![]() |
|
Tabaski 2009 sur fond de crise politique au Niger La fête de Tabaski (Aïd El Kébir), qui aura lieu dans quelques jours, va se dérouler cette année dans un contexte national politiquement tendu puisque le mandat officiel du Président Mamadou Tandja arrive à son terme dans un mois mais que ce dernier ambitionne de le prolonger de trois années supplémentaires, malgré les nombreuses voix qui s’élèvent pour l’en dissuader et les menaces de sanctions internationales.
En cette veille de fête, l’ambiance à Niamey est aux préparatifs, la priorité étant d’acheter un mouton avant la date fixée pour son sacrifice. On croise donc en ce moment des troupeaux, plus ou moins impressionnants, dans tous les coins de la capitale. Mais au delà de l’agitation qui accompagne traditionnellement l’approche de la Tabaski, nombreux sont les esprits préoccupés par la tension politique actuelle. Depuis de longs mois maintenant, un bras de fer s’est engagé entre le Président Mamadou Tandja et les membres de l’opposition sur la question du prolongement de son dernier mandat. Le Président Tandja a déjà été élu deux fois en 1999 et en 2004, effectuant successivement deux mandats de 5 ans, et ne peux, selon la Constitution, se présenter à nouveau. Mais Tandja souhaite rester. Et cette démarche, appelée Tazarché (continuité en haoussa), est soutenue par une partie des Nigériens. C’est avec l’argument de ce soutien populaire, dont l’importance réelle est difficile à évaluer, qu’il a pris la décision de modifier la constitution et de dissoudre le parlement ainsi que la cour constitutionnelle lorsque ces institutions s’y sont opposées. Gouvernant seul et par décrets, le Président a fait valider sa décision de se maintenir au pouvoir par un référendum aux résultats sans surprise. Divisions internesAujourd’hui, les principaux leaders de l’opposition sont dans le collimateur d’un gouvernement recomposé après des élections législatives anticipées, sans surprises elles non plus. Certaines personnalités politiques opposées au projet politique de Tandja ont préféré quitter le pays, craignant pour leur sécurité. Pour autant, la coalition créée pour faire face à cette situation, la CFDR (Coordination des Forces Démocratiques pour la République) reste active. Elle a organisé dimanche dernier, le 21 novembre, un important meeting sur une des grandes places de Niamey. Les partisans de l’opposition ont réaffirmé leur refus de voir s’instaurer officiellement ce qu’ils désignent comme « un coup d’Etat constitutionnel ». La presse privée continue d’ailleurs de s’exprimer clairement sur cette confiscation du pouvoir et sur les dérives autoritaires qui l’accompagnent. Les informations qui parviennent de l’extérieur du Niger, d’Afrique comme d’Europe, semblent d’ailleurs traduire cette forte mobilisation de l’opposition. Cependant, dans le pays la situation est plus complexe et plus ambiguë. La mouvance présidentielle continue à ratisser large et parvient à retourner des personnages charismatiques de la société civile ou du monde du spectacle pour les intégrer à sa cuisine politique et les utiliser comme faire-valoir. Hors de Niamey, les populations, moins sensibilisées aux débats politiques soutiennent en grande partie le chef de l’Etat, par principe et par respect pour la figure du chef, plus que par conviction profonde. La division entre pro et anti-Tazarché est une réalité dans le pays ; elle existe au sein des différentes communautés, dans chaque ville, dans chaque village et parfois même au sein des familles. Les avertissements de la communauté internationaleCritiquée et dénoncée par la communauté internationale, l’attitude du Président Tandja a déclenché de fortes tensions avec la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest), qui menace de prendre des sanctions à l’encontre du Niger et l’isolement économique est à craindre. L’Union Européenne a elle aussi exprimé son inquiétude et envisage de multiplier les suspensions budgétaires. En revanche, l’attitude adoptée par la France est beaucoup moins claire. Tandja a exprimé sa volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat lors de la visite éclair de Sarkozy au Niger, le 27 mars dernier. Venu entériner les accords entre Areva et le gouvernement nigérien qui permettront à l’entreprise nucléaire française d’exploiter l’uranium du nouveau gisement d’Imouraren pendant les 30 prochaines années, le président français s’est félicité de ce « partenariat stratégique » et n’a pas jugé nécessaire d’émettre un quelconque avis sur les ambitions politiques de son homologue. Vendredi ou samedi ?Le débat de ces dernières heures à Niamey s’est recentré sur la date choisie pour la fête de Tabaski et les modalités de ce choix. La plupart des pays musulmans ont désigné le vendredi 27 comme le jour du sacrifice mais au Niger, selon une croyance populaire, lorsque la fête est célébrée un vendredi, une personnalité importante vient à disparaître. Or, le Président qui se sait déjà isolé et décrié ne peut risquer de provoquer lui-même son infortune. La décision de reporter la fête au samedi a donc été annoncée par le ministre de l’intérieur lors d’une allocution télévisée. Depuis, les commentaires oscillent entre légitimation, justification, indignation et ironie. Toutefois, quelle que soit l’issue de cette situation politique pour le moins tendue, le week-end qui vient sera celui de la fête, du partage, des retrouvailles en famille et de la viande de mouton. |
|
||||||||
|
|||||||||