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Bulgarie / Droits des étrangers /

Banya, centre de réception de demandeurs d’asile « in the middle of nowhere »
17 décembre 2010 par Morgane

Je suis volontaire au Bulgarian Helsinki Committee dans le programme de protection légale des migrants et réfugiés, en partenariat avec Migreurop. Dans le cadre de mon projet, je rencontre différents acteurs, ONG et institutions, qui travaillent avec les migrants et les demandeurs d’asile.

Il existe en Bulgarie deux « centres de réception » pour les demandeurs d’asiles, l’un à Sofia d’une capacité de 400 places, l’autre à Banya, 80 places. En Novembre 2010, 918 personnes étaient enregistrées comme demandeuses d’asiles (Source : State Agency for Refugees http://www.aref.government.bg/?cat=2 ).

9 heures du matin, milieu du mois de décembre, départ de Sofia dans le minibus de la Croix Rouge. Nous sommes cinq, le chauffeur, deux salariées de la Croix Rouge dont une hyperpolyglotte, parlant 8 langues différentes, une stagiaire, et moi.

Nous avalons 270 km, jusqu’à Banya, petit village situé près de Nova Zagora, au centre de la Bulgarie, au milieu de nulle part.

Le camp accueille en ce moment 34 demandeurs d’asile, dont 12 enfants. Il dépend de la State Agency for Refugees (SAR). Les demandeurs d’asile résident ici en attendant que la SAR leur accorde, ou non, le statut de réfugié. En Bulgarie, en Novembre 2010, seules 20 personnes avaient obtenu ce statut, et 111 personnes avaient reçu un « statut humanitaire ». [1]

Le bâtiment parait grand. Nous entrons dans une vaste pièce, qui sert de salle de cours, de salle à manger, de salon aussi. Aussitôt, de nombreuses personnes s’attroupent autour de nous. En effet, rares sont les visites ici, et certains d’entre eux connaissent déjà une des salariées, l’interprète universelle. La langue la plus parlée ici est l’arabe. La majorité d’entre eux vient d’Irak, une famille est originaire d’Afghanistan, il y a aussi un palestinien.

La Croix Rouge est ici afin de rencontrer individuellement chaque personne, déterminer ses besoins et y répondre au mieux. Un questionnaire est également rempli avec chacun d’entre eux, afin de dépister les personnes à risques pour la tuberculose. C’est un accord avec le ministère de la santé qui, en échange de ces questionnaires, alloue une somme d’argent à la Croix Rouge grâce à laquelle elle fournit des denrées alimentaires de base aux demandeurs d’asile.

Les entretiens révèlent de nombreux dysfonctionnements

Une avocate du Bulgarian Helsinki Committee se rend régulièrement au centre, mais sans interprète, ce qui complique sérieusement la communication car peu nombreux sont les demandeurs d’asile parlant anglais. De plus, aucune pièce de réception n’assure la confidentialité des consultations.

Les cours de langue bulgare ont récemment été rétablis, 3 heures par jour. Les résidents en semblent très satisfaits. Cependant, tous les enfants ne sont pas scolarisés, un père nous confie que sa fille a subi de fortes discriminations à l’école, et qu’il a été contraint de l’en retirer.

Un accès aux soins plus qu’incertain

La plupart des résidents décrivent des douleurs physiques, ou souffrent de traumatismes psychiques. Bien souvent les demandeurs d’asile sont des gens malades d’avoir trop subi, ou affaiblis ont attrapé une maladie grave.

Quasiment tous nous remettent des ordonnances, car ils n’ont pas de quoi acheter les médicaments qui leurs sont prescrits. Ils reçoivent 65 lévas (33 euros) par personne et par mois. La Croix Rouge a un fonds particulier afin de palier les manques de l’Etat.

En principe tous les demandeurs d’asile ont droit à une assurance santé, mais c’est une toute autre affaire en réalité. La State Agency for Refugees ne fait pas toujours les formalités en temps voulus. La couverture maladie prodiguée est très mince, elle permet seulement l’accès à un médecin généraliste.

Ici donc, une femme enceinte, de jeunes enfants, des personnes ayant fui le traumatisme certain d’une guerre n’ont pas un accès assuré à des soins adaptés.

Promiscuité, délabrement, ennui

J., un résident irakien, ici avec sa femme enceinte et leurs trois enfants, me fait faire « le tour du propriétaire ». La cuisine est équipée très sommairement, deux gazinières, une table et un banc. Une pièce avec deux grands éviers est destinée au lavage du linge et de la vaisselle. Au plafond, les moisissures sont visibles, et l’isolation laisse à désirer. Les douches et toilettes sont dans un état lamentable. Pas d’eau chaude, pas de chauffage, carrelages brisés. A l’étage, une dizaine de chambres sont occupées par les familles. J. et sa famille sont 5 dans 10m2.

J’apprends que l’ancien directeur du centre vient d’être licencié, pour avoir détourné à son profit l’argent destiné à la rénovation du bâtiment.

Au-delà de conditions matérielles difficiles, c’est l’ennui qui est le plus dur à supporter. A Sofia, nombreux sont les demandeurs d’asiles qui travaillent au noir ; à Banya, de par l’isolement géographique, c’est impossible. Les demandeurs d’asile laissent donc s’écouler les heures des journées ; les jours des semaines ; et les semaines des mois. Leur vie est seulement ponctuée par les réponses aléatoires concernant leur demande de protection.

Visite rude, d’un endroit inhospitalier. En toile de fond, le rapport ambigu de la Bulgarie avec ses migrants.


Notes

[1] Statut donné par le président de la SAR aux migrants "dont la vie, la sécurité et la liberté sont menacés par un conflit armé, un danger de torture, ou d’autres formes de traitements inhumains et dégradants, aussi bien que pour d’autres raisons "humanitaires"". (Source : http://www.aref.government.bg/docs/...) Ce statut est temporaire.



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