Mytilène un matin de février: Visite de l’ancien camp de Kara Tepe

Samedi 3 février 2024,

À défaut d’être à Beyrouth, je suis à Mytilène, la capitale de Lesbos où je suis venue réaliser ma mission pour Migreurop en partenariat avec A Drop in The Ocean, une ONG norvégienne qui opère dans les camps en Grèce. 

Il est 11h, pour la première fois depuis mon arrivée sur cette ile, le soleil brille généreusement. Les rayons de soleil sont accompagnés d’une brise légère qui apporte une touche de fraicheur bienvenue. En sommes, un temps idéal pour effectuer une balade en bord de mer avec de la musique aux oreilles.

"Thr Magic Carpet" Une mosaïque réalisée en 2017 par 40 personnes exilées et 10 volontaires venant de différent pays. Chaque personne qui a participé au projet a réalisé un ou plusieurs carrés avec des mosaïques représentant sa propre culture. Les cadres ont été assemblés pour créer un "tapis magique" une mosaïque de personnes et de cultures. Le projet a été mis œuvre par Kalliope Kalaitzidou et une artiste française, Valérie Nikoladze.

Me voilà donc en train de contempler la mer Égée, elle a quelque chose d’envoutant, mais je ne saurai décrire quoi, son bleu profond borde l’ile d’une présence apaisante. Au loin, j’aperçois les côtes turques et soudainement je me rappelle que derrière cette beauté tranquille se cache une réalité sombre : la mer si sereine en apparence est le cimetière de centaines de personnes ayant péri en tentant de rejoindre la Grèce. Impuissante face à cette tragédie et ne trouvant plus ce bleu profond si apaisant, je décide de poursuivre mon chemin.

Mer Egée, vue sur les cotes turques.

Quelque temps plus tard, je passe devant une sculpture qui attire mon attention. Au-dessus de deux pierres blanches en marbre se dressent deux mains cuivrées, entrelacées de manière verticale.  Intriguée, je décide de me rapprocher de la plaquette d’information afin d’en savoir davantage sur cette oeuvre.

Œuvre donnée à la ville de Mytilène par l'ONG autrichienne SOS children.

Étonnamment, rien n’est indiqué, c’est comme si on avait retiré les explications. Par la suite, j’ai appris qu’il s’agissait d’une œuvre réalisée par une organisation autrichienne SOS Children en signe de solidarité avec personnes exilées.

À proximité de cette sculpture se trouve un panneau blanc sur lequel est tracé le plan d’un camp surplombé par l’inscription « Welcome to kara tepe »

Je réalise enfin que je me trouve à l’entrée de l’ancien camp de Kara Tepe connu aussi sous le nom de Kara tepe 1.

Panneau d'entrée, ancien camp de Kara Tepe

Pour information, ce dernier a été construit en 2015 et comme le rappelle Charlotte Oberti ce camp « était considéré comme l’un des rares endroits à offrir un hébergement décent pour les demandeurs et demandeuses d’asile en Grèce [1]» 

Ce lieu dédié aux personnes vulnérables telles que les personnes victimes de torture, de traite, les personnes de la communauté lgbtp ou encore les personnes avec des soucis de santé particuliers faisait office d’exemple et d’exception en Grèce et même en Europe.  Selon Stephan Oberreit, chef de mission pour médecin sans frontières (MSF) Balkans, à Kara Tepe, les personnes « vivaient dans des containers plutôt que sous des tentes, il y avait des activités périscolaires pour les enfants, les conditions sanitaires étaient décentes ». Malheureusement, en 2019, le gouvernement grec a annoncé la fermeture du camp pour 2021. Cette fermeture a été justifiée par la volonté de regrouper toutes les personnes en demande d’asile dans une même structure, à savoir l’hotspot (initialement temporaire) de Lesbos, le camp de Mavrouvni ou Moria 2.0. Ainsi, en avril 2021, le gouvernement grec a expulsé des centaines de personnes qui vivaient à Karape Tepe vers le camp de Mavrouvni aux conditions de vie désastreuses.

Après cette contextualisation rapide, revenons à la visite :

Curieuse de savoir ce qu’était devenu cet endroit et n’ayant pas vu de pancarte interdisant l’entrée, je décide de me diriger vers l’intérieur du camp ou du moins ce qu’il en reste.  Bien que la végétation ait repris, la structure du camp demeure reconnaissable. Je distingue des allées en béton bordées d’oliviers. Au bout de l’allée centrale se trouve un long bâtiment en bois bleu toujours intact. Les containers ont disparu laissant place à des parcelles d’herbes éparses. En avançant, je croise un bâtiment ouvert en ruine au toit de toile entièrement arraché. Sur le sol, jonchent des débris de toutes sortes. Seules les estrades peintes de dessins colorés subsistent, semblant être le vestige d’un théâtre autrefois animé.

Les allées de l'ancien camp encore visibles
Ancienne laverie
Ancien théâtre pour enfants

En face de ce bâtiment se dresse un haut mur grillagé surplombé de fils barbelés. En me rapprochant, je remarque que depuis ma position je peux apercevoir une partie du camp de Mavrouvni, un camp aux conditions de vie bien différentes de celles de Kara Tepe I. Sujet qui sera abordé dans le prochain article.


[1] Infomigrnants : La Grèce ferme « kera Tepe 1 » son camp modèle pour les migrants vulnérables

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