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La Pologne n’est pas une « terre promise » pour les demandeurs d’asile géorgiens
La situation en Géorgie s’est détériorée après la guerre de 2008 en laissant la population de ce pays dans un désordre politique et dans une crise économique profonds. Un an plus tard, près de 5000 demandeurs d’asile géorgiens (probablement victimes de fausses rumeurs) sont venus en Pologne persuadés qu’ils allaient être accueillis à bras ouverts. Après des mois d’attente, ceux qui n’ont pas réussi à fuir vers les autres pays de l’Union se préparent à retourner en Géorgie car aucune décision positive n’a été prononcée à leur égard. « Il y a un pays où tous les Géorgiens reçoivent un appartement et 500 euros par mois », a dit Kazim, chauffeur de bus à Tbilissi. Kazim voudrait y aller, mais son handicap l’empêche de partir si loin. « Dans ce pays, le Président aime les Géorgiens. Il est venu ici même pendant la dernière guerre quand tout le monde a fui le pays. Il voulait attaquer la Russie, mais Sarkozy ne l’a pas laissé faire. Donc il a dit : je ne peux pas attaquer la Russie, mais je vous invite tous dans mon pays. » Kazim a donc emprunté l’argent et a payé les billets d’avion à ses trois enfants pour qu’ils puissent partir en Pologne. » Ce témoignage et d’autres identiques ont été publiés dans le quotidien national Gazeta Wyborcza [1]. La rédaction a envoyé son journaliste à Tbilissi pour comprendre pourquoi la Pologne était devenue la destination privilégiée pour des milliers de demandeurs d’asile. Fuir la Géorgie Difficultés économiques, discriminations ethniques et politiques poussent depuis longtemps les Géorgiens à quitter leur pays. Après la guerre de 2008, leur situation est devenue encore pire ; à cause de la crise économique, ils ont perdu leurs emplois, leurs commerces et d’autres ressources. La plupart de demandeurs d’asile venus en Pologne est d’origine Kurde Yezidi. Ils étaient environ 20 000 en Géorgie avant des départs massifs [2]. Selon Didajev, un Kurde sur quatre est parti de Tbilissi l’année dernière. Rencontré dans une ville près de la frontière biélorusse [3], Didajev a travaillé plusieurs années à Moscou pour pouvoir ouvrir son petit commerce en Géorgie. Après la guerre, il a été forcé de participer aux meetings d’opposition même s’il n’appartenait à aucun camp politique. Le propriétaire de son magasin était activiste de l’opposition. Il l’a menacé, s’il refusait de participer aux meetings, de perdre son commerce. Il y a quatre mois, Didajev est venu en Pologne avec sa femme et leurs trois enfants. Avant de quitter la Géorgie, ils ont vendu tous leurs biens et leur appartement. S’ils doivent y retourner un jour, ils seront à la rue. Zéro décisions positives, aucun statut Didajev et son ami Rouslan ont crée une association de la culture kurde. Leur association a déjà existé en Géorgie, mais ils n’ont pas pu organiser librement leurs activités. En Pologne, ils voudraient enregistrer formellement leur organisation et donner des cours de langue et de culture kurde. Avant de le faire, ils attendent d’obtenir le statut de réfugié. Mais leurs chances sont faibles. Sur 10 590 demandes d’asile déposées en Pologne en 2009, 4 217 ont été déposées par les citoyens géorgiens [4]. De nombreux demandeurs d’asile sont venus en Pologne persuadés d’obtenir un travail et un logement gratuitement. Certains disent avoir payé cher et avoir été guidé par des groupes organisés. D’autres sont venus par avion pour Minsk et ont déposé la demande d’asile directement à la frontière polonaise. Les témoignages et les trajectoires sont différents, mais les parcours en Pologne se ressemblent : aucun d’entre eux n’a obtenu de protection. Quelqu’un a raconté aux fonctionnaires de l’Office des Immigrés que les Géorgiens étaient venus à cause des rumeurs autour des promesses du Président et qu’ils n’étaient pas de vrais réfugiés. Mais, ce n’est pas vrai : on a toujours été discriminés, mais j’ai jamais supposé qu’on pourrait s’installer en Pologne, explique Didajev. Résultat : près de mille demandes d’asile ont déjà été rejetées et 2 000 personnes sont probablement parties dans d’autres pays de l’Union. Après l’espoir, la déception « Dans le centre d’accueil de Debak [5], l’ambiance de désespoir se fait sentir : les hommes se baladent comme des fantômes, leurs femmes regardent des séries télévisées toute la journée, les enfants jouent autour d’une seule table de ping-pong. Personne n’attend de bonnes nouvelles », a écrit le journaliste de Gazeta. Elena, qui a travaillé toute sa vie en Géorgie avant de venir en Pologne n’arrive pas à l’accepter : « A la place de l’appartement, on nous a donné une chambre avec un lit superposé, un lavabo et une vieille armoire. Au lieu de 500 euros, j’en ai reçu douze et demi. En plus, tout le monde parle des règlements européens de l’Union qui nous interdisent de rester en Europe. (…) » Elle ne comprend toujours pas ce que veulent dire « les règlements de l’Union ». « Comment, ces règlements peuvent-ils dire que si les hommes vivent dans la pauvrété, il faut les enfoncer enore plus dans la misère ? » Elena ne croit pas que les accords de réadmission existent réellement. Elle est convaincue qu’elle doit rentrer en Géorgie parce qu’elle n’a pas donné de l’argent à la bonne personne avant de partir. Elle ajoute : « votre Président a beaucoup parlé de nous aider et quand il faut vraiment aider il tourne le dos ». [1] Szablowicz W. „Promocjaod Pana Prezydenta” Gazeta Wyborcza Duzy Format, 24-25 décembre 2009 [2] European Center for Minority Issues (ECMI) The recent flow of asylum-seekers from Georgia to Poland, 4 January 2009 [3] Entretiens réalisés en décembre 2009 [4] Statistiques de l’Office des Affaires des Etrangers en Pologne [5] Debak - le premier centre d’accueil qui reçoit les demandeurs d’asile arrivés en Pologne en vue de les placer dans un des centres pour demandeurs d’asile à long terme |
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