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Entretien avec Ρεγγίνα après sa re-découverte de la Grèce
Le temps d’une pause-café, entre la rédaction d’un article pour le rapport Migreurop et la réalisation de sa carte pour le Vues d’Europe et d’Ailleurs, Ρεγγίνα (ou Regina) nous transmet quelques impressions sur son récent périple en Grèce.
Alors Régina, est-ce que tu as redécouvert la Grèce ?
Oui ! J’ai découvert d’abord un milieu associatif et notamment l’association avec laquelle j’ai travaillé, Diktio. Basée sur Athènes, elle fonctionne en réseau s’intéressant à la défense des droits civiques et politiques, et plus particulièrement ceux concernant les migrations. J’ai vraiment apprécié son mode de fonctionnement, à la fois, comme un collectif pour des actions locales abritant un centre social et comme une bande d’amis, férus d’agir ensemble de manière plus informelle. Ensuite, il y a eu de nombreux changements politiques récents, perceptibles dans la vie quotidienne grecque, en lien partiel avec l’élection d’un nouveau gouvernement. Par exemple, il y a maintenant une présence policière généralisée sur le territoire qui n’était pas aussi forte avant. Les policiers font maintenant partie du paysage quotidien et les actes de répression policière sont nombreux, en particulier envers les migrants. La situation de ces derniers a aussi évolué, de plus en plus de rafles sont organisées, leur situation se précarise et dure plus longtemps. Il y a tout de même eu une nouvelle positive en ce qui les concerne : une nouvelle loi sur la naturalisation est passée de justesse au parlement grec. Elle donne le droit à des migrants de deuxième génération, selon des critères précis, d’être naturalisés grecs. Cette loi ne va pas concerner beaucoup de monde mais est importante par la reconnaissance du principe de naturalisation pour la première fois. Et enfin, j’ai découvert une autre Grèce grâce aux différents voyages que j’ai effectués pour ma mission.
Quel a été ton quotidien pendant ton séjour ?
Il y a eu différentes périodes. J’avais une liberté d’actions énorme. L’association ne m’a pas mis de contraintes (par exemple, des horaires), ce qui a eu des avantages et des inconvénients, sachant que je suis une personne de « last-minute ». Pour mener à bien ma mission pour Migreurop et Diktio, traitant de la question des déportations illégales et les violations des droits fondamentaux des migrants aux frontières, j’ai dû beaucoup voyager. J’ai découvert une première région de la Grèce que je ne connaissais pas du tout : la frontière terrestre gréco-turque, où j’avais rendez-vous avec Lola. C’est un endroit plein de contrastes : de nombreux petits villages m’ont rappelé des scènes de films des années 50, où la vie suit tranquillement son cours, alors que la zone est aussi très militarisée et surveillée. On y trouve de nombreux centres de rétention. Les migrants y sont refoulés de la Grèce vers la Turquie. Récemment, après une révolte dans un centre de rétention, un mouvement de solidarité avec les migrants est en train de se monter depuis une ville étudiante. J’ai aussi passé beaucoup de temps sur une butte à côté du port d’Igoumenitsa (Нγουμενίτσα), au nord-ouest de la Grèce, d’où de nombreux migrants observent les mouvements des camions allant et venant autour du port. Avec Salinia, de Diktio, nous y avons séjourné deux fois pendant 4 et 6 jours, et nous avons pu vraiment nous mêler aux migrants et les connaître. Igoumenitsa est un plus petit port que Patras (voir interview de départ de Régina), on ne peut pas dire qu’il soit plus facile d’y passer, comme tout le temps : ça dépend. Les migrants tentent leurs chances dans l’un et s’ils n’arrivent pas à partir, ils se rendent dans l’autre, séparés par 5h de bus. Depuis la fermeture des frontières espagnoles et italiennes, la Grèce se situe sur la nouvelle route des migrants africains, qui étaient moins présents auparavant. J’ai enfin découvert des îles grecques, notamment Léros, un point d’entrée en Grèce à partir de la Turquie. Le coordonnateur du centre de rétention, ouvert, est un ancien migrant afghan qui n’est jamais reparti et n’a même pas vu Athènes.
Tu aurais envie d’y retourner plus longtemps, malgré…la crise grecque ?
J’en ai marre de parler de la crise ! Effectivement, elle est en train de changer des choses : diminution des heures de travail et des salaires, des licenciements, mais le pays reste le même ! Pour mon retour, je ne sais pas encore ce que je ferai à long terme. En tout cas, maintenant, j’ai envie d’y retourner pour finir les projets que j’y ai commencés avec des amis, toujours sur la thématique des migrants.
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