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Enfermé-e-s dehors à durée indéterminée : déshumanisante et déprimante « ville-satellite » Escapade dans les couloirs de la prison à ciel ouvert et à (longue) durée indéterminée de la ville-satellite de Van. Rencontres avec des réfugié-e-s encagé-e-s [1], des bénévoles d’associations, des médecins et arrêts devant les institutions techno-politiques déshumanisantes de ce système d’asile. Une dérive attirée vers des fonds sombres, avec un enfermement, une mise à l’écart et un contrôle plus « efficaces » des corps qui pointent à l’horizon… La Turquie se met en conformité avec la « modernité » biopolitique européenne.
« Je n’ai pas l’intention d’apprendre le turc, (…) ma présence ici est temporaire et sera courte je l’espère. »Du miel recouvert de kaymak [2] et de noix, des olives noires, du fromage aux herbes très salé, des tomates, de la pâte de blé et des verres de thé qui se succèdent à une vitesse incroyable. Obligation d’en boire des litres pour arroser les quantités gargantuesques ingurgitées. Un Van kahvaltısı [3] digne de son nom. S. est gynécologue. « Je reçois des patientes Afghanes dans notre service de gynécologie. Ce sont souvent leurs enfants qui traduisent. Des tout petits qui parlent bien le turc, ils ont grandi ici. Sauf que ce n’est pas forcément évident pour eux, les problèmes gynécologiques leurs sont étrangers. Lors des consultations, la compréhension mutuelle est approximative, à part si une personne adulte parlant bien le turc et le persan a pu être réquisitionnée. » En sortant du salon de petit-déjeuner, prendre sur la gauche l’une des avenues principales du centre-ville, Cumhuriyet caddesi, puis sa perpendiculaire, une autre grande artère, Maraş caddesi. La descendre, dépasser les magasins, les cafés et les centres commerciaux, et arriver devant l’hôpital de recherche universitaire Araştırma hastanesi.« Les autres réfugié-e-s [4] me demandent constamment de les accompagner à l’hôpital et à la police pour que je leur serve d’interprète. J’en ai vraiment assez mais c’est difficile de refuser. Pourquoi n’apprennent-ils/elles pas le turc ? Je suis venue ici quand j’étais adolescente mais je n’ai pas pu poursuivre mon cursus scolaire et j’ai appris le turc toute seule, en trois mois. Beaucoup de réfugié-e-s n’ont jamais été à l’école et n’ont pas la motivation ni les ressources d’apprendre », me confie une jeune réfugiée. Remontée de Maraş le regard fuyant et en zigzag, pour céder le passage aux hommes qui tiennent le trottoir et l’arpentent d’un pas ferme, sûrs de leur bon droit. Le code de la rue qui s’applique ici c’est la priorité aux hommes. Retour sur Cumhuriyet, toutes les associations qui procurent un quelconque soutien aux réfugié-e-s sont situées dans les rues adjacentes. M. travaille dans une association humanitaire religieuse. Elle est très engagée auprès des réfugié-e-s (et des pauvres en général) depuis de nombreuses années. « Le problème de la langue est primordial pour l’intégration des réfugié-e-s mais ils/elles résistent à cet apprentissage. En effet, ils/elles pensent uniquement et continuellement au « pays tiers » dans lequel ils/elles seront peut-être un jour « relocalisé-e-s ». Leur rêve, leur obsession, leur seule raison d’être. Ils/elles se rendent au HCR [5] tous les jours dans l’espoir vain d’accélérer la procédure d’asile. Je ne suis pas non plus originaire de Van, mais je suis venue ici pour suivre mon mari et avec l’objectif d’y faire ma vie. Je me suis donc efforcée de trouver des ami-e-s, des activités sociales, un travail, une bonne école pour mes enfants. Pour elles/eux c’est complètement différent, leurs pensées ne vont qu’au jour du départ, même si cela fait douze ans qu’ils/elles sont ici. Le HCR ne leur donne aucune indication à propos de quand leur demande d’asile sera reconnue ou rejetée, alors ils/elles restent fixé-e-s sur l’idée que leur présence n’est que temporaire et qu’il ne faut pas se créer d’attaches ou se lancer dans des projets. Cela pose problème pour l’éducation des enfants. Les parents ne les poussent pas forcément à aller à l’école et à s’investir dans leurs études car ils/elles espèrent partir « bientôt ». Pourtant, leurs enfants grandissent ici, apprennent le turc et se mélangent avec les autres enfants de l’école. » Une autre grande artère perpendiculaire à Cumhuriyet, Iskele caddesi. La plus grande avenue de Van et selon certains dires locaux, la plus longue de Turquie (10 km). Tout au bout, le lac et l’embarcadère où le train Van-Tatvan délègue ses passagers à un ferry. Un peu avant le lac, la yabancılar şube, la police des étrangers. Et partout dans le coin, des maisons habitées par des demandeur/se-s d’asile. « Ici, personne ne parle anglais, c’est bizarre, chez nous tout le monde le parle un peu. Je n’ai pas l’intention d’apprendre le turc, à quoi cela me servirait-il ? » Il est arrivé récemment en Turquie et a bon espoir que sa demande d’asile soit vite acceptée. « Pourquoi sortirai-je voir la ville ? Qu’est-ce qu’il y a à faire pour moi ici ? C’est un trou perdu. Je dois seulement m’occuper des formalités pour la demande d’asile, me rendre aux entretiens au HCR et attendre chez moi. J’ai tout pour être reconnu comme réfugié, je pense que la procédure ne durera pas trop longtemps. La Turquie, Van, ce n’est qu’une transition qui s’est avérée indispensable pour échapper à la persécution que je subissais dans mon pays. Ma présence ici est temporaire et sera courte je l’espère. » Une enquête rapide sur les quartiers d’habitation des demandeur/se-s d’asile est révélatrice : leur vie est clairement focalisée sur la procédure d’asile. La majorité vit dans le quartier de la police des étrangers, le quartier d’Iskele, ou un peu plus loin, à Kale [6], un quartier de petites maisons en terre, afin de rester proches du lieu où ils/elles doivent signer plusieurs fois par semaine. D’autres réfugié-e-s vivent aux alentours du HCR, dans le quartier d’Istasyon, la gare routière, car ils/elles s’y rendent tous les jours, dans le désespoir de l’attente, même si cela ne sert à rien. Il y a beaucoup d’autres quartiers pauvres à Van, mais ceux-ci sont très loin de l’axe police des étrangers-HCR et il n’y a personne de leur communauté là-bas, alors les réfugié-e-s ne s’y installent pas. Leur quotidien est intimement lié à ces deux lieux. En arrivant à Van, ils/elles mettent leur « vraie » vie entre parenthèses. Leur présence ici n’est censée servir qu’à faire la procédure de demande d’asile et de relocalisation dans un troisième pays puisque la Turquie n’accorde qu’un statut de réfugié temporaire aux ressortissants venant de pays non-membres du Conseil de l’Europe, le temps d’accomplir la procédure [7]. « Il n’y a pas de centre culturel ou d’association géré par des réfugié-e-s car nous ne pouvons pas obtenir d’autorisation pour cela. De toute façon, nous ne pensons qu’à notre dossier de demande d’asile. Notre seul souhait : qu’on nous envoie ailleurs. » m’explique un réfugié qui est ici depuis plus de cinq ans. Une vie de demandeur/se-s d’asile dans une ville-satellite de Turquie, c’est une vie suspendue temporairement. Cela se traduit par une volonté de s’accrocher à cette idée du temporaire même si, en réalité, ce temporaire dure depuis des années. Faire le choix de ne pas trop s’intégrer, de résister à l’apprentissage de la langue turque, de ne pas reconnaître que cela va durer. Ils/elles sont dans un « exil figé entre deux ailleurs, deux absences » [8], figé entre le pays d’origine, fui pour échapper aux persécutions et à la misère et le « pays tiers » qui les accueillera peut-être si le statut de réfugié-e leur est accordé. Une résistance qui lâche du lest à mesure que l’espoir s’amincit d’obtenir rapidement ce statut de réfugié-e et d’être accepté-e par un « pays tiers », mais qui demeure toujours, avec son lot de conséquences psychologiques. « Les Nations-Unies… j’avais l’image d’une organisation honorable. » « D’accord, nous sommes des réfugié-e-s mais nous sommes quand même des êtres humains. »Partir à l’est d’Iskele caddesi, en direction de la gare routière et de l’université. Dans les alentours de l’agence du HCR, premières désillusions d’un nouveau venu. « La police, c’est probablement une institution infâme dans tous les pays. Mais les Nations-Unies… j’avais l’image d’une organisation honorable qui prônait la solidarité entre les peuples et qui était engagée pour la cause des réfugié-e-s. Quand je luttais politiquement dans mon pays, l’ONU était une espèce de rêve. Je me disais que si j’en venais à être forcé de fuir, je pourrai travailler dans une agence de l’ONU. J’ai laissé une vie agréable pour pouvoir rester libre. Mais là je tombe de haut : j’ai fui pour échapper à la prison alors si c’est pour me retrouver dans une autre prison, « démocratique » celle-ci, mais qui nous considère comme des inférieurs… Je ne comprends pas pourquoi les employé-e-s du HCR nous traitent si mal. Ils/elles ont trouvé du travail grâce à des gens comme moi qui ont fui leur pays. Alors ils/elles pourraient au moins nous dire bonjour gentiment et nous demander comment nous allons. Je sais bien qu’il y en a qui viennent demander l’asile et qui ne sont pas de vrais réfugié-e-s, juste des gens qui veulent partir, ce qui énerve le HCR. De même, je comprends que les legal officer du HCR s’ennuient à écouter tous les jours des histoires semblables, mais ils/elles sont (très bien) payé-e-s pour cela et l’ennui est le propre de la plupart des emplois. Cela ne veut pas dire que l’on peut maltraiter les « clients ». Par exemple, l’autre jour, je suis arrivé au HCR à 8h du matin avec un ami. La fenêtre ouvre à 8h30. L’interprète nous a fait entrer dans la salle d’attente, nous n’étions que tous les deux. Un autre réfugié arrive, il passe devant nous car il vient pour l’aide financière et les entretiens à ce sujet n’ont lieu qu’entre 8h30 et 10h30. Nous attendons ; une fois dans la salle d’attente, il ne nous est pas permis de ressortir. Vers midi, l’interprète et le legal officer viennent enfin nous voir et nous disent qu’ils vont déjeuner sans même nous demander si nous avons faim, si nous voulons quelque chose. Rien. Ils nous ignorent complètement. Cela m’a vraiment choqué, nous sommes autant des êtres humains qu’eux. Nous avons continué à attendre alors qu’il n’y avait personne d’autre que nous deux. Ils ont enfin daigné me recevoir à 16h30 pour effectuer mon enregistrement. Depuis 8h du matin, j’étais là, je n’avais pas bougé de ma chaise, rien bu ni avalé. Le HCR est situé dans un bâtiment en soi typiquement turc. Une maison à deux étages avec des petits carreaux de couleur qui forment des dessins sur la façade. Mais le reste, c’est-à-dire son fonctionnement, est emblématique de la froideur, de la rigidité et de l’absurdité du système humanitaire techniciste qui est celui du HCR. L’entrée : une longue palissade en fer surmontée d’un fil barbelé en tortillons et de caméras de surveillance. Dans la palissade, deux portes. Une grande, sur la gauche, pour les voitures et le personnel. L’autre porte, petite, est percée dans sa moitié supérieure d’une toute petite fenêtre, en fer elle aussi. C’est la porte des demandeur/se-s d’asile. Derrière celle-ci, dans un cabanon, deux ou trois güvenlik regardent les caméras de surveillance et assurent la sécurité. Ce sont les interprètes qui sont en charge de l’ouverture de la fameuse petite fenêtre en ferraille qui donne sur la rue et les candidat-e-s au statut de réfugié-e faisant la queue. De l’intérieur, il demande les raisons de la visite. L’accueil est froid, les entrées sont filtrées de façon rigide. Selon les termes employés, les personnes sont « triées ». Les réfugié-e-s déjà inscrits mais qui viennent pour parler au legal officer qui s’occupe de leur dossier ne peuvent pas entrer comme cela. L’interprète décide ou non de leur donner un rendez-vous, selon le motif présenté. Les réfugié-e-s ayant rendez-vous ou venant pour un premier enregistrement auprès du HCR peuvent entrer, traverser la cour et pénétrer dans le rez-de-chaussée du bâtiment. Là, ils devront attendre dans une salle située sur la gauche. Cette pièce est séparée du reste du rez-de-chaussée par une nouvelle porte en fer derrière laquelle se trouvent les salles où sont menés les entretiens avec les réfugié-e-s. D’après les dires de certain-e-s, cela ressemble à « un poste de police avec une lumière blafarde, comme dans les films ». Les interprètes sont là et les legal officers descendent du premier étage pour faire les entretiens.
Rencontre avec un jeune homme qui est ici depuis de nombreuses années. Son exaspération d’attendre que sa vie suspendue à des décisions administratives puisse redémarrer, s’est muée en véritable haine du HCR. « Le HCR ne fait rien et nous traite comme des sous-hommes. D’accord, nous sommes des réfugié-e-s, mais nous sommes quand même des êtres humains. Impossible de savoir quand nous obtiendrons une réponse sur notre demande d’asile. J’ai attendu pendant un an et demi pour avoir un premier entretien avec le HCR (après mon enregistrement) ! Après ce premier entretien, j’ai attendu une réponse pendant plus de deux ans. Pendant tout ce temps, jamais le HCR ne m’a dit « la réponse viendra dans deux ans » mais seulement « attends ». Certaines personnes reçoivent une réponse rapidement, d’autres beaucoup plus tard, sans raison apparente. Et quand la réponse arrive enfin, elle n’est accompagnée d’aucune explication. C’est juste une lettre qui dit (dans mon cas) que je suis refusé car ma demande ne remplit pas les critères de la Convention sur l’asile et que le HCR n’est pas tenu de donner plus d’explication. C’est tout [10].
« Que fais-tu de tes journées ? » « Eh bien, il y a les jours où je vais signer à la police des étrangers… »Réponse spontanée de cet homme qui révèle à elle seule ce que signifie le système de ville-satellite pour les réfugié-e-s : une privation de liberté de mouvement, un enfermement à durée indéterminée et bien souvent interminable ; la « violence du camp » [11]. Les réfugié-e-s enregistré-e-s auprès du HCR sont assigné-e-s par le ministère de l’Intérieur turc à résider dans une « ville-satellite » choisie par ce dernier. Cela signifie qu’ils/elles ne peuvent se déplacer hors de cette ville, même jusqu’au village voisin, sauf autorisation délivrée par la police des étrangers de leur « ville-satellite ». En ce qui concerne Van, la règle est de demeurer dans un rayon de quarante kilomètres autour du HCR et d’aller signer à la police des étrangers une fois par semaine pour les femmes, deux fois pour les hommes. Cette contrainte de signature assure que les réfugié-e-s ne se déplacent pas hors de Van. Ceux/celles-ci ne doivent pas se séparer de la feuille du HCR qui indique leur statut, numéro de dossier, nom, date de naissance, pays d’origine et « ville-satellite ». Sans ce papier ou si la personne se trouve en dehors de sa « ville-satellite », les autorités peuvent la placer en centre de rétention et la menacer d’expulsion si le HCR ou les avocats des associations n’interviennent pas.
Sur Iskele caddesi, à proximité de l’entrée de la yabancılar şube, la police des étrangers. Dans le sous-sol de celle-ci, des cellules pour les réfugié-e-s qui auraient quitté Van sans autorisation, ou pour tout autre étranger en situation irrégulière. Un mercredi, le jour de signature des femmes [15]. « Ce n’est pas si difficile d’obtenir une permission de la police pour quitter Van pendant quelques jours. En quatre ans, nous sommes partis en vacances une fois à Izmir et une fois à Istanbul. Il suffit d’insister un peu. » Des permissions qui sont en général impossibles à avoir [16], mais avec les policiers, c’est aussi souvent « à la tête du client ». L’interpersonnel s’immisce dans le système : certain-e-s réfugié-e-s ont de bonnes relations avec une ou deux personnes de la police des étrangers de Van et élaborent des stratégies pour obtenir, rarement, une permission de s’évader. Après tout ils/elles s’y rendent toutes les semaines pendant des années pour signer et la police locale a un grand pouvoir de décision en ce qui concerne tous les aspects de la vie des réfugié-e-s. En général, aux dépens de ceux-ci.
Outre la reconnaissance comme réfugié-e, le HCR peut prendre deux autres décisions. Le rejet de la demande, tout d’abord, qui, si tous les recours d’appel ont été épuisés, signifie la fermeture du dossier et l’obligation de retour dans le pays d’origine sous la forme d’un ordre d’expulsion provenant du ministère de l’Intérieur turc. « Un de mes amis s’est suicidé ici, c’était un musicien irakien talentueux. Sa demande d’asile avait été rejetée par le HCR. Il a donc reçu un ordre de reconduite à la frontière iraquienne. Or, de l’autre côté de la frontière, il aurait été arrêté directement et risquait fort d’être pendu. Il a donc préféré se pendre dans son atelier à Van. Sa famille aimerait retrouver son corps, je suis allé demander à la police, mais on ne m’a pas donné d’indication. L’Etat l’a enterré dans un cimetière quelque part ici. » Puis, pour beaucoup d’autres demandeur/se-s d’asile résidant à Van, des Afghan-e-s notamment, la réponse est « extended mandate », mandat prolongé. « Dans mon pays, j’adorais aller à l’école. J’apprenais des langues étrangères et je rêvais d’aller à l’université pour devenir médecin. Quand nous avons fui notre pays, j’ai dû tout arrêter. J’attends que nous soyons relocalisés dans un « pays tiers » pour me remettre à étudier, Inch’Allah. Dans ce pays on nous donnera des papiers, des droits, une assurance-maladie. Le HCR nous accordé le « extended mandate », alors j’espère que nous partirons bientôt. » « Extended mandate »… les demandeur-se-s d’asile sont souvent perdus dans l’imbroglio des termes techniques du droit d’asile et le « extended mandate » constitue à lui seul l’enfer du temporaire sans fin. Il signifie que le statut de réfugié-e n’a pas été accordé mais que la personne peut rester en Turquie (avec les mêmes contraintes de résidence et d’absence de droits que celles/ceux dont la procédure de demande d’asile n’est pas achevée) tant que la situation dans son pays d’origine ne s’est pas améliorée. Un drame technique subi par un grand nombre d’Afghan-e-s car ils/elles ne sont pas considéré-e-s avoir subi suffisamment de persécutions pour être un-e réfugié-e mais la situation en Afghanistan se détériorant toujours plus et n’étant sécurisée pour personne, ils/elles ne peuvent pas être renvoyé-e-s. Conscience humanitaire de la direction du HCR jusqu’au jour où elle décidera que la situation en Afghanistan est suffisamment pacifiée et stabilisée. A Van, des centaines d’Afghan-e-s pensent qu’ils/elles ont obtenu le statut de réfugié-e et peuvent espérer être un jour accepté-e-s par un « pays tiers », alors qu’ils/elles sont seulement contraint-e-s de rester ici jusqu’à ce que les guidelines du HCR décident qu’ils/elles doivent retourner en Afghanistan. Un sursis d’expulsion. Une chose est sûre, ils/elles ne seront jamais être relocalisé-e-s dans un autre pays [19]. Le temporaire permanent. Un refus catégorique peut enfoncer dans le désespoir mais pas maintenir dans un espoir impossible qui immobilise dans cet « entre deux ailleurs » Agier ibid.. Cette jeune femme est bloquée à Van pour toujours ou presque alors qu’elle reste accrochée à cet espoir d’étudier et de reprendre le contrôle de sa vie. Deux seules échappatoires possible à cet enfermement interminable dans la « ville-satellite » : le retour au pays, malgré tout, ou le départ vers l’ouest de la Turquie et l’Europe clandestinement, peu aisé pour les familles, et donc pour beaucoup d’Afghan-e-s de Van. Prison à ciel ouvert : la « ville-satellite », un « espace de socialisation dans une exception ordinaire », une « hétérotopie ayant forme vivante [20] » « Les réfugiés sont les premiers enfermés dehors » disait Foucault dans les années 1980 à propos des boat people cambodgiens ces réfugié-e-s vietnamien-ne-s entassé-e-s sur des bateaux à la dérive en plein océan Pacifique. Les réfugié-e-s de Van aussi sont des « enfermé-e-s dehors », avec toutes les difficultés que le fait d’être dans une cage à ciel ouvert avec des droits et des aides très restreintes englobe [21]. Il faut d’abord souligner qu’ils/elles sont loin d’être un groupe social homogène. Outre les différences culturelles, il y a de fortes disparités de milieu social d’origine, de réseaux de connaissance et de niveau d’éducation et cela se ressent dans leur vie à Van et dans leur procédure d’asile. Entre un réfugié politique iranien, diplômé d’une grande université iranienne, maîtrisant parfaitement l’anglais, ayant des contacts et des soutiens dans le monde entier et étant connecté à d’autres réfugié-e-s politiques par Internet, et une Afghane, mère seule avec six enfants, qui n’a jamais été à l’école, ne sait pas lire et écrire et a fui, sans rien, son village sous la violence et la destruction, les ressemblances sont minces. Le premier sera reconnu réfugié et relocalisé en quelques années, la seconde recevra probablement la sentence de « extended mandate ». Bien sûr, ce sont là les deux extrêmes de tout un continuum de personnes plus ou moins dotées en capital social et économique. Cela ne veut pas dire que la vie à Van du réfugié politique iranien est plus facile, notamment sur le plan psychologique. Souvent il a subi des tortures immondes dans les geôles du régime, et passe d’un milieu socioculturel riche, actif et libéré à Van, petite ville conservatrice. De plus, il est généralement difficile de trouver des ressources financières quand on a fui son pays et pour tou-te-s, les conditions de vie ici sont donc précaires.
Dans le choix de la localisation de l’habitat, en plus de la proximité de la police des étrangers et du HCR, il y a bien sûr un effet communautaire. Les nouveaux/nouvelles arrivant-e-s s’installent dans les quartiers où des compatriotes vivent comme l’explique M., de l’association humanitaire religieuse. « Il y a un grand esprit de solidarité communautaire chez les réfugié-e-s. Les Afghan-e-s s’entraident, les Iranien-ne-s s’entraident, heureusement. Quand de nouvelles personnes arrivent, elles ne restent pas à la rue, en particulier les familles. Les membres de leur communauté leur trouvent un toit pour quelques nuits et les aident à trouver un logement, généralement dans le même quartier. Ils leur donnent aussi des affaires, les aident à trouver du mobilier, à se procurer une carte SIM, etc. »
Dans ces conditions financières précaires, plusieurs techniques pour se chauffer et s’éclairer.
Dimanche matin, petite sortie au hammam pour faire le vide dans ma tête. « Vous travaillez avec les réfugié-e-s ? Je connais une femme iranienne, pourriez-vous l’aider ? » me demande la gérante du hammam. La majeure partie des habitant-e-s ayant la nationalité turque est au fait de la présence des réfugié-e-s dans la ville et se montre parfois solidaire. Du côté des médias, certains journaux locaux publient des articles qui racontent les persécutions que les demandeur/se-s d’asile ont subies par le passé, leurs conditions d’existence à Van et essaient ainsi de changer le regard négatif de la société. Certain-e-s réfugié-e-s sont aussi réellement intégré-e-s dans la vie culturelle et sociale de la ville. Des interprètes, des professeurs d’anglais et de persan, un entraîneur de sport, deux jeunes DJs, un illusionniste qui a eu son article dans les journaux locaux [25], etc. Deux des grands ronds-points de la ville, celui avec le fameux chat de Van et celui de Cumuhuriyet-Iskele, ont été réalisés par des réfugiés.
Tout-e-s les réfugié-e-s témoignent de traitements dégradants subis par certains policiers. Leur inhumanité fait l’unanimité. « Un jour, je suis allé à la police des étrangers avec un ami Afghan. Le policier de l’entrée l’a reniflé puis lui a dit « toi t’es Afghan, n’est-ce-pas ? Les Afghans ça pue, c’est sale. » J’ai eu une grosse crise de colère, mais j’ai dû me contrôler pour pas que l’on ait de problèmes. Ils nous traitent comme des chiens, et vu comment ils traitent les chiens ici… Une autre fois, je suis venu demander pour mon Ikamet et devant leurs refus, je leur ai demandé « qu’est-ce-que je peux faire ? » le flic m’a répondu : « la seule chose que tu peux faire, c’est t’accrocher à une grosse pierre et aller te jeter au fond du lac de Van ». J’ai dit « d’accord » et je suis parti dans la rue, en direction du lac. Le flic m’a couru après pour me stopper. »
« Je prends des antidépresseurs, des drogues et je tourne en rond dans mon ‘evishane’ [37], ma maison-prison »A l’épreuve de la déshumanisation par le technicisme de la procédure d’asile, de l’enfermement dans une attente temporaire à durée indéterminée et inconnue, des galères matérielles, du racisme et de l’exploitation, la vie devient une difficile survie, une plongée dans le gouffre de la dépression psychologique, et s’enferme finalement dans une cage encore plus confinée : le repli sur soi, sur son logement, et l’attente des décisions administratives en étant ainsi le moins possible confronté-e aux réalités susmentionnées.
Retour vers mon ami l’artiste punk. « Je ne sors presque plus de chez moi, j’ai eu trop d’ennuis. L’aspect positif, c’est que je joue de la musique et que je peins beaucoup plus. Van est une prison et les personnes emprisonnées pensent et créent plus, car elles ont beaucoup de temps libre et sont confinées dans un espace extrêmement restreint. Van est une vraie prison, ma maison aussi. C’est une « evishane », une maison-prison. Mais en fait, la vraie prison c’est mieux. Au moins là-bas on te donne à manger, tu as un lit, un toit, tout cela gratuitement et tu ne dois pas payer de factures d’eau ou d’électricité » m’avoue-t-il, lui qui a aussi été emprisonné entre les quatre murs d’un centre de rétention à plusieurs reprises.
En route pour l’ « Europe des camps [39] » : une gestion biopolitique des corps réfugiés pour « européaniser » la politique d’asile turqueRetour sur Sanat sokak. Un café au deuxième étage, Internet wireless. Je lis deux projets « Twinning » qui ont été établis entre la Turquie et certains Etats-membres de l’Union européenne [40]. Ils visent globalement à réformer le système d’asile en Turquie et à doter celle-ci de dispositifs de contrôle et de gestion des flux de migrant-e-s alignés sur l’ « acquis communautaire ». La ville Van est particulièrement concernée car ces projets vont la gratifier à l’horizon 2013 de deux centres complémentaires, l’un d’accueil, l’autre d’expulsion. D’accueil pour les personnes qui souhaitent entamer une procédure de demande d’asile. D’expulsion vers l’Iran pour celles et ceux dont la demande d’asile a été rejetée ou pour tou-te étrange-re en situation irrégulière et passé-e par l’Iran, interpellé-e à Van, mais aussi dans le reste de la Turquie ou encore expulsé-e de Grèce, et quand un accord de réadmission sera signé avec l’Union européenne, des autres pays membres.
Mais continuons notre virée chez les mots de l’Europe démocratique, techno-politique et moderne. En avançant dans le texte, parsemé d’« acquis communautaire et best practice », « droits de l’homme » et « gestion efficace » à tous les coins de phrase, on trouve plusieurs prétextes humanitaires pour justifier ce camp. Par exemple, l’urgence de procurer un hébergement, du soin et de l’« entretien » ( !) à ces milliers de réfugié-e-s présents sur le territoire turc. Comme l’explique à raison le document, les réfugié-e-s doivent aujourd’hui « subvenir eux/elles-mêmes leurs besoins en logement ». Mais la solution à ce problème socio-économique majeur qu’il nous soumet est biopolitique [45] : l’obligation de résidence dans un centre pendant toute la durée de la procédure d’asile et donc le contrôle total des corps et des esprits. Et là, c’est trop, le vocabulaire me reste en travers de la gorge : « l’établissement de centres d’accueil est une nécessité à la fois pour les demandeur/se-s d’asile et la Turquie » afin, entre autres, d’« enseigner aux demandeur/se-s d’asile les responsabilités de leur vie [46] » !
« La situation des demandeurs d’asile et les droits de l’homme ne peuvent pas tolérer de longs délais et le manque de rigueur », le document ne cesse de justifier la construction de ces centres par le prétexte bidon des droits de l’homme. Oui, ils rendront la procédure d’asile plus rapide et efficace. Je reste dubitative devant tant d’honnêteté intellectuelle. Au contraire, le transfert de responsabilités et de compétences du HCR au ministère de l’Intérieur, comme le prévoit le projet, risque d’allonger encore le grand retard pris par le HCR dans le rendu des décisions. De plus, les quotas et délais d’attente des ambassades des « pays tiers » ne sont pas du tout pris en considération. En quoi le placement forcé en centre d’accueil accéléra-t-il la relocalisation des réfugié-e-s reconnu-e-s ? L’organisation de l’accueil de réfugié-e-s aux Etats-Unis ou au Canada ne va pas aller plus vite.
Egarement wireless dans un café de Sanat sokak. « Libertas Securitas Justitia », Frontex, l’agence technique qui est « intelligence-driven » [49]. RABIT, caméras thermiques, centres de rétentions, mur, blogs. Rassurer Erdoğan, c’est un mur contre les « clandestin-e-s ». Bouches cousues, bouches en grève. Flammes contre Robocops. « Sınırsız, Ulussuz, Sürgünsüz Özgür Bir Dünya [50] ». Liberté de circulation. La « démocratie » européenne en guerre poursuit sa chasse aux migrant-e-s. Dérive dans un rouleau abyssal d’informations. Déconnecter. Notes [1] témoignages de réfugié-e-s afghan-e-s, iranien-ne-s et irakien-ne-s dont la ville-satellite est Van. Ils/elles sont tou-te-s en danger, du fait de la frontière proche et des menaces des services secrets ou connaissances dans les pays voisins et de plus leur statut ne leur donne pas de droits ni de libertés en Turquie. Aussi je n’ai noté aucun nom, âge, ville d’origine ou signe très reconnaissable. [2] crème obtenue à partir de yaourt [3] petit-déjeuner de Van [4] La langue turque ne fait pas de distinction entre le féminin et le masculin, il n’est donc pas possible de savoir lors d’un entretien quel genre la personne souhaite utiliser. [5] Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies [6] Les ruines de Tushpa, capitale du royaume Urartu, datant du Xe siècle avant JC, et situées sur une colline escarpée au bord du lac. [7] Quand le HCR leur accorde ce statut, ils/elles doivent candidater pour l’asile dans un « pays tiers », généralement les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Norvège, la Suisse, etc. [8] Michel Agier, « Couloirs d’exil. Un paysage global de camps. » Métropolitiques, 1er décembre 2010. URL : http://www.metropolitiques.eu/Coulo... [9] Non seulement au HCR mais aussi dans certaines associations [10] L’ONG Helsinki Citizens’ Assembly, basée à Istanbul, a depuis quelques années accès aux raisons détaillées du rejet des cas pour lesquelles elle en fait la demande auprès du HCR, afin de pouvoir ensuite aider les demandeur/se-s d’asile à faire appel. Les demandeur/se-s d’asile ni aucune autre ONG indépendante du HCR ne peut avoir accès à ces détails. [11] Michel Agier, ibid. [12] selon la terminologie de Migreurop : http://www.migreurop.org/ [13] Michel Foucault "Dits et écrits 1984, Des espaces autres" (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49. http://1libertaire.free.fr/Foucault.... « Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies » [14] Sur le concept de frontière interne en Turquie, lire Nurcan Özgür Baklacioğlu, « Building ‘Fortress Turkey’ : Europeanization of Asylum Policy in Turkey, The Romanian Journal of European Studies, 7-8, 2009. [15] sur les problèmes de harcèlement causés par ce jour fixe de signature, voir mon article Réfugiées, harcelées, encagées. [16] Les permissions de quitter la ville, de quinze jours maximum renouvelables, ne sont en théorie, et bien souvent en pratique, accordées que dans les cas où un traitement médical indispensable n’est pas possible dans la ville-satellite, faute de structures médicales adéquates, et pour se rendre à un entretien au HCR d’Ankara ou dans un consulat. [17] Les quotas de réfugié-e-s pour le Canada sont par exemple apparemment complets pour les deux prochaines années [18] En effet, l’Australie a bloqué les arrivées des réfugié-e-s reconnu-e-s et accepté-e-s par le pays depuis les grosses inondations de 2010 par manque de moyens financiers pour l’accueil des réfugié-e-s. En conséquence, à Van certain-e-s n’attendent plus que leur billet d’avion depuis huit mois… [19] sauf pour les rares personnes qui ont le soutien financier et matériel d’une famille dans un pays tiers qui insiste et fait toutes les formalités pour les faire venir [20] Michel Agier, ibid. [21] Pour avoir accès aux soins, à la scolarisation, à un permis de travail, etc., il faut demander un numéro de résident étranger, que l’on ne peut obtenir que si l’on a un Ikamet, le permis de résident et que l’on a fait une demande de ce numéro à la police. Toute cette bureaucratie prend énormément de temps. [22] Michel Agier ibid. [23] il dit d’abord en boue, (çamur en turc), et je lui demande « en terre » (toprak), il répond « ah oui c’est cela » [24] les associations procurent des lettres de requête au service de l’aide sociale pour les réfugié-e-s qui n’ont pas les moyens d’acheter du charbon [25] http://www.sehrivanhaber.com/haber_yorumla.php?haber_no=4094&kat=3 [26] Bayram signifie vacances en turc. Les deux « bayrams » les plus importants sont la fin du Ramadan et la fête du sacrifice quelques mois plus tard. Après le Ramadan, notamment, il est de coutume de porter des habits neufs et d’acheter de nouvelles affaires. [27] Généralement les femmes musulmanes vont peu à la mosquée, elles prient chez elles. [28] voir mon article précédent Un salon de coiffure pour démêler ses galères collectivement [29] Le nouvel an persan et kurde, qui a lieu le 21 mars. [30] http://observers.france24.com/fr/content/20101026-iraniens-refugies-athenes-cousent-bouche-obtenir-l%E2%80%99asile [31] Insulte très courante qui signifie « sans honneur ». [32] backgammon [33] http://fr.wikipedia.org/wiki/Okey [34] Au sujet des passeurs, trafiquants et autres intermédiaires locaux à la frontière Iran-Turquie, lire Ahmet Içduygu et Sule Taktaş, « How Do Smuggling and Trafficking Operate via Irregular Border Crossings in the Middle East ? Evidence from Fieldwork in Turkey » International Migration 2002. [35] « sanat » signifie « art » en turc [36] traditionnellement considéré comme impur donc défendu par la religion musulmane [37] Jeu de mot que le jeune artiste punk forme à partir des mots maison « ev » en turc et prison « hapishane ». « Hane » signifie « maison, habitation », mais ici l’ajout du « is » et du « hane » à « ev » rappelle clairement le mot « hapishane », qui signifie maison du prisonnier, prison . [38] Jane Sautière, Fragmentation d’un lieu commun, Verticales/Le Seuil 2003 [39] selon la terminologie de Migreurop http://www.migreurop.org/IMG/pdf/L_Europe_des_camps-2009-FR.pdf [40] Les « Twinning » sont des projets d’assistance technique pour « moderniser les institutions » des pays candidats à l’UE. Ces projets fonctionnent par le biais de la coopération entre Etats-membres et Etats bénéficiaires : http://ec.europa.eu/enlargement/how-does-it-work/technical-assistance/twinning_en.htm. [41] http://ec.europa.eu/enlargement/pdf/turkey/ipa/tr_07_02_17_reception_centres_en.pdf [42] http://ec.europa.eu/enlargement/pdf/turkey/ipa/tr_07_02_16_removal_centres_en.pdf [43] http://www.migreurop.org/rubrique271.html [44] http://www.edps.europa.eu/EDPSWEB/edps/Supervision/Eurodac [45] Selon Michel Foucault dans « Naissance de la biopolitique », Dits et écrits, Gallimard, vol III (1994), la biopolitique est un « processus dans lequel les caractéristiques de la vie sont investies par des dispositifs et des calculs de pouvoir ». La biopolitique est donc une forme de pouvoir ou de rationalité politique différente de celle de l’Etat car elle investit tous les aspects de la vie par le biais de dispositifs et « normes régulatrices ». [46] « teach the responsibilities for their own life » [47] Modèle est pris sur le Royaume-Uni, le Danemark et la République tchèque, les Etats membres qui coopèrent à ce projet. [48] Michel Agier ibid. [49] « menée par l’intelligence » http://www.frontex.europa.eu/more_about_frontex/ [50] « Un monde libre sans frontières, sans nations, sans déportations » |
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