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Chronique québécoise : un premier juillet riche en déménagements 9h- Jeudi 1er juillet. Je prends mon vélo pour me rendre chez des amis : c’est le jour J, ils déménagent et ont besoin de renfort. Aussitôt que je commence à pédaler, je n’ai pas le choix de constater partout où je passe les camions de déménagement qui ornent les rues. On m’avait prévenu : « Si le 1er juillet, tu veux faire une activité typiquement québécoise, oublie la fête nationale du Canada, c’est à un déménagement qu’il faut que tu participes ! ». Et effectivement, au fur et à mesure de mon trajet, je me retrouve obligée de slalomer sur la piste cyclable entre des déménageurs, des frigos gardés par les enfants pour que personne ne croit qu’ils sont à donner, des voitures remplies de cartons (ou plutôt de boîtes comme on dit ici), des matelas à moitié éventrés, des chaises de toutes les formes et des sacs poubelles à perte de vue...
Une tradition bien ancréeEt oui, le premier juillet est un jour faste pour les entreprises de déménagement. Tous les camions sont bookés de 6h à 23h, 6 mois à l’avance, avec des tarifs exorbitants comparés aux autres périodes... C’est le jour de la « Fête du déménagement ». 20% des locataires québécois, soient environ 250 000 personnes déménagent ce jour même, jour d’arrêt ou renouvellement du bail pour nombre de logements en location. Initié le 1er mai (depuis une ordonnance datant de 1750), ce jour a été remplacé par le 1er juillet en 1974 officiellement afin d’éviter le changement d’école avant la fin de l’année scolaire pour les enfants, parfois interprété comme une résistance à la fête nationale du Canada (journée fériée de surcroît), bien moins célébrée que le 24 juin, la Saint-Jean, fête du Québec francophone. Une journée bien remplieIl faut donc préparer son premier juillet bien à l’avance quand on déménage ! 70% des ménages qui déménagent n’ont pas recours à des ménages professionnels, une équipe d’amis et de la famille est alors à recruter ! La proportion de déménagements est telle qu’il convient également de leur demander à l’avance, il n’est pas rare d’avoir deux déménagements de prévus la même journée ou en tout cas sur une période de trois jours. L’équipe ainsi composée doit être efficace le Jour J. Les deux déménagements, le partant et l’entrant, ont très souvent lieux le même jour, compte tenu de la date unique de fin et de début des baux. Cartons, déménagement, ménage, transfert vers l’autre logement, emménagement, ménage du nouveau, déballage des boîtes... La journée promet souvent d’être longue. Ma première expérience en témoigne, partie de chez moi à 9h, je n’y suis retournée qu’à 00h30, et encore, l’emménagement dans le deuxième appartement était loin d’être finie, une pièce était encore remplie de 40 boîtes empilées les unes sur les autres de la majorité du stock de l’ancien appartement. Ce n’était pas faute de manque de main d’œuvre. Nous étions au moins 10 à nous relayer toute la journée : mes amis emménageaient dans une coopérative d’habitation. L’ancienne locataire supposée reprendre un autre appartement dans la coop’, n’avait pas encore déménagé. Elle attendait justement que l’autre se libère et n’avait pas vraiment prévu de personnel pour le déménagement. Nous l’avons donc aidé à déménager pour pouvoir enfin finir le notre. L’entraide dans la galère, valeur supposée d’une coop’, était donc de mise pour les nouveaux coopérants, sans être vraiment une question de choix. Témoignage d’habitué montréalais, dit malgré tout avec un grand sourire, « Ce déménagement était le pire que j’ai jamais fait ! », d’autant que la journée se finit dans la tradition par un repas Pizza + bières et les rires résultant des péripéties, systématiques, de la journée. Un moment chargé pour les organismes de logement québécois et parfois critique pour les populations défavoriséesLe premier juillet est ainsi un moment chargé pour les différents gestionnaires de logement (Offices municipaux d’habitation, Organisme à but non lucratif d’habitation, Coopérative d’habitation) dont une bonne partie des entrées se font à cette période. Les ménages les moins aisés sont suivis de près par les comités logement et les offices HLM : une famille dont le bail n’est pas renouvelé et qui n’aurait pas retrouvé de logement à cette date fatidique pourrait se retrouver à la rue. Alors que la pénurie de logements diminuent, les impayés de loyers sont en augmentation régulière depuis quelques années. Il existe des mesures d’urgence, les suppléments de loyer d’urgence, distribuées par les offices HLM afin de subventionner des familles et leur permettre d’avoir un toit abordable dans le marché privé notamment lorsqu’ils n’ont pas accès au logement social. Cependant, les critères pour en bénéficier sont restrictifs : les ménages qui ont des dettes pour leurs anciens logements se trouvent souvent exclus des possibilités d’aide et d’admissibilité à des programmes de logements sociaux. Le nombre d’itinérants est toujours un peu plus élevé après cette date... |
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