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Espagne / Droits des étrangers /

Politique horizontale : rafles en Espagne (2/2 -Entretien)
9 janvier 2011 par JuliaB

" Lutter contre ce petit policier que l’on nous demande d’être"

Les «  Brigadas Vecinales de Observación de Derechos Humanos  » se revendiquent du Cop Watching, une pratique d’observation et de dénonciation des violences policières, ici appliquée aux « arrestations massives de personnes immigrées dans les rues » de Madrid. Comme ces derniers l’expliquent dans un article paru dans le journal Diagonal en 2010, les brigadas se sont formées afin « de répondre à la multiplication des check points policiers dans les quartiers de Madrid (...) et de questionner le discours sur l’insécurité, indispensable à la légitimation des politiques de contrôle en rendant visible la violation systématique des droits d’une partie du voisinage et en récoltant l’information nécessaire à l’élaboration de rapports de dénonciation » [1]. Le collectif se présente comme une tentative de réponse collective qui questionne, par l’intermédiaire d’une action directe non violente, la multiplication des politiques répressives. Entretien avec l’un des membres du collectif.

Le collectif ’ Todos Somos Enredadas [2] ’ de Barcelone parle d’un changement de mode opératoire policier quand il s’agit de rafler, de la pratique de la macro-rafle à une action bien plus discrète. Qu’observe t-on à Madrid ?

Le changement de pratiques policières s’observe aussi à Madrid. Les policiers ont plusieurs protocoles, plusieurs façons d’agir. Avant, les policiers menaient principalement des macro-rafles, par exemple sur la place Tirso de Molina, en La Casa de Campo, ou dans les quartiers de Lavapies et d’ Aluche. Les policiers arrivent avec un dispositif énorme, de nombreuses voitures, un nombre incroyable de policiers en civil ou en uniforme : une grande démonstration de pouvoir. Les macro-rafles continuent. On le sait car elles provoquent des petits tremblements de terre. Mais on voit aussi qu’ils utilisent des techniques différentes. Les contrôles d’identité se réalisent le plus souvent dans les transports publics. Des policiers attendent sur le quai du métro de sorte à ce que la personne soit coincée, à ce qu’il n’y ait aucun d’échappatoire. D’autres policiers bloquent les sorties, et si c’est une plateforme d’échange, ou une bouche de métro, ils se positionnent dans les coins, de sorte à ce qu’on ne les repère pas. D’autres fois, ils attendent à la sortie du métro. A l’extérieur. Les policiers sont alors moins nombreux, ils vont souvent par deux.

Maintenant, la pratique qui se généralise est d’effectuer le contrôle de manière très discrète, sans faire de bruit, sans éclat de voix. Faire en sorte que tout paraisse normal, un contrôle « de routine », une pratique policière « normalisée ». Ils réalisent aussi de nombreux contrôle d’identité depuis leurs voitures, sans en descendre. La voiture de police avance très lentement, rôde dans le quartier, interpelle la personne de la fenêtre en lui disant « t’aurais pas commis un délit ? ». Puis, ils contrôle l’identité. C’est brutal. Une insulte. Dernièrement, on a été témoin d’une macro-rafle délocalisée dans le quartier de Lavapies. Il ne s’agissait pas d’un dispositif statique (aucune fourgonnette de police n’était garée sur la place principale) mais d’un contrôle en mouvement. C’est à dire que des voitures de police circulent dans les rues adjacentes et bloquent toutes les sorties de la place centrale du quartier. Je tiens à préciser que je ne parle que des types de rafles que nous avons observés. Il y en a mille autres que nous ne connaissons pas.

On se rend compte que les policiers patrouillent ou contrôlent au petit matin. Nous, les Brigadas, on essaie de sortir le matin, à partir de 8h, mais l’on se rend compte que la police arrive à 7h, quand les gens sortent de chez eux pour aller travailler. Les contrôles s’effectuent aussi en journée, et bien entendu, de nuit. Dans certains lieux, il est clair que les rafles se passent plutôt de nuit. De façon générale, les policiers te donnent la sensation de partir à la chasse. Ils guettent les heures d’affluence. Puis patrouillent en voiture constamment pendant une heure dans le lieu choisi. Ils cherchent. Cela correspond aussi à un changement de pratique. Avant, disons que les rafles se passaient presque toujours dans les mêmes endroits. Maintenant on s’aperçoit qu’elles se délocalisent. Par exemple, il y a de plus en plus de rafles dans le Nord de Madrid, où beaucoup d’immigrés travaillent comme employés domestiques dans les quartiers aisés.

La police entre dans les call-shops, dans les centres- internet, dans les bars et les cafés, se postent devant les écoles où les gens vont chercher leur enfants. On sait aussi que les policiers se concentrent aussi soudainement sur une nationalité particulière d’étrangers. Renvoyer un avion coûte cher. Alors pendant une période, on va préférer arrêter 40 Sénégalais d’un coup. Les envoyer au centre de rétention. Faire vérifier leur identité par l’ambassade du Sénégal. Et une fois que c’est fait, ils sont tous renvoyés.

Aujourd’hui, les personnes qui n’ont pas de papiers, qui sont en procédure de régularisation, ou qui résident régulièrement en Espagne mais qui ne peuvent momentanément pas le prouver, ne savent pas ce qui les attend en sortant dans la rue. Vivre avec une peur terrible. Tous les étrangers sont finalement concernés. Malgré le fait qu’une personne montre une photocopie attestant qu’elle fait les démarches pour faire valoir son arraigo social [attaches sociales ; intégration sociale], rien n’y fait, elle peut être amenée au commissariat. Les policiers expliquent : « C’est pour vérifier la documentation que tu nous as fournie ». La suite de l’histoire dépend du policier sur lequel la personne va tomber au commissariat. Si cette personne justifie en effet de documents valables et qu’elle a de la chance, elle n’aura « qu’une » amende pour n’avoir pas pu présenter ses papiers dans la rue. Sinon, elle peut en effet être détenue plus longtemps. [Voir article précédent Politique Horizontale : Circulaire 1/2010 encourageant la détention préventive à des fins d’identification]

Légalement, on ne peut te demander ton identité que si un délit a été commis dans une zone et que l’on ait des raisons de suspecter que tu étais présent sur les lieux. Cependant, quand on demande le motif d’un contrôle aux policiers, ils te répondent : « cela ne te regarde pas ». Bref, aucune justification. Ou alors, ils te répondent « contrôle de routine ». Mais le contrôle de routine n’existe pas. Cela n’a aucune existence légale. Pour les rafles de plus grande ampleur, il n’y a pas non plus de cadre juridique. Je veux dire qu’à chaque fois que l’on s’est heurtés à une macro-rafle et qu’on demandait aux policiers sous quels fondements ils agissaient, ils n’ont jamais été capables de nous opposer un quelconque motif légal. Il s’agit toujours de contrôles arbitraires.

Le ministre de l’intérieur ordonne de remplir certains quotas. Mais il nie avoir promulgué de telles instructions. Pendant les rafles, lorsque l’on intervient, l’on se fonde sur l’article 14 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui prohibe les contrôles au faciès. Mais quand tu discutes avec la police ils nient également pratiquer une quelconque discrimination lors des contrôles. Et lorsque l’on est présents pour observer, ils arrêtent un blond aux yeux bleus et ils nous disent «  regardez alors, regardez  ». Mais si tu regardes dans les fourgonnettes de la police, tu verras que toutes les personnes arrêtées sont noires, ou que ce ne sont que des gens qui ne sont clairement pas d’ici.

Pourrais-tu expliquer quel travail effectuent les Brigadas dans Madrid ?

Les Brigadas essaient d’agir dans tout Madrid. Dans une certaine mesure. Les Brigadas sont constituées de groupes de personnes qui se rejoignent volontairement. Donc chacun a sa vie, son travail... on ne peut y passer les 24h de la journée. Je ne sais pas exactement combien nous sommes. Tous les samedis, il y a un atelier d’incorporation accompagnée d’une formation légale pour connaître les droits dont nous disposons face à la police. C’est aussi un lieu où l’on socialise les peurs parce que finalement, nous avons tous peur de la police. Ce que nous savons, c’est que nous sommes plus d’une centaine de brigadistas. L’idée est que chaque personne sorte au moins un fois par semaine.

Nous sortons en groupe, avec nos gilets oranges. On fait en sorte qu’ un ou deux avocats sachent que nous sommes en train de marauder, au cas où il se passe quelque chose. La brigada se rend dans les endroits où l’on suppose qu’une rafle puisse se passer, avec l’intention, si cette Brigade est témoin d’un contrôle d’identité de l’observer, de le documenter, de le dénoncer, de le rendre visible. Nous pratiquons une sorte d’action directe légale pour entraver, contrer, ces pratiques policières.

L’idée c’est de documenter les rafles. Dire tout ce que l’on peut dire. Décrire les voitures, noter la plaque d’immatriculation, combien d’agents sont présents, comment agissent les policiers, qui contrôlent-ils, qui détiennent-ils à l’issue de ces contrôles. Cela fait un an que nous sommes dans la rue à observer et nous sommes en train de réfléchir à comment utiliser cette information. Il faut qu’on l’analyse, qu’on l’interprète, que l’on en tire des conclusions. D’ici l’été nous aimerions intensifier le rythme des maraudes d’observation dans la rue afin d’atteindre des chiffres plus représentatifs. Parce qu’il faut aussi souligner qu’un grand nombre de brigadas ne rencontrent pas de policiers, quand elles maraudes. Lorsque l’on n’observe aucun contrôle d’identité, on en profite pour informer. Parler avec les gens, pas forcément les migrants. Leurs donner nos brochures d’information sur les rafles, leur expliquer les droits dont nous disposons face à la police. Ils ne s’agit pas de s’adresser à celui qui n’est pas d’ici, mais à tout ceux d’ici, car tout le monde est concerné et qu’il en va de la responsabilité de tous.

Quand les brigadas ont commencé à travailler, on s’est intéressés aux travaux similaires, menés ailleurs. Dans un premier temps, Cop Watch. Ainsi que les travaux d’observation menés par exemple au Chiapas et au Guatemala. Des personnes faisant partie des brigadas de Madrid avaient participé à ces brigades d’observation et ont introduit quelques protocoles d’action. Bien entendu, les contextes ne sont pas les mêmes, mais il y a certaines stratégies, certaines pratiques qu’il peut être utile d’utiliser ou de comparer.

Brigades de voisinage. Pourquoi « voisinage » ?

Voisinage, parce que les brigadas se sont formées à partir de l’observation selon laquelle les rafles, au delà d’interrompre la vie des personnes interceptées, ont aussi un impact sur la vie des quartiers dans lesquelles elles se déroulent. La vie s’interrompt abruptement. Les gens perdent le contact d’une de leur connaissance, de leur garçon de café par exemple, parce qu’il est emmené au centre de rétention. Ensuite plus rien, la personne est oubliée. Aujourd’hui pour qu’une mobilisation spontanée s’observe face à une rafle par exemple, pour que quelqu’un ose dire quelque chose, il faut que le dispositif soit énorme donc choquant. Disons qu’il s’agit de l’un des objectifs des brigadas : montrer que les rafles se passent dans nos quartiers et que, parce que c’est un phénomène qui s’est normalisé, nous ne faisons rien. Cela n’a pas forcément de lien avec le racisme. Ce que l’on peut simplement dire, c’est que la police, en remplissant ses obligations, criminalise une partie de la population. Et que l’on fait partie du jeu. Quand je vois la police, très spontanément, je pense : «  il a dû se passer quelque chose, il a dû se commettre quelque chose ». On associe le travail et la présence policière au délit. Alors qu’il peut ne s’être rien passé. Ce peut être un simple contrôle d’identité, une pratique illégale de la police.

Ici à Madrid, on observe un nombre incroyable de policiers dans la rue, entre les agents de la police municipale et ceux de la police nationale. Forcément, la présence de la police est un indicateur. S’il y a un contrôle social aujourd’hui, ce n’est bien entendu pas uniquement de la part de la police, mais la présence policière y contribue fortement, incroyablement fortement. En Espagne, le nombre de policier augmente. La police est la seule branche pour laquelle on constate une augmentation des postes de fonctionnaires. On constate que les policiers qui mènent les contrôles d’identité sont très jeunes. Ils ressemblent à des stéréotypes de CRS.

A Madrid, seule la police nationale est habilitée à rafler. La police municipale, en principe, ne le peut pas. Même si l’on se rend compte que la police municipale collabore avec la police nationale et exerce une pression sur les étrangers, d’une autre manière. Cette collaboration s’observe à la Casa de Campo par exemple [quartier Nord de Madrid]. C’est un endroit de Madrid où se réunit chaque week-end une très grande communauté principalement équatorienne. Avec l’excuse de l’illégalité de la vente de nourriture, la police municipale intervient pour expulser les gens du lieu. Il y a deux mois, nous avons mené un macro-brigade. Nous sommes allés à la Casa de Campo à trente brigadistas. Une fois là bas, on en revenait pas de voir combien de policiers municipaux et d’agents de police nationale étaient présents. Les uns expulsent, harcèlent sur les motifs qu’ils leur reviennent de contrôler. Les autres contrôlent les identités et arrêtent. On observe aussi une certaine collaboration entre la police, le personnel d’entreprise du métro et le personnel issu de la sécurité privée. Par exemple, dans la plateforme d’échange de Avenida America on a des gardiens de sécurité privé qui « gardent » les personnes contrôlées pendant que la police mène d’autres contrôles. Il faut à tout pris que le contrôle paraisse normal, ce qui ne peut se faire qu’avec la coopération des gestionnaires des lieux.

Comment réagit la police à votre présence ?

Soit on les incommode en restant à coté des agents pendant les contrôles et ils finissent par s’en aller. Soit ils font les contrôles mais ils n’arrêtent personne. Je pense que de manière générale, on les gène. Ce qui est bien, c’est ce que l’on cherche. Même s’ils s’en vont ensuite travailler dans un autre endroit. Bien sûr, quelque fois, on rencontre des policiers qui se fichent de notre présence, et qui arrêtent sous nos yeux. Personne ne peut rien faire pour arrêter une rafle. Ce qui est en notre pouvoir, c’est de parler aux policiers, leur rappeler le cadre légal, par exemple, leur dire que « si une personne est en procédure de régularisation, on ne peut pas l’emmener, etc... ». On essaie de questionner la pratique policière, on leur pose des questions en pleine rafle, des choses simples comme «  pourquoi vous emmenez cette personne ?  ». Cela peut avoir quelques vertus : si tu gènes passablement la police, souvent le contrôle s’arrête. Parce qu’elle s’occupe plus de toi que de la personne qu’elle avait commencé à molester. Je crois que la police n’est pas préparée à donner une réponse aux personnes qui la questionnent. Et beaucoup savent qu’ils travaillent en marge de la légalité, comme en témoigne les plaintes du Syndicat Unifié de la Police, donc ils n’osent pas insister.

Quel sentiment face à l’impossibilité d’agir ? D’être témoin, d’observer sans pouvoir intervenir...

Les brigadas sont simplement une forme d’organisation collective spécifique, nous n’avons aucun pouvoir particulier. On sort avec nos gilets oranges, et on s’aperçoit que cela a un effet. Parce que cela prouve qu’il s’agit d’un mouvement organisé, en lien avec les droits de l’homme, avec des avocats, etc... Il me semble qu’ainsi, on dispose d’un certain pouvoir. Ensuite, nous avons des protocoles encadrant nos actions. En tant que brigadistas, on ne peut pas agir comme bon nous semble, même si bien entendu, l’application de ces protocoles dépend des personnalités des personnes qui se regroupent et qui décident, ensuite, de leurs limites. Il y a toutes une série d’accords que les gens, en tant que brigadas, se doivent de respecter. Il faut bien connaître jusqu’où tu peux aller avec la police. On ne peut pas dire à un policier « raciste ! ». Tu ne peux pas les insulter. En mettant en avant la légalité et en agissant subtilement, on peut questionner la police, contrer leur argument, faire en sorte qu’ils ne puissent pas t’en opposer. Ils peuvent simplement te dire que tu gènes la réalisation de la pratique policière. Le principe c’est que quand tu es seul et que tu agis en ton nom, tu peux faire ce que tu veux avec la police. Pas en tant que brigadistas. Mais pour l’instant, il faut ajouter que l’on ne s’est jamais trouvés à observer de rafles ou des contrôles pendant lesquels les policiers se montraient physiquement violents, alors que l’on sait très bien que cela arrive.

Il y a aussi autre chose sur lequel je voulais insister c’est le faire de lutter contre la parcellisation de la sphère publique. Considéré le contrôle social, si fort, ce que l’on souhaite, c’est revendiquer le droit de pouvoir circuler librement, d’occuper les places, les rues comme des lieux dans lesquels les gens se réunissent tranquillement, marchent tranquillement, parlent de ce qui leur importe. On le sait, la sphère publique se restreint toujours un peu plus. Il existait aussi un projet de loi en Espagne encourageant les fonctionnaires publiques à dénoncer l’illégalité d’une personne dès lors qu’ils s’en rendent compte. N’importe quel fonctionnaire publique, prof, médecins etc... Il a aussi été question de punir les personnes qui aident ou accueillent un sans-papiers [3]. Petit à petit, il est question que la population fasse le travail de la police. Cela ne se prépare pas uniquement avec des lois mais selon un processus, long, d’éducation de la société. Chacun de nous, sans le vouloir, est un petit policier. Soit la personne le perçoit, lutte contre ce petit policier que l’on nous demande d’être, soit elle devient ce petit policier. Il est difficile de lutter contre cela. Car il en va de ton éducation de citoyen, de l’éthique civique actuelle, qui fabrique ce policier. Ce n’est pas un manque d’information au niveau légal. C’est un manque d’éducation au niveau éthique. Le légal ne signifie pas le légitime ; le légal ne signifie pas ce qui est bien. Mais avec la stigmatisation de l’illégal qui opère en ce moment, on est encouragé à rejeter ce qui est rendu illégal par le cadre légal et les pratiques, pourtant choquantes mais qui se sont normalisées. Par rapport aux droits des étrangers, le problème est d’établir un fossé entre la personne qui a des droits et la personne sans droits. Le citoyen et le non-citoyen, alors que le concept de citoyen est celui autour duquel tourne tous les aspects de la vie. Ce n’est plus la personne, ni l’être humain, mais la citoyenneté qui n’a de cesse d’être mis en avant.

Le thème de la présence policière dans la rue, du contrôle social, de la stigmatisation de l’autre... Tout cela signifie une précarisation énorme de la vie de tous. Ici en Espagne, les discours sur la sécurité bougent les masses. Cela aussi parce qu’il y a une insécurité sur des thèmes basiques comme l’éducation, la santé, le travail. A cette insécurité s’oppose une sécurité facile, évidente, restreignant pourtant nos libertés.

Il est clair qu’avec le contexte et les intérêts du moment, le cadre légal va être à chaque fois plus répressif. Face à cela, l’idéal serait une société civile active et désobéissante. Mais on ne va pas par là. Et le problème est de se réveiller quand les choses deviennent insupportables.

Entretien mené le 18 décembre 2010 à Madrid.


Notes

[1] Journal Diagonal, 27/01/2010, ici

[2] Il s’agit d’un collectif Barcelonais effectuant depuis quelques mois un travail similaire à celui des Brigadas.

[3] En Espagne, la loi pénalise actuellement l’aide à l’entrée et au séjour des étrangers dans un but lucratif. L’article 54 -1 b dispose ainsi qu’« inciter, promouvoir, favoriser ou faciliter dans un but lucratif, individuellement ou dans le cadre d’une organisation, l’immigration clandestine de personnes en transit ou à destination de l’Espagne ou leur séjour sur le territoire » constitue une « infraction très grave » qui est passible de « 6.001 jusqu’à 60 000 euros d’amende » (art. 55-1 c). Si la loi ne sanctionne pas - encore - le délit de solidarité sans but lucratif, il s’en est fallu de peu. Le projet initial de la dernière réforme de la « Ley de Extranjeria » comportait un article 53.2.c selon lequel les personnes et les associations qui aident ou qui accueillent des sans-papiers (sans but lucratif) pourraient être condamnées à une amende allant jusqu’à 10 000 euros. Source : Le Gisti



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