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Chypre / Droits des étrangers /

Liberté d’expression pour les migrants à Chypre
10 juillet 2010 par MarieM

Au détour d’une des rues de la vieille ville de Nicosie, entre un magasin de vente de téléphones portables et un café, à deux pas d’un "Asian Shopping Mall", un cyber-café affiche une curieuse affiche...Une image symbolique et l’occasion de quelques lignes à partager avec vous.

Cette image me frappe chaque fois que je passe devant. Je la trouve très forte en symboles. Cette affiche est scotchée sur la fenêtre d’un cyber-café de Nicosie centre, dans la rue de KISA, l’ONG au sein de laquelle j’effectue ma mission.

Ces quelques phrases disent beaucoup de choses sur ce que signifie être étranger dans un autre pays.

Il y a d’abord l’importance de la communication : rester en contact avec sa famille, ses amis, sentir ce lien, savoir d’où l’on vient pour mieux aller de l’avant dans une aventure d’1, 2 ans, bien souvent plus (les permis de travail pour les non-Européens ne peuvent excéder, selon la loi, 4 ans. Ceux des travailleurs migrants qui sont là pour plus longtemps ont, en général, une famille à Chypre ou alors sont en situation irrégulière).

Quels lieux incarnent cette fenêtre ouverte sur le monde mieux que les cyber-cafés qui jalonnent les villes du monde ?

Et puis il y a cette revendication profondément politique, d’un droit à la liberté d’expression, de religion, de se constituer en assemblée, et de pétitionner. Ces quatre revendications ne sont pas là par hasard. La voix des migrants à Chypre peine à se faire entendre.

La liberté d’expression est fondamentale pour celles et ceux qu’on ne voit que comme des travailleurs sans autres buts ici que de gagner leur vie. Elle est cruciale dans la bataille quotidienne menée par beaucoup devant l’ignorance que leur témoignent bien souvent les services sociaux ou les agences de l’emploi. Etre libre d’exprimer son opinion, mais aussi son identité culturelle, nationale, religieuse sans craindre une remarque raciste ou dépréciative.

La liberté d’exprimer sa colère aussi et de s’unir avec d’autre, via une pétition ou en se constituant en assemblée, pour porter avec plus de force leurs réclamations en termes de droit du travail ou de droits sociaux. Les migrants n’ont pas le droit de se syndiquer à Chypre. Le système d’ailleurs favorise ceux des étrangers qui sont supposés être les moins revendicatifs : un(e) travailleur(se) migrant(e) vietnamien(ne) est payée plus cher qu’un(e) employé(e) philippin(e) car les migrants issus des Philippines sont plus nombreux, mieux organisés en communauté et plus à même de s’opposer aux abus ou à toute forme d’exploitation.

La liberté d’expression religieuse enfin, car l’Eglise orthodoxe est extrêmement présente et monopolise quasiment l’intégralité de l’espace religieux à Chypre. Il serait faux néanmoins de dire qu’aucune autre religion n’a de visibilité sur l’île. Pour des raisons historiques tout d’abord, il y a des mosquées datant en général d’avant 1974 lorsque la partie nord s’est autoproclamée indépendante. D’autres minorités religieuses, comme les chrétiens maronites, arméniens, catholiques, sont eux aussi présents. La communauté chrétienne orthodoxe russe et chrétienne sri lankaise sont particulièrement représentées.

Néanmoins, l’aversion pour la religion musulmane est perceptible, avec un regain des dégradations volontaires de symboles et bâtiments communautaires, comme le centre palestinien de la ville de Larnaca, ou la mosquée de cette même ville qui a été incendiée au début de l’année. Au moment de la division de l’île, les minorités ont dû choisir de se rattacher soit à la communauté musulmane (ces personnes devaient rejoindre la partie nord) soit à la communauté orthodoxe (devant résider ainsi dans la partie sud). Certains villages au nord comptent encore des communautés orthodoxes mais depuis 1974, les deux parties de l’île ont été religieusement homogénéisées : peu de visibilité pour les minorités, rattachées de facto à une appartenance orthodoxe sur fond d’identité religieuse nationaliste ; pas (ou très peu) de place pour la religion de « l’Autre », c’est-à-dire les Chypriote turcs, en majorité musulmans.

Mais les temps changent. Il est difficile de maintenir une homogénéité de population sauf à être dans un pays complètement hermétique, ce qui n’est pas le cas à Chypre, malgré une politique migratoire restrictive. Les minorités religieuses, notamment musulmanes, sont ici en nombre maintenant, via les migrations depuis le Proche et Moyen Orient.

Comme souvent, et on le constate à travers cette affiche, les migrants expriment une réalité dont ils sont les premières victimes, mais qu’ils ont l’intelligence de replacer, non pas dans une revendication communautaire et minoritaire, mais dans un cadre plus large de droits humains.

Car la situation des populations étrangères reflète la façon dont une société a de traiter et de considérer « l’Autre », un point crucial dans nos société modernes de plus en plus mixtes, et fondamental pour Chypre, si un jour prochain, les négociations devaient déboucher sur davantage d’échange et sur un possible « vivre-ensemble » avec les Chypriotes turcs.




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