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« Bienvenue en Roumanie » - Les premiers pas d’une politique d’accueil des ressortissants de pays tiers en Roumanie. Jeudi 12 novembre 2009, l’association ARCA a rendu publique la première phase de son projet « Bienvenue en Roumanie ». Financé par l’Union européenne et l’Etat roumain, il contribue à poser les prémices d’une politique d’accueil des ressortissants de pays tiers qui s’installent régulièrement en Roumanie.
Un fond d’intégration pour une politique d’accueilLa Roumanie est membre de l’Union européenne depuis début 2007. En seulement quelques années, les associations roumaines et autres « porteurs de projet » ont trouvé leur voie dans le dédale des subventions européennes. Le projet d’ARCA est ainsi financé à hauteur de 75% par le fond européen d’intégration des ressortissants de pays tiers [1] Ce fond soutient les initiatives allant dans le sens d’une intégration des ressortissants de pays tiers « issus de contextes économiques, culturels, religieux, linguistiques et ethniques différents » [2] En fait d’intégration, le projet porté par ARCA semble davantage relever d’une politique d’accueil des immigrés réguliers que d’une politique d’intégration au sens où nous l’entendrions en France. Donner la parole à l’immigréLa première phase du projet « Bienvenue en Roumanie » a consisté en une étude menée par deux sociologues de Bucarest. Elles ont recensé les besoins en information des immigrés en partant de leur vécu et de leurs perceptions. Des entretiens ont eu lieu avec des travailleurs (dont beaucoup d’entrepreneurs) et des étudiants de Moldavie, Chine, Sierra Leone, Turquie, Syrie, Azerbaïdjan, Corée du Sud, etc, mais aussi avec des représentants d’ambassades de pays tiers et d’institutions publiques roumaines. Il ressort de cette étude que les immigrés se heurtent à de très nombreux obstacles. La langue constitue une réelle barrière. Tous les documents qui leur sont remis sont en roumain, peu d’agents administratifs parlent une seconde langue et les administrations et associations manquent de traducteurs. Quant à la qualité et au contenu de l’information donnée aux immigrés, ils sont très variables en fonction des agents et de l’interprétation qu’ils font de la loi... « Each institution provides a different information to every person » dénonce un immigré moldave. Au final, les règles en matière de droit au séjour, d’accès à l’éducation, aux soins, aux transports, au marché du travail, etc. restent très opaques pour la majorité des immigrés. Faciliter l’accueil en 55 pagesARCA a donc élaboré un guide de l’arrivée du migrant en Roumanie. L’objectif est de délivrer un maximum d’informations concrètes, pratiques et simplifiées pour les immigrés, le tout en 55 pages. Le guide contiendra par exemple des renseignements sur les différents droits des immigrés, mais aussi des indications sur les horaires d’ouverture des associations et institutions utiles, les adresses des services de traduction, etc. Afin de remédier à la barrière de la langue que l’étude souligne, le guide sera traduit en français, anglais et chinois. La parution est prévue pour fin 2009. Un projet qui en dit longAu-delà du simple contenu du projet, pourquoi mettre en place maintenant une politique d’accueil dans un pays qui accueille déjà de longue date des migrants réguliers ? Plusieurs hypothèses sont possibles. Lorsque l’on parle d’immigration régulière en Roumanie, on fait souvent le constat d’une nécessité. Avec 10% de la population de ce pays qui vit à l’étranger et un vieillissement rapide de la population qui reste, un besoin de main-d’œuvre se fait sentir. Mais vu les faibles salaires proposés, seuls des ressortissants de pays ayant un plus faible niveau de vie seraient susceptibles d’accepter ces emplois. Or pourquoi choisiraient-ils la Roumanie ? Une politique d’accueil permettrait d’améliorer la visibilité et l’attractivité de la Roumanie pour une immigration internationale de travail et de préparer ce pays à ce que certains (politiques, universitaires) considèrent comme un défi futur . [3] La Roumanie semble mal préparée de ce point de vue. Elle accueille depuis les années 90 des immigrés, surtout moldaves et turcs, qui appartiennent à une même aire culturelle ou géographique (Mer Noire). Avec l’adhésion à l’Union européenne début 2007, la frontière du proche et du lointain s’est redessinée. Désormais, la « frontière extérieure » de l’Union européenne impose un nouveau clivage entre ressortissants communautaires et ressortissants de pays tiers qui ne correspond pas à la dynamique jusqu’alors surtout régionale de l’immigration. Résultat, les « étrangers proches » [4]sont devenus des « ressortissants de pays tiers ». Parallèlement, située sur une zone de transit vers l’espace Schengen [5], participant au système européen de l’asile, la Roumanie assiste depuis les années 90 à une progressive diversification de l’origine et du statut de ses immigrés. Ce qui l’amènerait à s’interroger sur une politique d’accueil, qui vise avant tout ces nouveaux « étrangers lointains ». Les conclusions de l’étude soulignent enfin que ce guide est le signe que la société roumaine reconnaît les problèmes auxquels sont confrontés les immigrés et souhaite trouver des solutions. Répondre à leurs besoins d’information ne serait qu’un premier pas dans le processus d’intégration [6]. Mais de quelle intégration parle-t-on ? Accueil n’est pas intégrationSi une politique d’accueil prend forme en Roumanie, le concept d’intégration, qu’il soit utilisé par l’ORI ou par l’étude réalisée pour l’ARCA, reste flou. Peut-être parce qu’en se focalisant sur la migration régulière de travail et en proposant des solutions pratiques visant à faciliter l’arrivée du migrant, ce projet envisage la migration comme un phénomène individuel temporaire ? [7] Il serait pourtant aussi intéressant que nécessaire d’inclure dans la réflexion sur l’accueil et l’intégration des ressortissants de pays tiers en Roumanie l’ensemble des « catégories » de migrants : membres de la famille d’un ressortissant roumain, demandeurs d’asile et réfugiés, apatrides, immigrés ayant le statut de « toléré », etc. Pour un panorama des migrations en Roumanie du début du 20è siècle à nos jours, voir http://www.focus-migration.de/index.php?id=2515&L=1 (en anglais ou allemand) Le lien vers le guide (en roumain) http://www.soros.ro/ro/comunicate_detaliu.php?comunicat=111# Le lien vers un article du Monde à ce sujet : http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/01/20/un-guide-de-savoir-vivre-roumain-pour-les-etrangers_1294267_3214.html#ens_id=1294352 [1] Le projet mis en œuvre par ARCA, le forum roumain pour les réfugiés et les migrants, est mené en partenariat avec la fondation Soros en Roumanie et l’organisation non-gouvernementale ADO SAH ROM. Les autres bailleurs de fonds sont l’Etat roumain (Office roumain pour les migrations) à hauteur de 20% ainsi que l’association ARCA, la fondation SOROS Roumanie et l’ONG ADO SAH ROM à hauteur de 5%. [2] Voir la page Internet consacrée au fond européen pour l’intégration des ressortissants de pays tiers via ce lien http://ec.europa.eu/justice_home/funding/integration/funding_integration_en.htm. [3] Voir notamment la Stratégie roumaine en matière d’immigration 2007-2010 (Strategia României în domeniul imigrației 2007-2010). http://www.dreptonline.ro/legislatie/strategia_nationala_imigratia_2007_2010.php [4] Je reprends le concept d’étranger proche développé dans les études sur le monde post-soviétique pour désigner les ressortissants de pays voisins de la Roumanie qui partagent une histoire, langue ou culture proches (Moldaves notamment). J’y oppose les nouvelles migrations venant de pays plus « lointains » culturellement et / ou géographiquement. Il me semble intéressant de constater que le terme européen de « ressortissant de pays tiers » recouvre sans les distinguer ces deux types de migrations. [5] Selon l’Office roumain pour les migrations (ORI), au 30 juin 2009, 28% des ressortissants de pays tiers résidant en Roumanie sous couvert d’un permis de séjour étaient moldaves, 17% Turques et 14% Chinois. Un peu moins de 28% des ressortissants de pays tiers séjournant légalement en Roumanie au 30 juin 2009 étaient membres de la famille d’un ressortissant roumain, et 12% possédaient un permis de séjour à durée indéterminée. Voir cette page sur le site Internet de l’ORI : http://ori.mai.gov.ro/api/media/userfiles/InfoStat_Octombrie_2009_text.pdf [6] « Ghidul transmite imigranţilor nou-sosiţi în România sau care intenţionează să obţină drept de şedere în România, odată cu informaţiile necesare, şi faptul că societatea românească (prin partenerii implicaţi în acest proiect – organizaţii neguvernamentale şi Oficiul Român pentru Imigrări) recunoaşte şi îşi asumă problemele cu care se confruntă imigranţii în România, şi că este preocupată de dificultăţile prin care trec aceştia în procesul lor de integrare, şi că doreşte să găsească soluţii, acoperirea nevoilor de informare ale imigranţilor fiind un prim pas în acest sens. » Nevoile de informare ale imigranţilor în România, p.47. Etude en roumain téléchargeable sur le site Internet de la Fondation Soros pour la Roumanie : http://www.osf.ro/ro/program_articol.php?articol=172 [7] C’est d’ailleurs ainsi que l’immigration de ressortissants de pays tiers à des fins de travail est décrite dans la stratégie roumaine en matière d’immigration 2007-2010 qui prévoit notamment la mise en place de quotas annuels de travailleurs en fonction des besoins exprimés par les entrepreneurs. |
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