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Pologne / Droits des étrangers /

Appel à la fermeture d’un camp de réfugiés : racisme local ou mauvaise politique d’accueil ?
8 février 2010 par Paulina

La plupart des centres de réfugiés ouverts en Pologne sont situés dans des villes ou villages où les populations sont touchées par un taux de chômage élevé. A Lomza, où les réfugiés tchétchènes sont de plus en plus nombreux depuis quelques années, les attitudes des habitants sont partagées : certains soutiennent leur intégration alors que d’autres veulent les éloigner. 800 personnes ont récemment signé la pétition pour la fermeture du camp pour éviter l’installation des réfugiés en ville.

Centres ouverts pour les demandeurs d’asile en Pologne

Pour beaucoup de réfugiés arrivés en Pologne, le camp ouvert est le premier endroit où ils sont hébergés. En attendant la décision concernant la légalisation de leur séjour, ils y passent de quelques mois à deux ans. En Pologne, il existe dix neuf centres ouverts pour les demandeurs d’asile. La plupart sont placés à l’Est où le taux de chômage est élevé et où il peut atteindre jusqu’à 20%. L’emplacement des centres est déterminé suite à un appel d’offres auprès des collectivités. L’Office de l’immigration signale qu’elle est à la recherche des bâtiments à louer. Ensuite, en fonction de l’offre, elle choisit les bâtiments les moins chers. La plupart des camps se trouvent ainsi le plus souvent dans les régions les plus pauvres.

Pour ou contre l’installation : des attitudes partagées

A Lomza [1], les difficultés sociales et économiques touchent aussi bien les réfugiés que les anciens habitants. Mais pour les réfugiés, le choix de cette ville n’a pas été un hasard. Deux camps ouverts capables d’accueillir 420 personnes se trouvent dans la région, dont l’un est situé au centre de la ville. De plus, près de 150 familles sont déjà installées dans des logements privés à l’extérieur du camp.

Depuis 2009, le Centre municipal d’aide sociale a prêté une salle à la Fondation « Ocalenie ». Deux conseillères d’origine tchétchène font le lien avec les institutions et aident les immigrés dans leurs démarches quotidiennes. Les personnes qui habitent dans d’autres camps, dans les villages ou les forêts n’ont pas les mêmes opportunités. Cependant, alors que certains habitants s’engagent activement pour faciliter l’intégration des réfugiés, d’autres ne les tolèrent pas. La Fondation a organisé récemment une conférence pour présenter son projet d’intégration. L’événement a donné aux habitants de Lomza la possibilité de s’exprimer sur la question des réfugiés. A cette occasion, 800 habitants ont voté la fermeture du camp. « Nous comprenons la situation difficile des réfugiés tchétchènes », a expliqué l’une des femmes venue déposer la pétition – « mais à Lomza, il n’y a même pas de travail pour les Polonais et cette ville est trop petite pour les accueillir ». D’autres personnes pensent qu’à cause de l’arrivée des réfugiés à Lomza, le taux de criminalité a monté. Ce que les statistiques de la police ne confirment pas.

La deuxième tentative de fermeture du camp

L’idée de fermer ce camp n’est pas nouvelle. En septembre dernier, deux femmes d’origine tchétchène ont été attaquées à Lomza. A cette époque, le député de droite, L. Kolakowski [2] propose au Directeur de l’Office de l’immigration de fermer le centre afin d’éviter de créer les conflits. « Mais les deux événements n’avaient rien en commun, cela n’a été qu’un prétexte », explique Larissa qui travaille à la Fondation. Elle est persuadée que la fermeture du camp ne doit pas être présentée comme une manière de répondre à la discrimination. Avec l’appui des médias, la Fondation s’est opposée à l’idée de fermeture. Accusé d’incitation au racisme, le député a annulé sa proposition.

« La fermeture du camp ne peut pas être une solution si aucune autre alternative n’est trouvée », explique Larissa, « où vont partir 190 personnes ? ». Elle soutiendrait la fermeture du camp seulement à condition que tous les habitants soient relogés dans les villes où ils auraient plus de possibilités de trouver un travail. « Je suis d’accord pour dire que Lomza n’est pas le meilleur emplacement. Les camps devraient être placés dans les grandes villes où il y a l’accès à l’éducation et aux soins », dit-elle. « A Lomza et presque partout ailleurs, les demandeurs d’asile qui habitent dans les camps n’ont même pas l’argent pour acheter un billet de bus pour aller à l’hôpital, sans parler des possibilités d’obtenir un logement social. » De fait, lorsque les personnes obtiennent le statut de réfugié et quittent le camp, leur misère continue parfois pendant longtemps. Leur subsistance repose essentiellement sur le travail saisonnier dans l’agriculture ou dans la construction. Partir dans une autre ville, même à Varsovie qui ne se trouve qu’à 150 kilomètres de là, n’est pas facile. Le déplacement du camp ne résoudrait donc pas les problèmes auxquels sont confrontés les réfugiés déjà installés en ville.


[1] Lomza est une ville au Nord-est de la Pologne de 63000 habitants

[2] Député du Parti « Prawo i Sprawiedliwosc » (Droit et Justice)



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