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Bulgarie / Roumanie / Droits des étrangers /

La Roumanie et la Bulgarie doivent encore prouver leur « maturité Schengen »
5 janvier 2011 par Morgane

"Il est trop tôt pour que Sofia et Bucarest nous rejoignent". Le 21 décembre, les ministres de l’Intérieur allemand et français ont écrit à la Commission européenne pour demander que l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen soit reportée. Cette décision bloque de fait l’entrée des deux pays dans la zone de libre circulation.

L’espace Schengen

La morsure balkanique dans l’espace Schengen — Philippe Rekacewicz — novembre 2009

L’espace Schengen compte 25 États membres et permet à plus de 400 millions de citoyens de circuler librement de la Finlande à la Grèce, du Portugal à la frontière polonaise, sans devoir montrer leurs passeports. Seuls le Royaume-Uni et l’Irlande, deux pays insulaires, ont décidé de rester en dehors. Mais trois non membres de l’UE - la Suisse, la Norvège et l’Islande - y ont adhéré. Outre la Bulgarie et la Roumanie, Chypre a demandé à rejoindre cet espace.

Les deux ministres ont insisté sur les carences que ces deux pays ont montré en matière de lutte anticorruption et de lutte contre la criminalité organisée.

La question migratoire au cœur du refus

"Si nous leur confions nos frontières, il est légitime que nous puissions avoir toutes les garanties pour que ces frontières soient bien gardées avec des douaniers en mesure d’exercer toute la vigilance que nous sommes en droit d’attendre", a déclaré début décembre le ministre français des affaires européennes, Laurent Wauquiez. « Nous ne mettrons pas le doigt dans des engrenages qui consisteraient à affaiblir nos frontières et la capacité de l’Europe à gérer et à contrôler ses flux migratoires », avait lancé le nouveau ministre lors d’un débat sur l’Europe à l’Assemblée nationale.  [1]

En Bulgarie et en Roumanie, le véto franco-allemand a été reçu avec étonnement et déception.

L’annonce de ce refus a confirmé un sentiment très présent depuis 2007, à savoir que malgré l’adhésion à l’UE, Roumains et Bulgares restent des européens de seconde zone. "Sofia et Bucarest sont comme deux enfants à une noce balkanique : tout le monde les aime bien, mais personne ne les veut à la même table que les convives", commente un journaliste dans le quotidien bulgare Standart. [2]

Toutefois, les réactions ne sont pas les mêmes, de chaque côté de la frontière.

Le président roumain, Traian Basescu, dénonce "un acte de discrimination" à l’égard de son pays

Paris et Berlin ont lié la question de l’entrée dans l’espace Schengen au mécanisme de surveillance appliqué à la Bulgarie et la Roumanie dans les domaines de la justice et de la lutte contre la corruption, un lien que Bucarest rejette.

"Nous n’avions pas cette condition au départ, c’est pour cela que je considère qu’il s’agit d’une discrimination (...) on doit être soumis aux mêmes conditions que les autres pays", a expliqué M. Basescu.

Même s’il ne remet pas en cause les dysfonctionnements de la justice et des institutions d’État évoqués dans un rapport du Mécanisme de Coopération et de Vérification (CVM) [3] ; la Roumanie selon lui remplit les critères techniques requis pour l’adhésion à l’espace de libre circulation.

La Roumanie a prévenu qu’elle pourrait quitter le CVM, le ministère des affaires étrangères considère ce mécanisme comme un outil de pression des États de l’Europe occidentale.

Les arguments politiques prennent le dessus sur les arguments techniques

Il semble que la Roumanie paye ses critiques liées à l’expulsion des Rroms de France. La méthode du gouvernement français avait été gravement remise en question durant l’été 2010 par les autorités roumaines. Teodor Baconschi, le ministère des affaires étrangères, s’inquiétait des risques de “dérapage populiste” et de “réactions xénophobes" ; tandis que Valentin Mocanu, le secrétaire d’État chargé de l’intégration des Rroms, prônait une “coopération loin de toute fièvre électoraliste." [4]

La Bulgarie, elle, avait fait profil bas cet été, lorsque la France expulsait ses Rroms à tour de bras, craignant que des tensions avec Paris mettent en péril son accession à Schengen. [5]

L’éditorialiste du quotidien bulgare "Trud" a choisi d’interpeller directement le chef de l’État français, qu’il appelle, avec une fausse déférence, “bat’ Sarkozy” [grand-frère, ou patron, par extension]. “Ne nous fais pas ça, bat’ Sarkozy. Lorsque tu chassais nos Rroms de chez toi cet été, toute l’Europe a bondi contre toi, t’accusant de violer les droits de l’Homme, de faire de la discrimination et de je-ne-sais-quoi encore. Nous, les Bulgares, avons été les seuls à te soutenir. Tu veux expulser des Rroms ? Vas-y, bat’ Sarkozy, nous on n’a pas de problèmes avec la France ! Et maintenant, c’est toi qui a un problème avec nous. Ce n’est pas juste, bat’ Sarkozy.”

Le « plan d’action Schengen » de la Bulgarie

La Bulgarie se montre moins critique que la Roumanie face au refus opposé par la France et l’Allemagne. Le pays a promis d’intensifier ses efforts pour répondre aux critères de l’accord de Schengen.

Le 23 décembre, le gouvernement a adopté un plan d’action. Il s’agit de mettre en œuvre 32 « mesures urgentes » afin que le pays rejoigne la zone Schengen. La Bulgarie a également mis en œuvre les recommandations du CVM lors de la dernière visite en Décembre, lorsque des points de contrôle à la frontière avec la Turquie ont été visités, selon un communiqué du service de presse du gouvernement.

Objectif : Renforcer la sécurité aux frontières extérieures

L’accession à la zone Schengen est conditionnée à un contrôle effectif aux frontières extérieures de l’Union Européenne. La Bulgarie prévoit donc d’augmenter le nombre de terminaux mobiles et fixes de communication TETRA (TErrestrial Trunked RAdio), d’installer de nouveaux scanners pour détecter les passagers clandestins aux frontières ; ainsi que la construction d’héliports. Les moyens humains de la police des frontières seront également accrus. [6]

Le ministre de l’intérieur Tsvetan Tsvetanov a déclaré que 56 millions de leva (plus de 28 millions d’euros) avaient été mis à disposition pour financer la sécurisation des frontières extérieures du pays. Le Conseil des ministres a approuvé une aide de 10,95 millions de leva (5,5 Millions d’euros) supplémentaires pour financer le plan d’action.

La Bulgarie fait donc du zèle pour prouver sa "maturité Schengen" et atteindre son objectif maintes fois affiché d’entrer dans la zone dès mars 2011.

Depuis peu, le pays utilise le Schengen Information System (SIS) [7], et envoie ses gardes frontières grossir l’équipe de Frontex à la frontière Greco-Turque. [8]

La frontière entre déficit sécuritaire et délire sécuritaire reste quant à elle facile à franchir ...


Notes

[1] Source : Toute l’Europe le 22/10/10 http://www.touteleurope.eu/fr/diver...

[2] Standart, 23/11/10 http://paper.standartnews.com/en/ar...

[3] Rapports 2010 en Anglais disponibles ici pour la Bulgarie, et ici pour la Roumanie

[4] France Info, 25/08/10 http://www.france-info.com/france-p...

[5] Blog Western Balkans - lemonde.fr, 16/09/10 http://balkans.blog.lemonde.fr/2010... ; La Libre Belgique, 22/08/10 http://www.lalibre.be/actu/internat... ; Sofia News Agency - Novinite 4/01/11 http://www.novinite.com/view_news.p...

[6] Les Échos de Sofia, 23/12/10 http://sofiaecho.com/2010/12/23/101...

[7] Sofia News Agency - Novinite, 22/10/10 http://bulgaria.world-countries.net...

[8] Voir le "Kit Presse" de Frontex sur le déploiement de RABIT en 2010, en Anglais, ici



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