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Esclavage moderne ou agriculture exemplaire : Almeria au cœur d’enjeux diplomatiques.
23 février 2011 par Cabiria

Un reportage dérangeant

Le journal britannique The Guardian a publié le 7 février un article ainsi qu’un reportage vidéo d’une dizaine de minutes sur les conditions de vie et de travail des saisonniers immigrés dans les serres de plastiques de la province d’Almeria. [1]

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YouTube - Slavery in Costa del Sol, Spain

Le journal indique que les conditions de travail dans lesquels travaillent de nombreux migrants correspondent à la définition que fait l’ONU de l’esclavage moderne.
Les principales conclusions que tire la journaliste Felicity Lawrence sont :
- Que les conditions de vie travailleurs immigrés sont infrahumaines, ils vivent dans des chabolas et cortijos sans sanitaires ni accès à l’eau potable.
- Que les salaires sont généralement inférieurs à la moitié du minimum légal.
- Que les travailleurs sans papiers sont menacés d’être dénoncés s’ils se plaignent.
- Qu’il existe une réelle situation de ségrégation spatiale qui confine les travailleurs immigrés à la zone des invernaderos (serres de plastiques).
Spitou Mendy, porte parole du SOC (Sindicato de Obreros del Campo) d’Almeria apparait dans le documentaire et est cité dansl’article, il dénonce ces conditions de vie et de travail et appel à une prise de conscience collective afin que cela cesse.

Un déni total de la situation.

Le 17 février le quotidien local La Voz De Almeria publie un article dénonçant les propos du Guardian comme étant faux, infondés et stéréotypés.
L’accusation repose principalement sur le fait que la journaliste Felicity Lawrence, ne base ses propos que sur les dires du SOC, de la Croix Rouge, de Sœurs (las Hermanas Compasivas de la Caridad de San Isidro) et de deux professeurs de l’Université d’Almeria, José Angel Aznar et Juan Carlos Checa, ce qui est déjà pas mal. Il est vrai qu’aucune entreprise ni organisation agricole n’est citée ou n’apparait dans l’article, c’est peut être qu’aucune ne joue le jeu, et que par ailleurs elles ont déjà les appuis politiques et médiatiques de leur côté, il était temps qu’un média important mette un projecteur sur ce qui se passe à Almeria.
Aucun autre argument, aucune donnée chiffrée n’apparait dans l’article afin de démentir les propos du Guardian, ils ne font que paraphraser l’article britannique comme s’il était évident aux yeux de tous que ça ne pouvait être qu’un tissu de mensonges trop gros et caricaturaux pour être vrai. Pourtant ça l’est et ce n’est que le minimum de ce qui peut être dénoncé. Par ailleurs la Voz de Almeria a mis en photos, afin d’illustrer l’article, les portraits des immigrés ayant témoignés et celle de Spitou Mendy, or cela n’a aucun rapport avec l’article qui s’en prend au média anglais, mais permet de mettre au grand jour et criminaliser ceux qui ont osé parler.

Le 18 février la Voz de Almeria publie huit pages sur la question, les organisations d’agriculteurs sont indignées, elles ont peur pour leur commerce. L’organisation interprofessionnelle Hortyfruta annonce qu’elle a commencé à travailler dans une campagne publicitaire aux Royaume Uni afin de démentir les propos du Guardian. Ils ont fait parvenir aux cinq grandes chaînes de distribution britanniques, ainsi qu’au quotidien un écrit appuyé par les chiffres de la Sécurité Sociale sur l’état des contrats effectués dans le secteur horticole d’Almeria. Selon Hortyfruta on ne peut pas parler d’esclavage étant donné que les salaires sont régit par la Convention Collective du travail dans le secteur agricole.
Selon Manuel Gardena, président de l’organisation patronal Coexphal, il n’y aurait aucun cas où les agriculteurs payent moins de 40€ la journée à ses travailleurs et qu’il est honteux de dire qu’ils sont payés 20€ la journée. Moi, présente à Alméria depuis seulement quelques mois j’en ai une liste entière.
Selon une autre organisation agraire, la Coag, pourtant membre de la Via Campesina [2] , cet article est « morbide » et « à sensation », les témoignages de la vidéo ne seraient pas représentatifs par exemple des travailleurs immigrés régularisés qui sont intégrés à la société et qui vivent dans des conditions « acceptables ». Que « ce type d’information déstabilise le climat de convivialité et respect qu’il existe entre les populations immigrées et autochtones. Il y a plus d’exemples d’intégrations que de racisme. S’ils investiguaient un peu plus ils pourraient se rendre compte de la chaleur humaine de la part de familles d’agriculteurs qui depuis de nombreuses année protègent des personnes immigrées et leurs familles. »
Francisco Vargas, président de Asaja (autre organisation agraire), rappelle que l’agriculteur d’Almeria emploie toujours de la main d’œuvre légale, et se plaint du fait que certains soient ingrats parce qu’ils devraient soutenir la terre qui leur a donné à manger. Selon eux, il s’agit d’une attaque stratégique, il y aurait beaucoup d’intérêts à nuire à l’agriculture d’Almeria.
Huit journalistes, assez représentatifs de la presse espagnole (CanalSur, El Mundo, ElPaìs…), prennent la parole. Ils ont tous le même discours, les propos de The Guardian sont faux et il s’agit d’une stratégie politique et économique préméditée derrière laquelle se cache d’importants lobbys afin de faire baisser les prix ou encore de favoriser des pays concurrents.

Almeria au cœur d’enjeux diplomatiques.

Durant toute cette controverse l’affaire est présentée comme diplomatique, il s’agit de l’Angleterre qui s’en prend à l’Espagne et non pas d’une journaliste (bien qu’elle soit aussi attaquée personnellement) effectuant un reportage critique sur les conditions de travail dans une partie du monde. Beaucoup répondent des choses du type « on pourrait faire la même chose avec vos pakistanais, méprisés et payés trois sous ».
Le secrétaire provincial de la Coag, Andrés Gòngora, a déposé le 17 février durant sa réunion avec le subdélégué du Gouvernement à Almeria, Andrès Heras, une plainte formelle auprès de The Guardian. La Coag exige que le Gouvernement espagnol, ainsi que le Ministère des Affaires Etrangères et l’Ambassadeur d’Espagne en Angleterre agissent face à cette nouvelle attaque contre l’agriculture espagnole. L’organisation agraire demande à ce que les autorités espagnoles réclament une rectification de la part du quotidien. Le subdélégué Heras, s’est engagé à appuyer la demande de la Coag avec un rapport dans lequel seront démentis les propos du Guardian.
Le PP (parti populaire) s’est introduit dans le débat, les députés nationaux et les parlementaires andalous du PP d’Almeria vont présenter des initiatives au Congrès et au Parlement Andalou, afin de défendre l’agriculture d’Almeria, de défendre « la qualité de sa production, les efforts de nos agriculteurs, de son respect total à la légalité et à la sécurité alimentaire maximum avec laquelle on travaille dans notre agriculture », ainsi s’est exprimé Rafael Hermando qui exige que le gouvernement et l’Assemblée mettent en place les procédures nécessaires pour défendre l’agriculture d’Almeria devant ces attaques préméditées, dans ce cas, un reportage de The Guardian avec la collaboration de syndicats.

Toute cette affaire montre combien l’administration locale, les médias et le gouvernement continuent de supporter et sont impliqués dans ce qui est appelé le modèle agro-industriel d’Almeria et dans ce qu’il génère : beaucoup de bénéfices pour les gros entrepreneurs, une pression économique constante pour les petits agriculteurs qui à son tour engendre l’exploitation des plus démunis, les travailleurs migrants saisonniers.

A lire sur le sujet (en espagnol) :

Le blog du SOC Almeria : http://socalmeria.wordpress.com/
NoticiasdeAlmeria.com, "El SOC sostiene que en Almería se esclaviza", http://noticiasdealmeria.com/notici...
ElCorreoweb.es, "The Guardian’ profundiza en los ataques al campo andaluz", http://www.elcorreoweb.es/economia/...
Ideal.es, "COAG pide a Trinidad Jiménez que defienda la imagen del campo almeriense", http://www.ideal.es/almeria/2011021...
TelePrensa, "El PP anuncia iniciativas en el Congreso y Parlamento andaluz en defensa de nuestra agricultura", http://www.teleprensa.es/almeria-no...
TelePrensa, "Hortyfruta remite un escrito de protesta a The Guardian", http://www.teleprensa.es/almeria-no...
Agrodigital.com, "ASAJA exige a Rodríguez Zapatero una defensa firme de la agricultura española", http://www.agrodigital.com/PlArtStd...
TelePrensa, "Jode pero es verdad, The Guardian no miente", http://www.teleprensa.es/almeria-no... _




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