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/ Carnet de bord  /

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Niger : le printemps sera chaud !
14 juin 2010 par Elodie

Tandis que les températures record atteintes cette année pendant la saison chaude tardent à baisser, les pluies, elles, se font désirer. Les mois de mars, avril et mai 2010 auront été, de mémoire de Nigérien, exceptionnellement pénibles, tant en raison de la vertigineuse ascension du thermomètre que du dramatique manque d’eau. Cette année, le déficit céréalier a été précoce et la période de soudure a commencé très tôt. La saison des pluies, qui devrait déjà avoir commencé depuis plusieurs semaines, est donc d’autant plus attendue. Ailleurs dans la sous-région, les précipitations sont fréquentes et régulières mais au Niger, le vent ne charrie pour l’instant que des nuages de poussière rouge. Et comme si le climat seul n’y suffisait pas, le climat politique est, lui aussi, en phase de réchauffement. La période de transition politique dans laquelle nous sommes entrés à l’issu du coup d’Etat du 18 février entame aujourd’hui ses premiers tournoiements et flirte dangereusement avec les dérives autocratiques… Il y a d’abord eu la décision du nouveau Chef de l’Etat, le commandant d’escadron Salou Djibo, de s’octroyer une promotion éclair dans la hiérarchie militaire. Il est passé directement du grade de commandant à celui de Général de corps d’armée, le plus haut rang actuellement occupé au Niger. Sautant simultanément 5 grades, il devient du même coup la première autorité miliaire du pays. Il a eu ensuite l’arrêté ministériel diffusé par la Ministre de la Communication, Mme Aminata Takoubaye, fixant les conditions de travail pour les journalistes étranger au Niger. A présent, pour réaliser un reportage sur le sol nigérien, les équipes professionnelles devront au préalable payer la somme de 500 000 Fcfa (800 €) s’il s’agit d’un journal, 1 million (1 500 €) si c’est une radio et 2 millions (3 000 €) pour un reportage télé. Il s’agit tout bonnement d’une forme de racket institutionnalisé et d’une technique d’obstruction à l’information pour les médias étrangers. On est donc tenté de se demander ce qui, de tout cela, est finalement le plus inquiétant : les orientations douteuses du gouvernement de transition ou bien le retard des averses tant espérées ?

Une semaine à Figuig, une oasis de rêve qui se désertifie…
7 juin 2010 par Laure

Au terme d’un long trajet depuis Rabat, et des heures de bus au milieu d’étendues désertiques, je retrouve enfin la ville de Figuig. Figuig, la ville aux sept ksour, une oasis aux paysages d’une beauté exceptionnelle : montagnes rocheuses du Haut Atlas oriental, maisons traditionnelles en pisé, sources naturelles et vaste palmeraie. Le patrimoine architectural, culturel et naturel est d’une richesse impressionnante. Pourtant cette perle marocaine est peu connue et certains s’interrogent sur son avenir.

Figuig est située à 400km au sud d’Oujda et entourée au Nord, au Sud et à l’Est par la frontière algérienne. Les habitants nous racontent que pendant des siècles, elle fut, par sa position géostratégique, un carrefour économique très prospère. Mais depuis 1994, cette frontière a été totalement fermée. Figuig est devenue une impasse : la fin de la route. Autrefois un lieu de passage des caravanes, au cœur des relations commerciales transsahariennes, elle est aujourd’hui enclavée au fond des terres marocaines. Pour voir sa famille en Algérie, B. nous explique qu’il lui faudrait se rendre à Oujda par bus, puis à Casablanca. Il devrait ensuite rejoindre Oran par avion et parcourir quelques centaines de kilomètres pour retrouver un village algérien, situé à seulement 10 Km de chez lui…

La fermeture de la frontière a affaibli considérablement l’activité économique et le taux de chômage est aujourd’hui très élevé, en particulier chez les jeunes et les femmes. Je discute avec A., 23 ans, qui me parle de « la galère » : « il n’y a pas de travail ici ». Figuig se déserte peu à peu de ses habitants. La ville a connu et connaît encore aujourd’hui un fort exode des habitants vers les grandes villes du Maroc, et une émigration vers l’Europe, en particulier la France. Le manque d’infrastructures de santé et l’insuffisance de services à la population mènent aussi certains figuiguis à quitter la ville.

Et puis le désert avance…Comme plus de 90% du territoire marocain, Figuig est touchée par le phénomène de la désertification. On peut remarquer des signes d’ensablement et de sécheresse qui entraînent une dégradation de l’oasis. En se baladant au milieu des palmiers, on observe les dattes qui mûrissent. Elles constituent une ressource majeure pour la population locale, mais les palmiers dattiers sont menacés par une maladie appelée le Bayoud, par le manque d’entretien mais surtout par le manque d’irrigation. Le nombre d’arbres de la palmeraie se réduit d’année en année. Longtemps oubliée par les politiques publiques nationales, Figuig doit se battre pour survivre. Mais malgré ces difficultés, le tissu associatif local est dense et très dynamique. De nombreuses associations locales, ainsi que des associations de la diaspora figuigiui à travers le monde, s’investissent pour la préservation de l’oasis et le développement de la ville. Il existe une expression que les marocains utilisent pour dire que tout va pour le mieux : « Foug Figuig », ce qui signifie le bien, le « top » voire le paradis. Espérons que l’avenir en soit ainsi pour ce joyau et ses habitants !

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Palmeraie de Figuig
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Figuig - Carte partielle du Maroc
Rencontre internationale de Migreurop à Istanbul
31 mai 2010 par Lola

Les 27, 28, 29 Mai dernier le réseau Migreurop a organisé une rencontre internationale à Istanbul. Des associations membres et partenaires du réseau de France, Italie, Chypre, Malte, Mauritanie, Maroc, Grèce et Turquie y ont participé ainsi de que des députés du Parlement turc. Durant les trois jours, les thèmes des accords de réadmission, de l’enfermement et de Frontex ont été abordés. Les associations présentes ont toutes parlé de leurs mobilisations et leur engagement au niveau national (campagnes de sensibilisations, manifestations..) afin de dégager des pistes de réflexion pour des mobilisations plus larges au niveau européen et international. Une délégation composée de parlementaires européens, de députés turcs et des membres du réseau Migreurop s’est rendue au centre de détention d’Istanbul situé dans le quartier de Kumkapi. http://migreurop.org/article1704.html Le vendredi 28 mai, à l’appel du Migrants Solidarity Network, une manifestation a été organisée devant le centre de détention. http://www.migreurop.org/article1703.html. Les policiers nous ont refusé l’accès devant le centre de détention. Les manifestants ont lancé des slogans à l’attention des migrants détenus : "Libérez !" "No Border, No Nation Stop Deportation !" Une vidéo de la manifestation http://www.haberler.com/video-haber/video.asp?id=2076811

Chypre : le défi du multiculturalisme
25 mai 2010 par MarieM

Depuis 1974 la République de Chypre est divisée en deux : 30% du territoire a été annexé par la Turquie en réponse aux velléités grecques de rattacher Chypre à son territoire. La République Turque de Chypre du Nord n’est reconnue que par la Turquie, et est considérée par le reste de la communauté internationale comme illégalement occupée. Source de toutes les convoitises, Grecs, Phéniciens, Croisés, Vénitiens, Ottomans, Britanniques se sont succédés sur l’île. On s’attendrait à ce que ce carrefour des civilisations favorise le mélange des cultures, bien au contraire : les programmes scolaires de la République de Chypre sont emprunts de nationalisme et d’éducation religieuse orthodoxe.

A Chypre, sur près de 800 000 habitants, 18 % de la population est étrangère , avec environ 70 000 travailleurs migrants issus d’Europe de l’Est, d’Asie du Sud Est et du Moyen Orient dont 40 000 travailleurs domestiques. Leur salaire minimum est fixé par décret ministériel : 310€ par mois en 2010 soit un tiers du salaire minimum fixé pour les Chypriotes. Selon le dernier rapport du European Network Against Racism, 88% des Chypriotes considèrent les quelques 40 000 travailleurs domestiques migrants comme un danger pour la cohésion de la société ; les ressortissantes des pays arabes sont soupçonnés par certains de servir les intérêts turcs pour modifier l’équilibre démographique de l’île. Les discriminations sont réelles pour l’accès aux soins et le respect des droits fondamentaux (licenciements abusifs, maltraitance).

Si Chypre a adapté ses textes aux standards européens depuis son entrée dans l’UE en 2004, l’évolution des mentalités reste donc un défi majeur à relever.

Tentative d’interdiction du Forum syndical maghrébin : atteinte à la démocratie
16 mai 2010 par Marion

A la veille du premier Forum syndical maghrébin qui devait avoir lieu dans la Maison des Syndicats les 14 et 15 Mai à Alger, les autorités algériennes ont ordonné la fermeture de cette salle que le SNAPAP, syndicat autonome, principal organisateur de ce forum, loue pour ses activités depuis des années.

Après avoir interdit les rassemblements dans les lieux publics, les autorités algériennes vont encore plus loin cette fois-ci en interdisant les rencontres dans des salles privées.

Cette décision, justifiée par « l’organisation de rassemblement et réunion publique sans autorisation au préalable », « trouble de l’ordre public » ou encore « transformation du local en un lieu de rencontres des jeunes filles et jeunes hommes venus de différentes régions du pays », démontre clairement la volonté des autorités d’interdire purement et simplement la tenue de ce forum. Elle vise à réduire de plus en plus les espaces d’expression, pourtant peu nombreux en Algérie, en entravant l’activité syndicale autonome, la liberté d’expression et plus largement la démocratie.

Malgré cette tentative d’intimidation, Rachid Malaoui, Secrétaire Général du SNAPAP, a maintenu le forum qui s’est finalement tenu au siège du FFS (parti politique des Forces Socialistes).

Des militants d’Algérie (SNAPAP, CLA), du Maroc (ODT, CDT, UGTM, FDT), de Tunisie (UGTT), de Mauritanie (UGTM, CGTM), mais aussi d’Egypte, du Sénégal, de France et d’Italie se sont réunis pour aborder les thèmes de l’action syndicale maghrébine face à la crise économique mondiale, le rôle des mouvements syndicaux dans le soutien à la société civile et mouvements sociaux pour l’instauration de la démocratie ou encore celui des libertés syndicales, ô combien d’actualité.

Les participants ont échangé sur leurs différentes expériences, leur mode d’organisation et les difficultés auxquelles ils font face. En Egypte, il est impossible pour les organisations syndicales de disposer d’un local, en Tunisie, les syndicats autonomes ne sont même pas reconnus et en Algérie, la liberté d’expression consacrée par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est loin d’être réelle.

Je salue le courage de ces organisations qui continuent d’exister et de s’exprimer malgré la répression forte dont elles sont victimes. Elles constituent un élément fondamental du processus de démocratisation et de développement de la société civile.

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