europe .
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