Incendie du centre fermé et déclaration de Lampedusa comme « port non-sûr »
Les images des arrivées de bateaux de pêche bondés et des campements de tunisiens sur la colline de la honte – particulièrement présentes dans les media aux mois de mars et d’avril 2011 – font partie de l’histoire récente de Lampedusa. Pourtant il est difficile de croire qu’il s’agit de la même île, tant la situation sur l’île est sereine et les migrants invisibles cette année. Le centre de premier secours et d’accueil – détruit en partie par un incendie en septembre 2011- a été ré-ouvert le 2 juillet. Simultanément les arrivées sur l’île ont reprises. De septembre à juillet des embarcations ont tenté de rejoindre Lampedusa mais le port a été déclaré « non sûr». De fait, certains migrants sauvés et interceptées en mer ont dû être conduits vers la Sicile. Cette déclaration de port « non sûr » a porté atteinte au secours en mer et à l’accueil des migrantes cette année. Selon des témoignages recueillis, les moto-vedettes des garde-côtes sont parfois restées plusieurs heures à l’entrée du port dans l’attente d’une autorisation d’accès. À bord se trouvaient des personnes tout juste sauvées après deux à trois jours de traversée et contraintes à devoir encore attendre avant de bénéficier de premiers soins. Cette déclaration, émise par la capitainerie du port, est habituellement utilisée pour désigner un lieu où les droits des réfugiés ne seraient pas garantis. Elle était justifiée par la précarité des conditions d’accueil suite à l’incendie du centre. Aujourd’hui le centre de premier secours et d’accueil de Contrada Imbriacola est ouvert, toutefois dans les textes, le port est encore dit « non sûr ».
L’invisibilité des migrants, gage de bon fonctionnement du « modèle Lampedusa »?

L’invisibilité des migrantes débarquant sur l’île témoignerait du bon fonctionnement du « modèle Lampedusa». Il s’agit d’un accueil temporaire des migrants avant leur transfert vers d’autres structures plus adéquates en Italie. Sur le quai d’arrivée, les migrantes sont transférées au centre de Contrada Imbriacola par bus. De là, ils ne sortent généralement que lors de leur embarquement sur le ferry qui les conduira en Sicile. La coopérative en charge du centre depuis 2007 « Lampedusa Accoglienza » s’occupe des migrants durant les 8 à 10 jours – durée moyenne estimée depuis la réouverture du centre – qu’ils passent sur l’île. Loin de l’agitation de la via Roma – le cœur névralgique de l’île l’été – jusqu’à 350 personnes se sont trouvées dans le centre fermé cet été. Les seules autochtones qu’elles fréquentent sont les opérateurs de la coopérative. Depuis le 2 juillet l’accès est strictement limité. Les organisations extérieures autorisées à entrer sont membres du « Projet Praesidium » : OIM, ACNUR et Save the Children.
D’autres organisations ont fait des demandes d’accès au centre, mais elles n’ont pas encore eu de réponses. Derrière un paternalisme affiché et l’idée bien pensante du devoir de protéger les migrants, semble se déguiser la volonté de ne pas informer et de ne pas communiquer sur ce qui se passe à l’intérieur du centre. Pourtant, c’est bien le contraire qui se produit, à trop vouloir faire de mystères, les questions abondent sur le quotidien des migrants au sein de la structure. En outre, la condition des mineurs non accompagnés a été soulevée par Save the Children dans un communiqué de presse le 29 août. L’organisation dénonçait la présence depuis plus de dix jours de mineurs dans des conditions précaires et inadéquates. Elle demandait notamment « qu’il n’y ait pas de renvoi des catégories vulnérables ». D’autres questions sont en suspend et il est légitime d’exiger plus de transparence sur la gestion du centre.

Naufrage des 6-7 septembre 2012: la réponse des autorités tunisiennes

Le naufrage dans la nuit du 6 au 7 septembre 2012 a mis en avant la question du rapatriement de certains immigrés. Les survivants du naufrage demandent à pouvoir rester en Italie. En effet, tous les « ospiti » de Lampedusa ne bénéficient pas du même traitement. Trop de tunisiens présents à Contrada Imbriacola sont déjà passés par Lampedusa et tenteront de nouveau la traversée s’ils sont renvoyés. Les migrants présents dans le centre – les survivants, depuis quatre semaines- attendent leur transfert vers la Sicile. Les journées sont longues, d’autant plus que tous ne savent pas ce qu’il adviendra une fois sur la terre ferme. Depuis quelques jours certains tunisiens s’échappent du centre pour quelques heures. Ils brisent la loi du silence, parlent de la vie au sein du centre, de leurs inquiétudes de la suite et expliquent leurs aspirations.

L’île voit également arriver différentes délégations tunisiennes. Des membres du gouvernements, des assesseurs du président, l’ambassadeur tunisien à Palerme, le consul, un député ; tous se rendent à Lampedusa afin d’obtenir plus d’informations sur le naufrage et de discuter avec les survivants. On assiste à une surenchère de la part des différentes représentations afin de montrer qui s’intéresse le plus à la question. De nouveau les migrants sont utilisés à d’autres fins. Les délégations s’engagent auprès des survivants, des familles de disparus, mais aucune grande ligne n’est clairement définie pour le moment. Des familles se sont rendues à Lampedusa pour en savoir plus sur leurs proches disparus ou maintenus dans le centre. Elles sont reparties plus démunies qu’elles ne sont arrivées.

Au mois de septembre une partie de la presse sicilienne s’est focalisée sur l’arrestation des passeurs. Il ne suffit pourtant pas de rechercher des responsables parmi les migrants embarqués sur les bateaux de fortune pour empêcher d’autres naufrages. Sauf à remettre en cause le traitement actuel des tunisiens et leur renvoi quasi systématiques, Lampedusa risque de nouveau d’être le théâtre d’autres drames au large de ses côtes.
Il reste à espérer que les propos de la nouvelle maire soient portés au-delà de Lampedusa. Giusi Nicolini a en effet rappelé le rôle essentielle de Lampedusa comme terre d’accueil et au delà manifesté son soutien aux migrants.