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/ Carnet de bord  /

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Racisme discret ou ordinaire ?
8 février 2010 par Marie

Il y a quelques jours, j’ai interviewé un homme d’origine Burkinabé, représentant du syndicat ouvrier italien de la CGIL à Cuneo. Ensemble, nous avons abordé la question du racisme. Il a répondu dans un premier temps, qu’il n’avait jamais connu de comportements racistes à son encontre depuis 18 ans. Mais il a ajouté par la suite qu’il parlerait plutôt de racisme discret. Racisme discret ? Comment le racisme peut-il être discret ?

« Je veux dire que les gens sont indifférents, tu es là tu travailles comme tout le monde, on discute on se charrie : on me traite de sale nègre et je réponds sale rital, mais après on en reste là les rapports restent superficiels. Cela fait 12 ans que je travaille pour la même boîte et il ne m’a jamais été proposé de boire un verre après le boulot. ».

Ici dans la campagne Piémontaise, il n’est pas si facile de croiser des migrants et leur présence est rendue encore plus invisible par l’hiver. Leur vie sociale semble se limiter au parcours entre le lieu de travail et la maison. Pour les rencontrer, il est nécessaire de partir à leur recherche. Un après midi, alors que je cherchais à rencontrer des ouvriers agricoles dans les plantations de Kiwis, j’ai rencontré par hasard deux hommes perchés sur leurs machines, qui taillaient ces arbres. L’un italien, l’autre chinois. L’Italien ne m’a pas laissé parler avec le Chinois, prétextant son ignorance de la langue italienne. Durant notre courte conversation, il l’appelait le « jaune », et a ajouté qu’il y avait « beaucoup de jaunes » qui travaillaient dans la région.

Racisme discret ou ordinaire ? La question doit se poser. Pour ma part, ces quelques observations me font penser que l’usage de l’adjectif « ordinaire » serait plus adapté. Voilà qui est préoccupant aujourd’hui en Italie, les propos et les actes racistes semblent se banaliser. Ce racisme ambiant conditionne les rapports sociaux et est alimenté par une distance sociale institutionnalisée entre les étrangers et les nationaux…

(suite de cette réflexion sur le racisme en Italie : http://emi-cfd.com/echanges-partena...)

Bienvenue au(x) Maroc(s) !
1er février 2010 par Laure

Après deux mois passés dans la capitale marocaine, je vis au rythme de la ville comme une rabbatia. Mon mode de vie ici pourrait être sensiblement le même dans une autre grande ville de notre planète mondialisée. Nous avons tout le confort dit « moderne » à portée de main.
Mais ce soir, je quitte l’agitation et le quotidien de la ville pour une nouvelle mission. Je pars à la découverte d’un autre ailleurs. Après une nuit de bus, j’arrive à Ouarzazate. Il est 5h30 du matin mais l’atmosphère est déjà d’une douceur singulière. Il règne ici une ambiance calme et paisible, propre à ces villes voisines du Sahara. Dans ces régions aux portes du désert et au pied de l’Atlas, la quiétude transparait sur les visages. Les gens ici dégagent une sérénité à vous faire oublier ce que signifient les mots stress, angoisse ou colère. Le chant du Muezzin retentit pour appeler à la première prière de la journée. Le jour se lève. Plus que deux heures de taxi et j’arrive enfin à destination : le village de Khmis Dades, au cœur de la vallée des roses.

C’est au cours de ces missions que je prends pleinement conscience de la réalité du quotidien de nombreux marocains. Ceux-là même dont nous parlons dans nos associations qui agissent pour le développement rural. Je suis face à ce qu’on appelle le « choc des cultures ». Je me retrouve là, face à cette grand-mère qui joue chaque matin pendant des heures avec sa chèvre sur le toit de sa maison ; à ces jeunes filles de mon âge, qui n’ont pour seul passe-temps que des ballades dans la palmeraie voisine ; à cette bouilloire d’eau chaude en guise de douche ou encore à ce tapis en peau de mouton qui me sert de lit.

Je me sens si différente et à la fois si proche de mes hôtes. Car cette fois encore je suis accueillie dans une famille comme si j’étais l’une des leurs. « Marhaba ayili » : Bienvenue ma fille ! Au Sénégal, on appelle ça la « Teranga ». Ici, on dit « al karame » : l’hospitalité. La grand-mère de la famille me raconte des histoires. Elle sait que je ne comprends pas le tamazigh mais qu’importe ! On franchit les barrières de la langue, on brade les différences religieuses et la culture du partage prend tout son sens. La magie des rencontres interculturelles a fait son effet.

Accès aux soins : en Haïti et en Europe
25 janvier 2010 par Arvid

Il est difficile de comprendre ce qui s’est passé en Haïti, le désastre est si grand. Il est d’autant plus difficile de comprendre ce qu’il faut faire après une telle catastrophe. Quels sont les premiers pas pour aider un pays qui avait des ressources matérielles très limitées avant même le séisme ?

L’aide n’est pas – comme toujours – aussi importante qu’il le faudrait. Cependant, l’aide d’urgence des équipes médicales sur place est impressionnante. Elles ont travaillé non-stop ces dernières semaines. Dans ces circonstances, les médecins doivent prendre des décisions désagréables pour pouvoir sauver le plus grand nombre de vies possible. Et l’objectif bien connu du le serment d’Hippocrate reste toujours fort : sauver et soigner toute personne ayant besoin d’aide.

Dans les pays européens, on voit la catastrophe dans les médias et on fait des efforts économiques pour aider les victimes. En même temps, un grand nombre de personnes dans les pays européens n’ont pas accès aux soins ; par example les demandeurs d’asile et les sans-papiers. Même dans les sociétés européennes – qui n’ont pas eu des problèmes comme des séismes, des ouragans ou des grandes inondations – on prétend ne pas avoir la possibilité de donner un accès aux soins pour tout le monde pour des raisons migratoires, économiques, politiques etc.

Il faut aider toute personne ayant besoin de soins. Il ne s’agit pas de traiter des personnes avec ou sans les bons documents. Peu importe qu’on soit en Haïti ou en Europe. Il s’agit de traiter des êtres humains. Être blessé n’est pas un crime, donc il faut respecter les médecins qui veulent faire leur travail.

Pologne : droits de séjour, mobilisations et incertitudes des demandeurs d’asile
18 janvier 2010 par Paulina

Un mois après les manifestations des refugiés et le détournement du train à la frontière avec l’Allemagne, les grèves de la faim continuent « en silence » dans quelques centres de rétention. En Pologne pays où les mobilisations sociales ne sont pas à l’ordre du jour, encore moins si elles concernent les immigrés - ces événements ont eu un rôle important dans la lutte pour leurs droits au séjour. Szamil vit en Pologne depuis quatre ans, mais il n’a jamais obtenu le statut de refugié. Il a survécu à la guerre, aux bombardements, il a été sur la liste noire des personnes recherchées par le gouvernement de Kadyrov. S’il n’avait pas fui le Caucase, il aurait probablement disparu dans des circonstances inconnues. En Pologne, ses enfants vont à l’école. Toute la famille veut vivre ici. Mais, Szamil est en procédure depuis quatre ans et il vient de recevoir une décision négative et l’invitation à quitter le territoire sous trente jours. Après plusieurs mois ou années d’attente dans l’incertitude, seul un faible pourcentage de demandeurs d’asile peut espérer acquérir un statut de réfugié. Les autres se voient accorder une protection subsidiaire ou un « séjour toléré ». Et ce statut « toléré » prolonge l’incertitude car les immigrés ne peuvent jamais être sûrs qu’il sera renouvelé. Cependant, Szamil n’a pas essayé de partir plus à l’Ouest. Il a été bien informé que, selon les règlements de Dublin, l’État désigné comme responsable de son accueil est celui qui lui a permis de pénétrer sur son territoire. S’il était seul, il aurait peut-être essayé de quitter la Pologne, mais avec les enfants, il ne voulait pas prendre les risques. Car en Pologne, si les migrants sont « dublinisés », on les enferme souvent dans les centres de rétention et leurs chances de rester en Europe diminuent.

Maroc ou l’impression que tout change sans que rien ne change
11 janvier 2010 par Justine

Voilà un an passé au Maroc, principalement à Rabat (capitale administrative). Ce pays où la complexité sociétale m’a amené à relativiser les avis que j’ai pu avoir aux débuts. En arrivant au Maroc, l’impression de transformation m’a habité rapidement. J’en ai trouvé un terrain vierge, notamment sur les droits économiques, sociaux et culturels. Un terrain vierge fait d’une pléthore d’acteurs de la société civile. Conjointement, le régime monarchique est reconnu par son ouverture politique depuis les années 1995, renforcée avec l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir, entre multiplication d’instances (Conseil consultatif des Droits de l’Homme, Conseil en charge du dialogue social, Instance Equité et réconciliation), choix d’orienter l’économie vers la libéralisation et présence des bailleurs internationaux. Depuis quelques mois, j’entends une même phrase de quelques syndicalistes et associatifs : « le Maroc connaît une régression, par rapport au début des années 2000 ». Remarque qui peut surprendre plus d’un, mais qui s’explique par des faits clairs. Le processus de démocratisation au Maroc n’est pas tangible. Lorsque l’on s’interroge sur l’effectivité et l’indépendance des pouvoirs, on s’aperçoit que le Parlement a un rôle largement minimisé, que le gouvernement dépend du pouvoir central tandis que les partis politiques s’enfoncent dans des conflits d’intérêts, n’hésitant pas à tromper les idéaux partisans. On est là face à une redondance déconcertante, même s’il faut laisser le temps au temps. Je reste convaincue que le changement doit passer par la population. C’est une population qui doit s’organiser, s’instruire, se conscientiser. Des résultats sont visibles et une conscience d’une partie de la jeunesse émerge, soutenue par des figures politiques et associatives mûres et éclairées. Il n’y a plus qu’à y participer.

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