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Grèce / Droit à la ville / Agriculture paysanne et
travailleurs migrants
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Migrants en déplacement - ouvriers saisonniers dans la province Grecque.
21 décembre 2009 par Regina

Arta, située au Nord de la Grèce, est une région agricole avec une grande production d’agrumes. Arta est situé non loin d’Igoumenitsa ; ville portuaire d’où des bateaux partent à destination de l’Italie. C’est pendant la période de récolte, en novembre et décembre que le besoin de main-d’œuvre est le plus fort. Pendant cette période le nombre des migrants -travailleurs saisonniers atteint le chiffre de 2000.

La période après la démolition du campement afghan de Patras [1] qui s’inscrive dans une ère de « chasse aux migrants en situation irrégulière » à Athènes et partout, Arta devient une des régions où on voit une surpopulation étouffante dans les centres de détention. En juillet dernier, quelques migrants détenus ont commencé une grève de faim ; Cette situation a mené quelques policiers, qui travaillent dans la préfecture de police d’Arta à la dénonciation de la situation des centres de détention de la région mais aussi de toute la Grèce ; dans un communiqué en revendiquant par l’Etat de faire face à ses responsabilités. Après ce communiqué, quelques habitants de la ville d’Arta, venant d’un milieu politique de gauche commencent à se mobiliser pour aider ces migrants. Ils essaient à partir de là de créer un collectif d’aide aux migrants de la région où ils dénoncent la surpopulation des centres de détention d’un côté ; et les conditions dans lesquelles vivent et travaillent les migrants, travailleurs saisonniers dans l’agriculture d’agrumes.

Ce collectif a organisé une journée de discussion sur les droits des migrants en situation irrégulière début décembre où des gens de Diktio [2] étaient invités à parler. C’est la raison pour laquelle nous allons en groupe et quelques-uns parmi nous restent un peu plus ; d’un côté pour voir la situation et de l’autre parce que le collectif a un grand besoin de créer des liens avec les migrants de la région. Jusqu’à présent, ils ont beaucoup de difficultés à repérer les migrants et communiquer avec eux ; en raison de la forme des flux migratoires dans la région d’un côté et du fait qu’ils sont en train de se former en tant que collectif de l’autre. [3]

Les caractéristiques de la migration dans la région me font réfléchir par rapport au cas de Patras que je connaissais mieux. Patras est une destination des migrants pour son port et à cela nous trouvons des ressemblances avec le cas de Calais. Les gens se trouvent là parce qu’ils n’arrivent pas à partir (parce qu’ils essaient de partir ; parce qu’ils essaient de partir à nouveau une fois déportés etc.), tandis que Arta est une destination de travail. Je réfléchi d’abord sur le caractère temporaire du séjour de cette population, qui diffère du caractère temporaire du séjour des migrants à Patras. [4] La plupart d’entre eux sont là pour les deux mois de récolte et après se déplacent soit dans d’autres régions de la Grèce où il y a du travail, soit ils essaient de continuer leur voyage vers l’Europe occidentale. La différence avec le cas de Patras est que là on parle d’une population qui arrive en masse et reste pendant ces deux mois et après disparaît ; tandis qu’à Patras des gens arrivent et repartent, cependant pour la ville il y a toujours une population qui est là ; même s’il s’agit d’une population qui augmente et diminue selon les périodes.

Une autre particularité est la composition de cette population migrante en question. Il n’y a pas une homogénéité et là je ne me réfère pas tellement à une origine ethnique commune ; mais surtout à des différences de statut d’un côté et du type de migration de l’autre. Il y a un grand nombre des gens qui viennent de l’Europe de l’Est, comme de Bulgarie. Ces gens là n’ayant pas (au moins officiellement) des problèmes de papiers arrivent à Arta et aux alentours pour travailler pendant deux mois, puis repartent ailleurs dans d’autres régions où il y a du travail et rentrent chez eux une fois qu’il n’y a plus de travail. De l’autre côté, il y a une grande population des « sans papiers ». Dans cette population, il y a ceux qui ont « la carte rose » – c’est-à-dire qui sont demandeurs d’asile, et doivent renouveler leur statut tous les six mois ; et des gens qui n’ont rien, la plupart des fois seulement des empreintes digitales – c’est-à-dire qu’ils ont beaucoup plus de possibilités de retour en Grèce une fois arrivés ailleurs, selon le règlement Dublin II. Avec le règlement de Dublin II [5] , les migrants ont le droit de faire leur demande d’asile seulement au premier pays européen qu’ils vont arriver. Cela veut dire que même s’ils arrivent à quitter le pays, s’il ressort en quelque manière que ce soit qu’ils sont rentrés en Europe par la Grèce ils y seront renvoyés de nouveau.

Quand nous nous promenons dans la ville d’Arta nous n’apercevons rien qui témoigne de l’existence d’une population migrante. Nous empruntons les petites ruelles qui nous amènent aux champs pour atteindre le fleuve [6] Là il y a un vieux pont [7] à côté d’un nouveau. Quand nous sommes sur le vieux pont c’est le seul moment que nous voyons des groupes d’hommes venus d’Afghanistan, ou du Bangladesh qui le traversent. Nous essayons de parler avec deux Bangladeshis, ils sont souriants et un peu timides et quand nous soulevons la question sur les conditions du travail, ils deviennent méfiants. Nous arrivons au nouveau pont et là il y a des groupes des gens qui attendent d’être choisis pour aller travailler aux champs.

Nous nous déplaçons ensuite dans les villages qui se trouvent aux alentours où il y a les grandes exploitations agricoles et la plupart des « campements » des migrants. Nous rentrons dans un squat, une petite maison abandonnée au milieu d’un grand terrain délaissé. Là habitent 12 Afghans-Pashto, la plupart sans papiers et en déplacement continu. Parmi eux une personne ayant été déportée de la Norvège où il habitait depuis deux ans. Il y a un qui aime parler (qui est là depuis deux ans maintenant) et nous raconte les problèmes qu’ils ont. Au-delà des mauvaises conditions de vie (au niveu du logement et de l’hygiène) ce qui leurs pose des problèmes c’est d’un côté la police qui vient chaque jour les menacer d’expulsion ; et de l’autre, les intermédiaires qui sont entre eux et les producteurs. Ces intermédiaires les exploitent en gardant une partie de leur salaire journalier, et parfois même la totalité. Comme ils habitent dans des « campements » qui se trouvent dispersés dans les champs et parmi les villages, il est difficile d’avoir une image claire de combien d’Afghans sont dans la région.

Quelques pensées sur la situation d’Arta expliqueraient entre autres cette difficulté de communication entre les habitants de la ville et les migrants travailleurs saisonniers. En fait, ça serait intéressant de réfléchir sur la particularité d’Arta à partir de cette difficulté de créer des liens. Créer des liens devient difficile pour la population migrante elle-même d’abord. Les squats sont dispersés dans les champs il n’y a pas un « espace commun à tous » ; c’est-à-dire lieu de rassemblement, espace de vie où lieu de travail qui pourrait créer un point de référence pour chacun parmi eux. Cela les rend plus vulnérables au niveau des exploits subis par les intermédiaires ou les producteurs, au niveau des harcèlements policiers etc.

Il s’agit d’une population invisible et cachée en même temps, à la différence de Patras ou Calais par exemple où la population est invisible mais en même temps très apparente en ville. Avec le terme invisible je me réfère plutôt à la reconnaissance des ces gens là comme une population portante des droits. Une « apparence en ville » d’une population plus ou moins inconnue - au moins au niveau du regard - fait que leurs droits fondamentaux se font régulièrement sans être aperçus.


[1] Patras – ville portuaire/ Frontière avec l’Italie – il y avait depuis presque 10 ans un campement informel construit peu à peu par une population Afghane. Le campement a été démoli l’été passé, c’est-à-dire le 12 juillet 2009

[2] Diktio est l’association dans laquelle je suis en Grèce pendant la mission d’Echanges et Partenariats. C’est un c’est un collectif qui lutte pour les droits civiques et sociaux et qui fonctionne en réseau. A partir de ce collectif, un group qui travaille sur la migration se crée en 1997, pour travailler plus systématiquement sur les droits des migrants ; le Diktio pour les migrants ( le : Réseau de soutient des réfugiés et migrants).

[3] Une partie des gens qui sont à Patras se déplacent vers les régions agricoles – comme c’est le cas d’Arta – à la recherche du travail, pour trouver des moyens afin de poursuivre leur « voyage ». Une partie des gens qui sont à Patras se déplacent vers les régions agricoles – comme c’est le cas d’Arta – à la recherche du travail, pour trouver des moyens afin de poursuivre leur « voyage ».

[4] Une partie des gens qui sont à Patras se déplacent vers les régions agricoles – comme c’est le cas d’Arta – à la recherche du travail, pour trouver des moyens afin de poursuivre leur « voyage ».

[5] Afin d’éviter le phénomène des demandes multiples et celui des demandeurs dits "sur orbite", c’est-à-dire renvoyés d’un Etat à l’autre, la Convention de Dublin du 16 juin 1990 (entrée en vigueur le 1er septembre 1997) fixe les critères déterminant l’Etat responsable de l’examen de la demande d’asile (notamment remise d’un visa ou d’un titre de séjour, entrée non contrôlée sur le territoire ou existence d’un lien familial). Le règlement dit "Dublin II", adopté en février 2003, rénove et remplace la Convention de Dublin par un instrument de droit communautaire. Il se fonde sur les mêmes principes que la Convention en attribuant, en règle générale, la responsabilité de l’examen d’une demande d’asile à l’Etat membre qui a pris la plus grande part dans l’entrée du demandeur. http://www.ladocumentationfrancaise...

[6] Dans les champs nous distinguons des petites maisons de stockage qui de temps en temps se sont utilisé comme demeures pour des familles des migrants qui travaillent là ou même plus loin.

[7] Le vieux pont d’Arta est très connu dans le folklore grec. Il y a une tradition des légendes écrites sur sa fabrication etc.



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