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Allemagne / Droits des étrangers /

Rentre dans ton pays (volontairement) !
10 février 2011 par Marine

Extraits de l’exposition en cours de réalisation sur les Roms vivant à Hambourg depuis quelques mois et menacés d’expulsion - retour forcé et retour volontaire. Une constante dans ces entretiens : la phrase contradictoire qu’on ne cesse de leur répéter l’administration "Tu dois partir volontairement".

« Nous avons la peur dans le ventre »

Entrevue avec famille P. originaire de Serbie. M. et N. et leurs trois enfants qui sont tous nés en Allemagne.

C’est la deuxième fois que nous sommes en Allemagne, et là ça fait 5 mois. La première fois nous sommes restés de 1992 à 2003. Après nous étions en Serbie à Leskovac.

D’abord nous sommes restés une semaine à la Sportallee [1] puis nous étions près d’un mois à Horst.

Nous avons décidé que notre but serait l’Allemagne pour avoir futur meilleur. Les enfants sont tous nés ici. Ils parlent allemand comme nous et ils ne parlent pas du tout le serbo-croate parce qu’ils ne parlent qu’allemand et romani, leur langue maternelle. Les autres enfants en Serbie n’ont jamais accepté les miens comme Roms ou Serbes mais comme Allemands.

Encore aujourd’hui il y a une rue en Serbie, là où j’habitais où tu peux trouver des Roms qui vivent sans eau, sans canalisations et personne ne s’en étonne, personne ne demande. Ca fait vraiment très très mal. Tous les Roms qu’il y a là bas et qui n’ont pas de travail. Personne ne leur demande comment ils vont. Les allemands ne savent pas tout ça…

Ici les gens disent : c’est égal si tu as reçu trois mois ou plus [2]. A tout moment ils peuvent venir et t’expulser. C’est ce à quoi pensent tous les gens ici…et ont peur de ce qui peut venir. Dès que la police arrive dans le coin, nous avons tous la peur au ventre. Nous sommes toujours stressés. Même à la maison nous avions des problèmes avec la police, et tout cela, ça reste même dans les rêves la nuit.

J’aimerai bien faire plus mais mon corps ne suit plus.

« J’ai du vivre comme un chien à Horst pendant 3 mois et maintenant il faudrait que je m’en aille ? »

Entretien avec I.S. venant deSerbie – Seul avec la famille de son frère

Je suis arrivé en septembre 2010 à la Sportallee. Après j’étais du 19 Septembre au 8 décembre à Horst. Depuis je suis à Billstieg.

Ils m’ont donné trois mois quand je suis arrivé, le temps que je sois à Horst. Et à la première prolongation, directement ils m’ont dit que je devais partir.

La première que je suis venu à Hamburg c’était en1990. J’y suis resté jusqu’en 1992 et je vivais déjà ici à Billstieg avec mon frère.

A la fin de l’année 1992, ils sont venus me chercher et m’ont mis pendant 9 jours en rétention. Puis ils m’ont expulsé. Je suis revenu en 1993, sans avoir de problème. J’ai fait une demande d’asile et jusqu’en 2003, tout allait plutôt bien.

En 2003 il a fallu que je parte volontairement. L’expérience que j’avais faite de la rétention avait été si horrible que cette fois je suis parti par moi-même. Je suis parti seul.

Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’ils m’avaient mis une interdiction d’entrée dans l’Union Européenne. Je n’étais même pas au courant.

Je voulais être ici pour le réveillon. J’étais content que les frontières soient ouvertes et que nous puissions voyager où nous voulions. Jusqu’à la Slovénie tout allait bien mais là bas ils ont vu dans leurs ordinateurs que j’avais une interdiction d’entrée dans l’UE et qu’elle venait d’Allemagne. C’est la première fois que j’ai vu cela : elle était valable de 2004 au 25 Mai 2010, donc quand même 6 ans. Pourtant quand je suis parti volontairement en 2003, on m’avait bien assuré que je ne serai inscrit nulle part et que je ne recevrais en aucun cas une telle restriction. Quand l’interdiction d’entrée a été levée, je suis revenu ici. Mais les autorités des étrangers me disent que celle-ci existe toujours. Pourtant je n’ai jamais reçu le moindre papier de l’administration m’informant à ce sujet.

Je dois rentrer volontairement.

J’ai du vivre comme un chien à Horst pendant 3 mois et maintenant il faudrait que je m’en aille ?

Ils me disent : Vous êtes venus illégalement. Je leur dis que non, que je suis rentrée parfaitement légalement par le poste frontalier. J’ai même le tampon dans mon passeport.

Là bas à la maison, au bureau de l’emploi, ils me disent : Mais où étais-tu pendant 13 ans ? Et moi je réponds que j’étais en Allemagne. Alors ils répondent Et bien retournes-y et vas trouver du travail là bas.

La levée de l’interdiction coûte dans les 2000 €. Comment est-ce que je peux trouver tout cet argent ? Je crois que c’est pour payer les coûts de la rétention et de l’expulsion de 1993. Ici je n’ai pas le droit de travailler et en Yougoslavie on ne trouve pas de travail.

« Tu dois rentrer volontairement ! »

Rencontre avec I J. originaire de Macédoine. 4 personnes dans la famille, mari et femme et leurs deux enfants.

Je suis arrivée en Août. J’étais à la Sportallee pendant 20 jours et puis maintenant cela fait 5 mois que je suis ici à Billstieg. Les deux enfants vont à l’école.

J’ai déjà vécu en Allemagne, de 1991 à 1994. A l’époque ma mère était avec moi et j’étais déjà malade.

Hier je suis partie au bureau des autorités des étrangers. Ils m’ont dit qu’ils me donnaient encore une semaine pour que j’amène une attestation du médecin. Je leur ai dit que je ne pouvais pas y arriver, que je ne pourrais jamais avoir cette attestation en une semaine, que j’aurais besoin de deux ou trois semaines. Il a dit Non. Ta famille coûte de l’argent.

Il a aussi dit : Je suis désolé, ce n’est pas ma décision. C’est une décision nationale et je ne peux rien y changer, vous devez partir volontairement.

Le Ministère nous dit Tu dois rentrer dans ton pays volontairement. et moi je dis que je suis stressée et que j’ai une montagne de problèmes et la personne au guichet me parle d’expulsion. J’ai refusé de signer leur papier. Je n’arrive plus à parler. J’ai trop mal à la tête.

Alors son amie lui apporte un verre d’eau agrémenté d’une pincée de sel. Cela est censé chasser les maux de tête…mais pas les problèmes.


Notes

[1] Désigne l’endroit où les demandeurs d’asile déposent leur dossier et font leur demande officielle à Hamburg. Sportallee est le nom de la rue où se trouvent les bureaux et un centre d’hébergement pour les arrivants.

[2] Titre provisoire de séjour – Duldung qui peut être émis pour une durée de quelques jours à 6 mois maximum



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