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/ Carnet de bord  /

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Détenus pour durée indéterminée en Turquie
14 mars 2010 par Lola

J’ai obtenu une autorisation pour visiter le centre de détention de Kiklareli, situé près de la frontière avec la Bulgarie. Une visite qui finalement n’en était pas une car il m’a été interdit de visiter les locaux. Les entretiens avec les migrants ont été menés à l’intérieur du poste de police. Ils n’ont aucune information sur leurs droits et sur la durée de leur détention. Ils sont dans une incertitude immense.

S., tunisien, est enfermé depuis deux ans dans le camp. Il a fait trois grèves de la faim pour protester contre les conditions de détention (nourriture, possibilité de sortir des chambres...). M., iranien, est quand à lui depuis 18 mois à Kiklareli. Ils sont en attente d’une décision de justice de la Cour européenne des droits de l’homme, ils ne savent pas quand il seront libérés. Des familles sont également présentes, avec des enfants en bas âge dont certains ont de graves problèmes de santé. Ils attendent eux aussi. Cette attente est ce qu’il y a de plus difficile pour les migrants détenus dans les camps en Turquie. Ils ne connaissent pas les raisons de leur détention. Un des migrants m’a dit qu’il préférerait savoir être là pour un an plutôt que d’attendre en espérant que chaque jour sera le dernier.

La semaine passée un migrant a fait une tentative de suicide lors de sa détention dans le poste de police de la ville de Çanakkale. Les circonstances sont encore floues mais cet événement révèle les conditions inhumaines dans lesquelles les migrants sont détenus en Turquie. Deux jugements de la Cour européenne des droits de l’homme rendus en fin 2009 et début 2010 - Abdolkhani et Karimnia ; ZNS - ont condamné la Turquie sur les conditions de détention des migrants et l’impossibilité de faire un recours à la décision de justice. Les deux jugements pointent la situation particulièrement difficile de Kirklareli.

Ce dimanche, nous avons manifesté devant le centre de détention d’Istanbul à Kumkapi. Nous avions tous des pancartes traduites dans plusieurs langues avec écrit dessus, "Vous n’êtes pas seuls".

Niger : un pays en treillis
28 février 2010 par Elodie

Tout le monde est au bureau à Alternative ce jeudi 18 février et je rédige un rapport de mission quand mon téléphone sonne. Un ami qui se trouve au centre ville me demande de ne pas sortir. Des coups de feu retentissent du côté du Palais présidentiel. Deux minutes plus tard, des détonations nous parviennent : ce sont des tirs de mortier. Si on attaque à l’arme lourde, c’est sérieux. A Alternative, on est un peu décontenancé mais personne ne panique. Après tout, chacun ici a déjà vécu les deux coups d’Etat précédents . Et pour tout dire, on attendait même ce jour depuis longtemps. Le président Tandja était allé trop loin ; foulant du pied les principes démocratiques, il s’était maintenu au pouvoir malgré les désapprobations et les mises en garde internationales, provoquant un isolement diplomatique dont le Niger commençait à souffrir sérieusement.

On reste donc au bureau en attendant des informations, inquiets surtout de ce qui pourrait advenir si l’attaque était un échec. Ce n’est qu’à 17h que nous avons la confirmation de la réussite du putsch. Je reçois un texto : « ils ont eu le vieux ». La nouvelle est accueillie par un soulagement général. La déclaration officielle, en revanche, se fait attendre. Tous les postes radio sont allumés mais pendant de longues heures, on diffuse, en boucle, de la musique militaire - ambiance quelque peu surréaliste. C’est finalement à 22h passées que l’on découvre les membres de la junte à la télévision. Plusieurs d’entre eux avaient déjà participé aux coups d’Etat de 1996 et 1999. Leur déclaration est sans surprise. Ils s’autoproclament Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD). Un homme sort du lot : le chef d’escadron Salou Djibo et c’est lui qui donne, quelques jours plus tard, la composition et les modalités de fonctionnement du CSRD. Colonels, lieutenants, commandants… ce sont tous des « porteurs de tenue » et ce sont eux qui auront la charge du pays dans les mois à venir.

Les jours qui suivent le coup d’Etat, des manifestations de soutien aux putschistes ont lieu dans plusieurs villes du pays. Les Nigériens, après des mois de tension politique, se réjouissent de ce retournement soudain de situation. Cependant, forts de cet appui populaire, les militaires sauront-ils s’éclipser rapidement et organiser des élections libres dans lesquelles aucun d’entre eux ne sera candidat ? Le souvenir de 1996 reste amer. Et le spectre de la Guinée n’est pas loin…

Niger : un pays en treillis
28 février 2010 par Elodie

Tout le monde est au bureau à Alternative ce jeudi 18 février et je rédige un rapport de mission quand mon téléphone sonne. Un ami qui se trouve au centre ville me demande de ne pas sortir. Des coups de feu retentissent du côté du Palais présidentiel. Deux minutes plus tard, des détonations nous parviennent : ce sont des tirs de mortier. Si on attaque à l’arme lourde, c’est sérieux. A Alternative, on est un peu décontenancé mais personne ne panique. Après tout, chacun ici a déjà vécu les deux coups d’Etat précédents . Et pour tout dire, on attendait même ce jour depuis longtemps. Le président Tandja était allé trop loin ; foulant du pied les principes démocratiques, il s’était maintenu au pouvoir malgré les désapprobations et les mises en garde internationales, provoquant un isolement diplomatique dont le Niger commençait à souffrir sérieusement. On reste donc au bureau en attendant des informations, inquiets surtout de ce qui pourrait advenir si l’attaque était un échec. Ce n’est qu’à 17h que nous avons la confirmation de la réussite du putsch. Je reçois un texto : « ils ont eu le vieux ». La nouvelle est accueillie par un soulagement général. La déclaration officielle, en revanche, se fait attendre. Tous les postes radio sont allumés mais pendant de longues heures, on diffuse, en boucle, de la musique militaire - ambiance quelque peu surréaliste. C’est finalement à 22h passées que l’on découvre les membres de la junte à la télévision. Plusieurs d’entre eux avaient déjà participé aux coups d’Etat de 1996 et 1999. Leur déclaration est sans surprise. Ils s’autoproclament Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD). Un homme sort du lot : le chef d’escadron Salou Djibo et c’est lui qui donne, quelques jours plus tard, la composition et les modalités de fonctionnement du CSRD. Colonels, lieutenants, commandants… ce sont tous des « porteurs de tenue » et ce sont eux qui auront la charge du pays dans les mois à venir. Les jours qui suivent le coup d’Etat, des manifestations de soutien aux putschistes ont lieu dans plusieurs villes du pays. Les Nigériens, après des mois de tension politique, se réjouissent de ce retournement soudain de situation. Cependant, forts de cet appui populaire, les militaires sauront-ils s’éclipser rapidement et organiser des élections libres dans lesquelles aucun d’entre eux ne sera candidat ? Le souvenir de 1996 reste amer. Et le spectre de la Guinée n’est pas loin…

Un mercredi soir Femmes, Logements et Pauvreté à Côte-des-Neiges
22 février 2010 par Lucie

Mercredi 17 février 2010 : Leïla, arrivée en février 2009 à Montréal, témoigne :« Mon loyer est de 725$. Si on ajoute les charges, je paie 1 000$ par mois pour mon logement ». Ne sachant comment fonctionne le marché du logement ici, elle et sa famille (son mari et ses deux enfants), ont signé un bail d’un an et demi (irréductible), dés qu’ils ont trouvé un propriétaire qui acceptait de les loger, sans savoir qu’ils allaient payer un prix au-dessus de celui du marché, pour une durée supérieure à la normale. Leur appartement, un 3 et ½ (une cuisine, un salon et une chambre), leur prend tout leur revenu. Leur famille, restée au Maroc, leur envoie de l’argent pour subsister, tant bien que mal. Leïla, n’est pas la seule dans son cas. A Côte-des-Neiges, les familles à faibles revenus sont nombreuses. Locataires abusés par des propriétaires profitant de leurs méconnaissances de leurs droits, logements insalubres, régie du logement trop lente pour intervenir, la situation est préoccupante dans ce quartier où près de 83% des ménages sont locataires. Suivie par le comité-logement de son quartier, Leïla participe, aujourd’hui, à un atelier sur le thème : Femmes, Logements et Pauvreté. Les femmes présentes réfléchissent aux situations de logement des femmes en situation de pauvreté, par le biais de scénettes de théatre improvisées sur place. Les thèmes, comme justement, le peu de marge de manœuvre qu’ont les femmes en situation de pauvreté quand tout leur argent part dans leur loyer, ou encore, les difficultés d’accès à un logement décent pour ces mêmes familles, permettent des discussions et des témoignages, comme celui de Leïla. Toute l’assistance s’accorde à dire que ce ne sont pas des cas isolés. Les pistes de solutions proposées (une augmentation des logements publics ou en coopératives, une meilleure information des locataires, un gel des loyers et une plus grande fiabilité des contrôles concernant l’état des logements) rejoignent des revendications de nombreux groupes, au Québec comme ailleurs, qui seront notamment reprises lors de la Marche mondiale des femmes du 8 mars.

A la frontière Maroc-Algérie : on ne passe pas
14 février 2010 par Marion

Nous sommes partis de Rabat tôt ce matin et, après avoir passé la journée dans le train, nous arrivons en fin d’après-midi à Oujda, à la frontière avec l’Algérie. A la sortie de la ville, nous empruntons la route qui mène au principal poste frontière entre le Maroc et l’Algérie : Zouj Beghal ou « les deux mulets ».

La frontière est fermée depuis un attentat perpétré à Marrakech en 1994, par des français d’origine algérienne, au cours duquel 2 touristes espagnols ont été tués. Le Maroc avait alors sommé les algériens, des touristes pour la plupart, qui se trouvaient sur le territoire marocain de quitter le pays dans les 48 heures et instauré un visa d’entrée pour les algériens. L’Algérie avait répliqué en imposant à son tour un visa d’entrée pour les marocains et en fermant sa frontière.

Cette décision, qui a été fatale à la ville d’Oujda, pénalise énormément l’économie locale et contribue au développement des trafics illégaux dans l’Est marocain. Avant, des milliers de personnes traversaient chaque jour la frontière pour aller voir leur famille, travailler, faire des affaires ou du tourisme. Aujourd’hui, la région est en déclin comme en témoignent les nombreux hôtels et cafés fermés qui bordent la route.

Bien qu’officiellement fermée, la frontière est pourtant régulièrement traversée par des migrants, des contrebandiers ou de simples habitants de la région qui veulent se rendre de l’autre côté de la frontière voir leur famille dont ils ont été séparés, et qui prennent le risque de se faire arrêter.

En 2004, le souverain marocain, a fait un geste vers l’Algérie en supprimant les visas pour ses habitants. Le président algérien en a fait de même huit mois plus tard mais il n’a pas pour autant réouvert sa frontière. Depuis, le Maroc ne cesse de réclamer l’ouverture de la frontière mais rien de tel n’est envisagé dans l’immédiat. Il semble que pour rouvrir sa frontière l’Algérie souhaite des avancées dans le conflit au Sahara qui dure maintenant depuis plus de 30 ans. Mais le problème ne saurait se limiter à cette question.

La frontière porte bien son nom. Le spectacle est désolant. Faute de pouvoir passer, nous nous contenterons d’aller boire un café au bar tout près du poste et nous regarderons l’Algérie de loin : la vue est imprenable !

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