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Entretien de Marie de retour d’Italie
20 avril 2010 par Paulina

Qu’est ce que tu as fait pendant quatre mois en Italie ?

Je suis partie dans le cadre du projet « Travailleurs migrants saisonniers en agriculture » porté par la Confédération Paysanne. La mission s’est déroulée dans deux régions du Nord de l’Italie : pendant quatre mois, j’ai exploré les campagnes Piémontaise et Vénitienne. Sur place, l’association de référence était ARI.

La majeure partie de ma mission a consisté à chercher des personnes susceptibles de me renseigner sur les conditions de travail des travailleurs migrants saisonniers et des personnes en mesure de témoigner. Ce n’était pas facile, parce qu’en hiver, les activités agricoles sont réduites. Ainsi il m’est arrivé de réaliser des micros trottoirs « champêtres », par exemple : au mois de janvier pendant la taille des arbres à Kiwi. J’habitais en pleine campagne ce qui m’a permis d’être au cœur du terrain.

Ma mission s’est déroulée de manière progressive. Après quelques mois d’enquête, je cernais plus rapidement les acteurs potentiels et réussissais donc à rencontrer plus facilement des personnes ressources. Je me suis beaucoup déplacée de Turin à Vérone en passant par Rome pour rencontrer des associations et des syndicats.

Est-ce que tes activités ont répondu à tes attentes ?

Je n’avais pas d’attentes très précises. Je savais que cette mission était exploratoire et que l’association sur place disposait de moyens modestes. En revanche, j’avais des a priori sur les questions migratoires parce que j’avais déjà passé un peu de temps dans le Sud dans le cadre de mes études. En fait, en allant dans le Nord, je croyais découvrir un pays totalement différent ! Au final, j’ai constaté certaines similitudes et des différences inattendues. Dans le Sud, contrairement au Nord, des rapports d’ONG à l’exemple de MSF ou des évènements, ont dénoncé les très mauvaises conditions de travail dans ce secteur. Dans le Nord, j’avais souvent l’impression que les problèmes rencontrés par les migrants travailleurs saisonniers étaient totalement niés. Pendant l’enquête, j’ai entendu dire plusieurs fois : « Il n’y a pas de problèmes ici, il faut que tu ailles dans le sud ». Quand je suis arrivée en Vénétie, j’ai pu rencontrer des personnes qui dénonçaient des cas d’exploitation graves. Selon moi, les événements de Rosarno ont entraîné une prise de conscience aussi bien dans le Sud que dans le Nord. Dans la presse, il y a eu une succession d’articles qui dénonçaient des cas d’exploitation dans le Nord.

Quelles formes prennent les mobilisations en faveur des droits des travailleurs migrants saisonniers en Italie ?

Dans le Nord, il y a quelques syndicats et associations qui traitent ces questions mais de manière ponctuelle et déséquilibrée. À Rome, Vérone ou Turin, dans la plupart des grandes villes italiennes des mobilisations existent à travers notamment les collectifs autonomes de migrants. Lorsque je me suis rendue à Rome pour rencontrer l’Assemblée des travailleurs africains de Rosarno, j’ai été impressionnée par leur volonté de mobilisation malgré la précarité des moyens. De plus, j’ai pu remarquer qu’en dépit de fortes discordances au sein du monde associatif et une méfiance face à l’instrumentalisation politique, l’absence de réponse publique a créé un consensus qui renforce le mouvement antiraciste.

Qu’est ce que t’as apporté cette expérience ?

J’ai appris à mieux découvrir le secteur agricole et intégré à mon Italien un vocabulaire inédit ! J’ai pris conscience de la dévalorisation du travail agricole et des difficultés connues par les travailleurs migrants qui s’ajoutent à la précarisation du secteur. Le fait d’avoir été libre de construire ma mission de manière autonome m’a donné l’occasion de renforcer mes capacités d’organisation. Je crois avoir gagné en indépendance, en confiance et en patience.




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