![]() |
|
Présidentielle 2009 : l’immigration n’est pas une priorité électorale en Roumanie Le second tour des élections présidentielles s’est déroulé hier, dimanche 6 décembre 2009, en Roumanie. La campagne, centrée sur la crise économique et politique qui secoue ce pays depuis de longs mois, n’a laissé aucun espace au thème de l’immigration, pourtant une réalité dans ce nouvel Etat membre de l’Union européenne.
La droite se maintient au pouvoirLes résultats officiels viennent de tomber. Le candidat du PD-L [1] et actuel Président de la République, Traian Basescu, est reconduit pour un nouveau mandat de 5 ans. Crédité d’à peine plus de 50% des voix, il a battu de peu son adversaire, Mircea Geoana, du PSD [2] . Au terme d’une campagne qui faisait la part belle à son bilan de premier mandat (adhésion de la Roumanie à l’Union européenne et à l’OTAN), Basescu a mis en avant le besoin de poursuivre les réformes, notamment du secteur public qui représente 29% du budget de l’Etat, alors que le FMI a suspendu ses aides suite au renversement du gouvernement en octobre dernier. Face à une population durement touchée par la crise, Basescu a tenté de la galvaniser autour du thème du patriotisme. En appelant à une « Roumanie des valeurs », il a martelé à l’envi que « la plus importante des valeurs, c’est l’amour de son pays ». Voilà qui donne le ton. L’immigration n’est pas un thème électoraliste…La question de l’immigration n’a eu aucun écho dans le débat électoral. Selon Bianca Albu de Jesuit Refugee Service (JRS) Roumanie, « l’immigration n’est jamais un sujet à l’agenda politique, encore moins en période électorale car il ne rapporte pas de vote. » C’est tout juste si la profession de foi de Basescu mentionne que, pour « limiter le phénomène de vieillissement et de déclin de la population », il prendra quelques mesures comme l’incitation fiscale à la procréation…et une « politique cohérente en matière de migration », sans plus de précisions. Les orientations politiques actuelles [3] laissent présager que l’immigration régulière de travail pourrait être encouragée afin de combler le manque de main-d’œuvre lié à l’importante émigration et au vieillissement de la population. …mais c’est bien un thème sous-jacentPourtant, l’immigration n’est pas absente. On la retrouve liée à d’autres problématiques. Ainsi, la loi sur la nationalité roumaine pourrait être modifiée afin de permettre à la diaspora roumaine (que Basescu estime très largement à 10 millions de personnes, pour une population en Roumanie de 22 millions de personnes) et à ses descendants de conserver ou reprendre la nationalité roumaine. Autre échéance, l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen devrait avoir lieu à l’horizon 2011. Si les services de la police aux frontières roumaine font bien le lien avec l’immigration, et notamment le transit irrégulier de migrants vers d’autres pays de l’Union européenne, il n’en va pas de même pour la population. Pour la majorité des Roumains, Schengen, « c’est avant tout l’espoir de la levée des dernières restrictions à leur libre-circulation dans l’Union européenne. » selon B. Albu de JRS Roumanie. Enfin, thème cher à Basescu, ancien capitaine de la marine nationale, la Mer Noire est destinée à jouer un rôle croissant comme frontière extérieure de l’Union européenne. Avec le contrôle croissant et la fermeture progressive du point de passage entre la Turquie et la Grèce pour les migrants, on peut envisager qu’une autre route migratoire se dessine dans cette région. L’immigration à l’agenda du ParlementUn référendum s’est déroulé conjointement à l’élection présidentielle. Désormais, la Roumanie sera dotée d’un Parlement monocaméral avec un nombre réduit de députés. Cette nouvelle chambre pourrait être amenée à examiner d’ici peu de nouveaux projets de loi en matière de migrations, dont la transposition de la directive retour [4]. L’Office Roumain pour l’Immigration a laissé entendre lors d’une table-ronde avec des associations qu’une modification de la loi actuelle [5] est à l’étude. Son contenu et sa mise à l’ordre du jour de l’Assemblée dépendent dorénavant de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement. Or, face à cette courte victoire de Basescu, les commentateurs annoncent d’ores et déjà que la formation d’un gouvernement de coalition sera épineuse… [1] Le PD-L, Partidul Democrat Liberal, est le parti de centre-droit roumain, aux influences chrétien-démocrate et libérales. [2] Le PSD, Partidul Social Democrat, est un parti de gauche roumain d’influence socialiste qui prône lui une « politique relativement ouverte à l’égard des migrations » (http://www.psd.ro/social-democratia.php). [3] Voir notamment la Stratégie roumaine en matière d’immigration 2007-2010 http://www.dreptonline.ro/legislatie/strategia_nationala_imigratia_2007_2010.php [4] Directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. [5] Il s’agit de la loi 122/2006 sur l’asile et l’ordonnance d’urgence du gouvernement 194/2002 sur le régime des étrangers en Roumanie. |
|
||||||||
|
|||||||||