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Vacances « au bled » pour les « MRE »
On compte près de 3 millions de Marocains Résidants à l’Etranger, les « MRE » comme on les appelle ici, dont 85 % vivent en Europe, 9% dans les pays du Golfe et 6% aux USA. Chaque été, plus de 2 millions d’entre eux rejoignent le Maroc pour les congés de la période estivale, l’occasion de retrouver la famille et de s’imprégner de l’ambiance et de la culture de leur pays d’origine.
Ce « retour au bled » est souvent associé à l’image de la Peugeot 505 familiale, pleine à craquer, le toit chargé de sacs et de valises, sur la route des vacances. Mais les temps changent. Dans les années 70-80, parents et enfants n’hésitaient pas à parcourir plusieurs milliers de kilomètres en voiture pour passer l’été dans la maison familiale. Il était d’usage de ramener de nombreux cadeaux du pays d’accueil, pour tous les proches voire pour les habitants du village. Aujourd’hui, on constate que les MRE préfèrent l’avion au long périple par la route et ils voyagent plus « léger ». Ces vacances se déroulent de manière plus individuelle et pour une durée plus courte.
Cette période de retour des « zmagria » (traduction péjorative d’immigrés) est très attendue au Maroc. Ici tout le monde a un parent ou un ami qui vit à l’étranger et c’est le moment des retrouvailles, de la fête et des mariages.
Le retour de la diaspora marocaine est aussi une réelle opportunité pour l’Etat marocain. C’est une période favorable en matière d’investissement, en particulier dans le secteur immobilier. De nombreux immigrés de la première génération cherchent à acheter un logement pour passer leur retraite au Maroc. Les plus jeunes quant à eux, sont à la recherche d’une maison secondaire ou d’une location afin de passer leurs vacances au pays, tout en préservant leur indépendance. Le Maroc a la volonté de ne « pas perdre de vue » ses citoyens de l’étranger et a conscience de l’enjeu qu’ils représentent, notamment à travers les transferts de fonds de plus en plus importants. Il existe même un ministère chargé de la Communauté MRE qui met en place un programme d’actions destinées à renforcer les liens et l’appartenance des « marocains d’ailleurs » à leur pays d’origine, et « préserver leur identité culturelle et religieuse ». Le ministère de la communauté MRE cherche à faciliter leurs investissements au Maroc afin de contribuer au développement économique et social du pays. En 2009, il a signé une convention avec la compagnie Royal Air Maroc afin de faire bénéficier aux MRE de tarifs préférentiels sur les billets d’avion. Le ministère met aussi en place, un programme d’accompagnement des marocains de l’étranger pendant l’été, qui concerne quatre volets : administratif et juridique, culturel, économique et développement, et information et communication. Dans le domaine culturel par exemple, le ministère a pour stratégie d’améliorer l’enseignement de la langue arabe et la culture marocaine chez les jeunes marocains de l’étranger. Il organise cette année pour les 18-25 ans, les universités d’été, un panel d’activités autour de la culture, de l’artisanat et de l’art marocain. Si le roi Hassan II avait un discours très hostile au sujet des marocains émigrés en Europe, et ne croyait pas à leur intégration dans un pays d’accueil, la position de l’Etat a largement évolué. Le gouvernement marocain cherche aujourd’hui à « concilier l’enracinement dans les pays d’accueil sans le déracinement du pays d’origine ».
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Le retour volontaire et la fatigue de l’asile
Je comptais vous écrire une brève riche en couleurs et en rires, et puis voilà qu’au moment de m’asseoir devant mon clavier, une de ces histoires de migrants s’est imposée comme sujet du jour. Alors brièvement, parce que c’est une brève, et parce qu’il n’est pas question de tomber dans le misérabilisme, je vais vous raconter ce coup de téléphone ce matin, si emblématique de la situation de nombreux migrants en détention à Chypre.
J’ai eu S. pour la première fois au téléphone il y a 2 mois, peu de temps après mon arrivée à Chypre, alors qu’il appelait KISA pour demander de l’aide. Cela faisait 1 mois qu’il était en centre de rétention, et l’appel du rejet de sa demande d’asile n’avait pas abouti. S. est Nigérian. Il a passé plusieurs mois en prison pour une accusation de chèque en bois dont il est difficile de vérifier la véracité. Et puis après la prison, une fois la peine accomplie, ce fut l’envoi en centre de rétention. A Chypre, peu importe d’ailleurs que la personne fasse une demande d’asile. Elle reste enfermée. La demande d’asile ne fait que suspendre le renvoi dans le pays d’origine, pas la détention (ou "rétention" pour les puristes du jargon migratoire). S. est de ceux qui ont fui la persécution et se retrouvent durant des mois enfermés, confrontés à la mauvaise foi et à la non-coopération des autorités.
Il y a 2 mois déjà, S. était fatigué d’attendre qu’une éventuelle décision vienne mettre un terme à cet enfermement sans fin et, finalement, sans réel fondement à plusieurs égards : fin de la peine pour délit, irrationalité de l’enfermement une fois la peine effectuée et illégalité de la rétention pour un demandeur d’asile qui, par définition, a le droit de rester dans le pays le teps de l’étude de sa demande. J’ai finalement réussi à le convaincre de faire un dernier appel, le dernier recours juridique auquel il ait droit à Chypre, pour que sa demande d’asile soit rééxaminée. Là encore le système est le même : étude de la demande d’asile ne signifie pas libération. Je demandais donc à S., en vertu du système chypriote, de réfléchir à l’opportunité de faire appel parce qu’il avait droit à faire une demande de protection et que son cas est particulièrement sérieux : un renvoi au Nigeria peut-être fatal. Mais entre la dangerosité du retour et la destruction à petit feu via l’enfermement sans fin et l’isolation, je demandais à S. de prendre une décision bien difficile.
Les semaines ont passé. S. était censé faire appel à la Cour Suprême en personne. Pour cela, le personnel pénitentiaire était censé le conduire à la Cour pour qu’il remplisse le formulaire. Réponse de ces dernières : nous ne sommes pas un service de taxis. Qu’il se débrouille. Enfermé en centre de rétention, c’est sûr, c’est toujours simple de se déplacer à la Cour Suprême. Après maints appels téléphonique de la part de mes collègues, nous obtenons enfin que S. puisse envoyer sa demande par la poste. Mais là, c’est au tour de la Cour Suprême de signifier qu’elle refusera une demande qui ne soit pas remise en mains propres.
Nouveau tour de négociations avec la Cour cette fois. Et après quelques semaines, enfin nous recevons la réponse positive que S. pourra envoyer sa demande par la poste et que celle-ci sera bien enregistrée. C’était sans compter sur la mauvaise foi des officiers de prison, qui se sont empressés de refuser de "jouer au facteur" pour S.
Cette navette entre les différents services par téléphone n’est qu’un aperçu de la situation catastrophique des migrants en rétention. Le système fonctionne de telle sorte qu’il pousse les détenus à opter pour le retour volontaire. Et c’est ce qu’il s’est passé ce matin. Après un énième refus des gardiens de prisons de poster la demander d’appel à la Cour, S. nous a appelé pour nous avertir qu’il retirait sa demande d’appel, et qu’il souhaitait rentrer à Lagos, d’où il espérait pouvoir rejoindre le Ghana.
C’est moi qui ai eu S. au téléphone ce matin. J’ai donc dû tenter, une dernière fois, de la expliquer qu’un coup de fil de notre part devrait suffire à faire pression pour que ce bout de papier soit estampillé, posté, arrive à destination, et ouvre la voie à un éventuel recours positif. Mais après près de 9 mois enfermé, dans des conditions très difficiles (le centre de rétention où est enfermé S. est officiellement fermé depuis 2 ans, cela dit, mon ONG est en contact régulier avec les détenus et les gardiens du centre, par téléphone ou par fax...), S. est nerveusement, psychologiquement épuisé, physiquement affaibli, mentalement prêt à rentrer.
Que faire sinon lui demander de témoigner auprès de notre associations des raisons qui le poussent à abandonner sa demande de protection internationale ? Que faire sinon, à l’issue de notre conversation, lui demander de faire attention à lui et de nous tenir au courant de son retour, et des étapes qu’il traverse ?
Comment ne pas ressentir un sentiment d’échec quand, après deux mois de soutien moral à un détenu dont la demande d’asile est, après étude du cas par deux associations chypriotes, fondée, il semble plus supportable d’affronter la dureté et la violence dans le pays d’origine que l’attente et l’indifférence dans celui de destination (je n’ose pas dire "d’accueil") ?
Le cas de S. n’est qu’un cas parmi d’autres. Mais il met en lumière un point important : on reproche aux migrants d’être de faux demandeurs d’asile. Certes, tous ne sont pas en situation telle qu’ils répondent aux critères de protection internationale.On parle en revanche peu des faux "pays d’asile" dans le champ lexical des politiques migratoires. Pourtant les taux de rejet des demandes d’asile sont parfois trop élevés pour être irréprochables.
Lorsque la décision du retour volontaire est prise, d’aucune s’appuient sur cet exemple pour nourrir leur argumentaire : "ah, vous voyez, finalement il/elle rentre ! C’est qu’il n’y a pas un si grand danger que ça là-bas !".
A ceux-là, j’ai envie de raconter l’histoire de S., de L., de tant d’autres. Il y a 4 à 5 heures de trajet en voiture entre Lagos et la frontière Ghanéenne. J’ai demandé à S. de faire signe dès qu’il le pourra. Après qu’il m’a remerciée je ne sais combien de fois, un profond sentiment d’impuissance m’envahit au moment de raccrocher le combiné. Merci pour quoi ?
Bonne chance S.
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Sit-in des femmes soulaliyates et guichiates pour lutter contre la discrimination dont elles sont victimes
Vendredi 2 juillet, 15h00, nous nous retrouvons dans les locaux de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc pour les derniers préparatifs du sit-in que nous préparons depuis plusieurs semaines. Les femmes répètent les slogans qu’elles vont scander dans quelques heures devant le Parlement.
16h45, à Rabat, plus de 1 000 femmes soulaliyates et guichiates venues de toutes les régions du Maroc attendent patiemment, dans des parcs à proximité du Parlement, le signal de leurs « leaders » pour démarrer le sit-in à 17h00 précises.
Certaines ont fait le voyage de loin, Errachidia, Ouarzazate ou Zagora, et d’autres viennent de plus près, Kénitra, Rabat, mais toutes revendiquent le même droit : celui de bénéficier au même titre que les hommes, du produit de la cession des terres collectives.
A 17h00, elles affluent de toutes parts et convergent devant le Parlement. Elles s’installent en rang bien organisées, sans empiéter sur la route et commencent sans tarder à scander des slogans qu’elles ont elles mêmes rédigés lors des semaines précédentes et répétés au cours de l’après-midi : « pour que notre droit soit garanti il faut changer la loi », « les soulaliyates et les guichiates revendiquent l’égalité », « vous les avez pris les terres de guich et vous avez oublié la femme ». Elles brandissent des pancartes avec le nom de chacune de leurs régions. C’est très émouvant de voir toutes ces femmes, jeunes et moins jeunes, soudées pour lutter contre l’injustice dont elles sont victimes.
Les jeunes de l’Action Jeunesse et des stagiaires de l’Institut de Formation des Agents de Développement sont venus donner un coup de main pour scander les slogans dans des haut-parleurs et encadrer les sit-in.
L’an dernier, à la même date, plus de 900 femmes avaient déjà manifesté devant le Parlement pour réclamer la cession des terres collectives.
Depuis, les associations ont créé le « Réseau pour le droit des femmes aux terres collectives et terres guich » et c’est au nom de ce réseau qu’elles dénoncent les obstacles, les résistances et l’acharnement qu’elles continuent de rencontrer pour faire valoir leurs droits et demandent une nouvelle loi pour que les hommes et les femmes bénéficient des mêmes droits dans l’exploitation ou la cession des terres collectives réservées aux seuls hommes.
A 17h45, les manifestantes se séparent et rentrent dans leurs régions. Le message est passé, espérons qu’il ait été entendu.
A présent, le réseau va adresser une lettre au Parlement et aux différents groupes parlementaires, demandant un texte de loi qui donne aux femmes les mêmes droits que les hommes en ce qui concerne les terres collectives et l’arrêt immédiat des ventes de ces terres jusqu’à la sortie d’un texte de loi.
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Oujda, ville frontière et de non droit
Invités pour une rencontre d’Amnesty International Maroc autour de la question des demandeurs d’asile et réfugiés, nous partons le vendredi par le train de nuit Rabat – Oujda. Dès notre arrivée, nous achetons les billets de retour. L’homme au guichet nous demande d’un air gêné si nous avons une carte de séjour ou un passeport. Mon collègue est sénégalais. C’est assez pour que cet homme nous soupçonne d’être en situation irrégulière et de tenter de quitter Oujda afin de prolonger notre route vers l’Europe. Cette pratique illégale est courante à Oujda. Des consignes ont été données pour que les déplacements des migrants depuis Oujda soient limités le plus possible. Après 10 minutes de marche, nous arrivons à l’hôtel qui est à notre grande surprise, situé juste à côté du commissariat central. Depuis les fenêtres de nos chambre, nous pouvons observer les allers et venues des camions blancs qui transportent les migrants arrêtés vers la frontière algérienne. Triste vue et impuissance. A l’heure où le HCR nous explique, dans son intervention, qu’en principe les demandeurs d’asile et réfugiés sont protégés contre les refoulements, certains d’entre eux sont peut-être au même moment, de l’autre côté de la rue, au commissariat. Car il arrive encore qu’ils soient arrêtés et lorsque le HCR n’a pas pu intervenir pour les libérer, ils sont alors refoulés à la frontière algérienne, officiellement fermée. Un no man’s land où les migrants sont abandonnés, exposés aux pires violences exercées par des délinquants qui profitent de leur vulnérabilité. Viols, racket, séquestrations et tortures sont courants, les autorités laissent faire. Une fois le séminaire terminé, nous partons à la « fac », un campement situé sur le campus de l’université. C’est dimanche, les portes sont closes. Pour y pénétrer, nous empruntons un passage aménagé dans une des grilles de l’université, un barreau manquant nous permet de nous glisser à l’intérieur de ce « sanctuaire ». Les tentes de plastique jouxtent les salles de cours. Les migrants sont répartis par communauté. L’ambiance est lourde et tendue. Nous rencontrons une connaissance et décidons d’aller prendre un verre dans un café juste à côté. D’autres migrants viendront ensuite se joindre à nous. Puis, l’heure de partir approche, nous quittons nos compagnons d’un jour et nous dirigeons vers la gare. Cette fois-ci, nous ne seront pas contrôlés pour accéder au train. Je m’endors épuisée. En tête : le sourire de cette petite fille nigériane qui s’est jetée dans mes bras à la « fac ».
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En route pour le Sommet des peuples en marge du G20 à Toronto
Vendredi 18 juin, Montréal - J’ai été surprise par le radiojournal de la première chaîne de RadioCanada diffusé à 9 heures : entre les scandales suscités par les pratiques douteuses des firmes pharmaceutiques lors de la vente de leurs produits et le désespoir des français vis-à-vis de leur équipe de football, le sommet des peuples, sommet international organisé par la société civile en marge du G20 de Toronto, était annoncé. Celui-ci devance d’une semaine le sommet officiel pour lequel les dépenses de sécurité, dans l’attente de manifestations massives (et violentes, auront envie d’entendre certains) les jours mêmes, ont atteint des sommes vertigineuses : 1,1 milliard de dollars canadiens annoncés par le premier ministre Stephen Harper, soit 871 millions d’euros, pour 3 jours de rencontres, plus de 10 000 officiers de police mobilisés, avec en soutien les hélicoptères des Forces armées canadiennes et un périmètre de sécurité plus que restrictif pour les manifestants. Après ces gros chiffres, je ne pensais pas entendre parler d’un sommet alternatif, altermondialiste, attendant 1000 participants, sur une chaîne de radio nationale. Pour ma première participation à un évènement de cette envergure, c’est bon signe pour la continuité du mouvement me suis-je dit. Après un bref coup d’œil sur les gros titres des sites web des principaux journaux québécois, la popularité de cette rencontre est à modérer : pas d’article à la une du Devoir ou de la Presse sur ce sujet. Dans une demi-heure, je pars donc pour Toronto dans un bus nolisé (affrété en français de France) par différentes organisations de Montréal et principalement Climate Justice Action, sur contribution volontaire pour les passagers, en route pour des rencontres, des conférences, des ateliers, et plein d’autres surprises que peut réserver ce genre de rencontres à des néophytes comme moi, bourrés d’espoir, d’interrogations sur le déroulement et les retombées... La suite au radiojournal de lundi à mon retour ? Je l’espère mais en doute !
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