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Let’s go « dingle »…depuis les squats des exilés de Patras Il existe plusieurs façons de voyager « clandestinement » ; « dingle » en est une parmi les autres. « Dingle » dans la langue des exilés en « transit » veut dire « entre les roues ». Il existe un espace sous les camions, entre les roues, comme une petite boite, où une personne, maximum deux, avec beaucoup de chance, trouvent refuge pendant quelques heures. A cet endroit, ils attendent que le camion monte à bord du bateau, que les derniers contrôles - avant le départ - se fassent. Après le départ ils restent couchés au sol juste au-dessous du camion en attendant d’arriver au premier port italien. Là ils remontent sur le camion ; « re-dingle » jusqu’à ce qu’ils atteignent le rivage.
Il y a un dressing code pour « dingle [1] » ; plusieurs couches de vêtements sombres. « Tu vois ça ? Ça c’est un pantalon dingle, l’autre que je porte à travers, c’est un pantalon Italie » (Soudanais de Patras)… « Ça fait six mois que je suis à Igoumenitsa et je porte trois pantalons et trois gilets, si je reste un peu plus je vais porter trois paires de chaussures aussi (on rigole) » (Palestinien de Igoumenitsa). Pour « dingle » il faut des « observatoires des camions ». Pour les gens de la jungle c’est le parking des camions qui se trouve à côté ou les îlots de la route nationale et les feux à l’entrée de la ville. Pour les gens du « haraba » ce sont les feux de la route qui se trouvent à la sortie de la ville. La pratique « dingle » n’assure pas le voyage. Il faut essayer « dingle » chaque jour, pendant des heures. L’attente prend des jours, des semaines, des mois, parfois des années. Entre-temps les salles d’attente sont des campements spontanés ou des squats. Pour les voyageurs « dingle » de Patras actuellement il y a deux « espaces d’attente » : la « jungle » des Afghans d’un côté de la ville et le « haraba [2] » des Africains de l’autre. Jusqu’au moi de Juillet dernier existait depuis des années un campement de fortune afghan ; le « haimaga » comme ils l’appelaient. C’était une sorte de petit village, avec une mosquée, des petits commerces et des baraquements. En Juillet la police l’a démoli et tout de suite le haimaga a pris feu. Un effort d’« assainissement », pour pouvoir oublier que c’est lieu existait. Désormais il n’y a aucune trace qui témoigne de l’existence d’un village ; et les Afghans de la ville se dispersent un peu partout. Il y a une vaste étendue d’oliviers pas très loin d’une station de gaz et d’un parking pour camions. A côté de la route nationale à l’entrée de la ville. Là c’est la jungle. Ils créent des refuges improvisés pour se protéger du froid et de la pluie. Il s’agit de constructions visiblement éphémères que la police détruit régulièrement en faisant également des pillages. Quelques heures avant ma visite - à l’aube - il y a encore eu une rafle de la police ; des gants jetables avaient été jetés un peu partout. « C’est avec ça que la police nous touche » (Afghan de Patras). Les personnes qui y vivent sont éparpillés sur une grande surface de façon à ce que, nous ne puissions pas percevoir la densité de la jungle. Selon les Afghans eux-mêmes, leur nombre varie entre 300 et 400. Un grand nombre d’entre eux trouve refuge dans des bâtiments désaffectés ou un peu partout dans la ville. Très peu « cohabitent » avec les africains de l’autre côté de la ville (environ dix personnes). Le « haraba » est une ancienne gare ferroviaire où se trouvent « stationnés » des vieux wagons transformés en espaces de vie. Quatre rangées de wagons sont utilisées comme logement quand ils ne sont pas verrouillés, ou quand ils ont réussi à forcer les serrures. Quelques cabines de conducteur sont également utilisées. Dans chaque wagon habitent environ dix personnes et dans chaque cabine une, deux ou trois. La plupart des habitants du « haraba » se rassemblent également à l’extérieur, sur le parking d’un grand supermarché. Ils sont là pour « travailler » ; ils attendent de récupérer l’euro des chariots abandonnés. « Je ne peux pas aller aux cours des grecs [3] parce que je dois travailler…tu sais, au super marché, récupérer les chariots » (Somalien de Patras). L’espace du « haraba » témoigne une mobilité ancienne ; néanmoins, dans le présent, les wagons sont stationnés et convertis en logements. C’est-à-dire des configurations stables et immobiles. La vie dans le « haraba » est un jeu paradoxal entre mouvement et stagnation aussi. Ses habitants attendent là pour partir. A l’intérieur du « haraba », il y a un trottoir étroit et long – qui servait apparemment de quai – où quelques uns font leur prière, à côté d’autres qui discutent, ou jouent au foot. Ce trottoir est une sorte de place ; mais une place particulière où toutes les activités sont reparties le long du trottoir comme une série d’événements. La première fois que j’ai visité le « haraba », j’étais debout face à quatre ou cinq personnes assises sur des rails. Après quelques instants je me suis assise à côté d’eux et j’aperçois alors que juste en face de nous il y a des gens assis sur des rails en face ; derrière eux d’autres assis sur d’autres rails. Tous regardent vers nous. Deux –trois me filment avec leur portable. Ils rigolent, je rigole également. « C’est comme si on regarde la télé » ils me disent. |
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