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Maroc / Mobilisations citoyennes /

Au Maroc, la liberté de la presse est mise à mal
2 juin 2010 par Marion

La liberté d’expression constitue un élément fondamental du processus de démocratisation et de développement de la société civile. L’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, stipule que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Elle se traduit notamment à travers la liberté de la presse, l’indépendance et le pluralisme des médias, et le droit pour tous les citoyens à l’information et la communication, qui constituent des conditions préalables et des facteurs majeurs de la démocratie.

Bien que le Maroc soit le pays du Maghreb qui bénéficie de la plus grande liberté d’expression et qu’il ait fait des progrès notables dans ce domaine, il n’en demeure pas moins un pays où la liberté d’expression et d’information souffre de fortes restrictions. S’il existe une opposition réelle qui peut travailler et s’exprimer, elle ne doit pas dépasser certaines « lignes rouges » imposées par la loi, à savoir, ne pas porter atteinte à « la religion islamique, l’intégrité territoriale du Royaume et la monarchie », sous peine de poursuites judiciaires, de procès arbitraires, de peines de prison, de pressions, d’interdiction de publication, de saisie de journaux ou revues ou encore d’amendes exorbitantes, ce qui entrave considérablement la liberté d’expression.

Une volonté de dialogue affichée

Des réformes notables ont été entamées dans ce domaine et des chantiers sont en cours mais les avancées réalisées demeurent fragiles et inachevées. La suppression du monopole de l’Etat en matière de radiodiffusion et de télévision, en 2005, avec la création de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, n’a pas débouché sur la pluralité escomptée. Le processus de réforme du code de la presse, mené en 2008 et en 2009 ne fournit pas un cadre juridique suffisant pour garantir la liberté d’expression.

Pour pallier ces carences, un débat national intitulé « médias et société », qui réunit les différents groupes parlementaires, les syndicats de la presses, le Ministère de la Communication et des organisations nationales de défense et de promotion des droits de l’Homme, a été impulsé en mars 2010. Il vise à échanger sur la place et le rôle des médias au sein de la société marocaine au profit d’un exercice démocratique de la liberté d’expression.

Malgré cette volonté affichée de la part du gouvernement d’aller vers une plus grande liberté d’expression, on constate une augmentation des violations à l’encontre de la liberté d’expression.

Les violations à l’encontre de la presse indépendante marocaine

En juin 2009, le mensuel Economies et Entreprises a été condamné à payer une amende exorbitante (environ 530 000 euros) pour « diffamation » à l’encontre de la société Primarios, appartenant au holding royal.

En août 2009, deux hebdomadaires marocains, TelQuel et Nichane, ont été saisis et détruits et le quotidien français Le Monde a été interdit de publication, pour avoir publié un sondage sur le Roi. Le sondage en question était pourtant favorable au Roi puisque 91% des marocains interrogés jugeaient le bilan de Mohammed VI « positif » ou « très positif ». Mais au Maroc, la Monarchie ne doit pas faire l’objet d’un sondage.

En septembre 2009, le quotidien arabophone Akhbar Al-Youm a été suspendu pour avoir publié d’avoir publié une « caricature en relation avec la célébration par la famille royale d’un événement à caractère strictement privé », en allusion à la célébration à Rabat du mariage du prince Moulay Ismaïl durant le week-end. Taoufiq Bouachrin, directeur de publication et Khalid Gueddar, caricaturiste, ont été poursuivis pour « offense au drapeau » et « atteinte à la personne du Prince » Moulay Ismaïl.

En octobre 2009, Driss Chahtane, directeur de publication du journal arabophone Al-Michaal, a été condamné à un an de prison ferme, pour « délit de publication », de « mauvaise foi », de « fausses nouvelles » et d’ « allégations erronées », prévus dans le Code de la presse. D’autres journalistes ont aussi été condamnés à des peines de prison avec sursis ainsi que des amendes. Leur délit : avoir commenté l’état de santé du Roi. Bien mal leur en a pris : le communiqué officiel n’appelait aucun commentaire ; la santé du Roi est un sujet tabou.

Fin janvier 2010, le Journal Hebdomadaire a été contraint de fermer, sous le coup d’une liquidation judiciaire. En effet, le journal s’est vu infligé de fortes amendes dans divers procès qui l’ont contraint à s’endetter. Cette asphyxie financière organisée par les autorités marocaines a porté ses fruits puisque ce journal d’opposition n’est plus publié.

Tous ces exemples démontrent clairement la volonté des autorités marocaines de censurer la presse indépendante, d’opposition. La liberté d’expression est loin d’être acquise au Maroc. Il apparaît aujourd’hui indispensable de réformer le Code de la presse, avec la suppression des « lignes rouges », pour que les journalistes puissent s’exprimer sans crainte d’être arrêtés, emprisonnés ou contraints de payer de fortes amendes.




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