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Entretien de Paulina de retour de Pologne
Qu’est ce que tu as fait pendant quatre mois en Pologne ? Je suis partie avec Migreurop et ma mission s’inscrivait dans le cadre du projet de l’observatoire européen des frontières. Depuis que la Pologne a intégré l’espace Schengen en 2007, elle a un nouveau rôle en matière de surveillance de la frontière extérieure de l’Union européenne. Dans ce contexte, j’ai travaillé sur les droits des étrangers en Pologne et sur les questions d’enfermement. J’étais basée à Cracovie, où j’ai travaillé quatre mois au sein du Centre d’aide juridique de Halina Niec. Dans l’ensemble, j’ai été très bien intégrée aux activités de l’équipe. J’ai pu prendre des initiatives, les aider et alimenter mon travail de recherche en vue de la rédaction du rapport pour Migreurop. Le fait de travailler dans cette structure m’a permis de bien rentrer dans le contexte, notamment en ayant des contacts quotidiens avec des juristes. En dehors du travail dans l’association, je me suis souvent déplacée pour rencontrer les migrants dans des centres de rétentions, dans des centres d’accueil et dans les villes à l’Est où ils sont relativement nombreux. Est-ce que tes activités ont répondu à tes attentes ? En fait, je n’avais pas vraiment d’attentes précises. Avant de partir, j’appréhendais surtout de rencontrer des difficultés pour accéder au terrain. A Cracovie, il n’y a pas de centres de rétention ni de centres d’accueil pour les demandeurs d’asile. Il y a des communautés étrangères mais elles sont anciennes et implantées depuis longtemps et ne sont souvent pas directement concernées par de récents changements imposés par les politiques migratoires européennes, c’est-à-dire par des questions de frontières et de l’entrée de la Pologne dans l’espace Schengen. Comme je tenais à rencontrer des personnes pour réaliser des entretiens, je me suis déplacée dans plusieurs autres endroits : à Varsovie, à Lomza (Nord-Est de la Pologne) et dans quelques villes frontalières. Cela m’a permis de voir les conditions de vie et de mieux comprendre comment les gens s’organisent dans leur quotidien. Comme l’enquête s’est construite de manière progressive, il y a beaucoup d’objectifs qui ont changé. Par exemple, j’ai intégré des questions que je ne pensais pas aborder : comme les discriminations, les commerces frontaliers, les problèmes liés à l’intégration des nouveaux arrivants. La mission m’a aussi permis de répondre à plusieurs questions que je m’étais posées avant de partir. Par exemple, j’ai pu clarifier les questions liées aux refoulements intra européens, à l’intérieur de l’espace Schengen. C’est un aspect que j’ai pu vraiment mieux comprendre à travers des témoignages recueillis sur le terrain. Quelles formes prennent les mobilisations en faveur des droits des étrangers en Pologne ? En général, il n’y a pas de mouvements sociaux en faveur des droits des étrangers en Pologne. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien. Plusieurs organisations et associations sont présentes sur le terrain. Il y a beaucoup d’initiatives individuelles et d’efforts collectifs. Par exemple dans les écoles. Il existe des formes d’actions qui visent à instaurer un dialogue interculturel avec les communautés des immigrés installées en Pologne depuis peu de temps. Cet aspect était totalement absent il y a quelques années. La question des migrations n’est pas encore connue par le grand public notamment parce qu’elle n’est pas très médiatisée. Ces questions font l’objet d’attention ponctuelle. Les mobilisations sont parfois effectuées par les migrants qui veulent revendiquer leurs droits fondamentaux, comme cela a été le cas des demandeurs d’asile qui ont pris un train en décembre 2009 pour se rendre devant la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Le train a été détourné à la frontière de l’Allemagne par les gardes frontières polonais. Cet évènement a été largement médiatisé et a un impact sur la conscience publique du sujet. Qu’est ce que t’as apporté cette expérience ? Cette mission m’a permis de redécouvrir plusieurs aspects de mon pays. J’ai par exemple redécouvert certains aspects de la vie sociale et j’ai pu constater des évolutions politiques et migratoires. La situation était vraiment différente avant mon départ en France il y a 8 ans. La Pologne n’était pas dans l’espace Schengen. Depuis, le nombre de demandeurs d’asile a fortement augmenté, de même que le nombre des migrants transitant vers les pays de l’Ouest. Cette expérience m’a donné l’opportunité d’être au cœur du sujet et m’a permis de constituer une base de connaissances solides pour l’avenir car j’ai envie de continuer à approfondir ces questions. |
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