![]() |
|
Entretien de Lola à son retour de mission Lola est partie en Turquie au sein de l’association RASP, Refugee Advocacy and Support Program, pour travailler sur la frontière gréco-turque. De retour en France, elle nous fait part de son expérience.
Lola, qu’est-ce que tu as le plus apprécié durant ta mission ? J’ai rencontré plusieurs acteurs qui se mobilisent sur la question des migrations et des droits des migrants en Turquie. Ces différentes rencontres m’ont permis de voir que la dynamique dans laquelle ils s’inscrivent est en plein mouvement et qu’elle est propice à l’émergence de nouveaux acteurs à l’image du Migrant Solidarity Network . C’est un groupe d’activistes qui s’est créé récemment et qui a lancé une campagne contre les centres de détention en Turquie. Parmi les autres acteurs rencontrés, il y a bien sûr RASP qui apporte une aide juridique aux demandeurs d’asile à Istanbul, mais aussi Multici Der à Izmir qui apporte une aide sociale et juridique aux migrants. Lors de ma mission en Grèce avec Régina (volontaire en Grèce), j’ai rencontré des associations, des groupes d’avocats et des militants qui travaillent sur ces questions. Y-a-t-il un événement de ta mission dont tu aimerais parler ? Oui, les activistes du Migrant Solidarity Network ont organisé une manifestation devant le centre de détention de Kumkapi à Istanbul le 14 mars 2010 dans le cadre de la campagne « Not criminal but migrants ». Nous étions un petit groupe à lancer des slogans que les migrants aux fenêtres du centre reprenaient. Nous avions également des pancartes avec le slogan « vous n’êtes pas seuls » traduit en plusieurs langues. Une synergie s’est produite à ce moment-là. C’était une action concrète en direction des migrants en détention en Turquie. C’était un moment important. J’aimerais également évoquer un événement plus personnel. J’ai réussi à obtenir une autorisation du Ministère de l’intérieur pour aller dans le centre de détention de Kirklareli proche de la frontière avec la Bulgarie. C’est un des centres de détention le plus important dans la région. Normalement personne n’a le droit d’entrer dans les centres de détention, c’est donc une grande victoire. Je n’ai malheureusement pas pu visiter les lieux mais je suis restée dans le poste de police accoler au centre. Je me suis entretenue avec le Directeur du centre, le responsable de la sécurité et une dizaine de migrants détenus. En Turquie, il n’existe pas de durée légale de détention. Un des migrants était détenu depuis deux ans et des familles depuis plusieurs mois. Tous ont évoqué les conditions insalubres dans lesquelles ils sont détenus. Quelle est l’image qui t’as le plus marquée ? En allant à la frontière gréco-turque avec Régina, nous avons vu à quel point la frontière est militarisée du côté grec. Des mines anti-personnelles subsistent de part et d’autre de la route, dans chaque petit village, on trouve des lieux de détention (poste frontalier, gendarmerie ou centre de détention en tant que tel). C’est une des plus importantes portes d’entrée vers l’Europe et nous avons vu un exemple de sécurisation extrême de la frontière. Cette mission a-t-elle répondu à tes attentes ? Oui, elle m’a permis de mieux connaître la situation et les acteurs en Turquie, les mécanismes de contrôle à la frontière gréco-turque ainsi que les différentes voies de passage. Et maintenant ? Comment envisages-tu la suite ? Je vais repartir en Turquie pour préparer une rencontre organisée par Migreurop à Istanbul qui aura lieu fin mai. Ce sera l’occasion de mobiliser les différents acteurs sur l’enfermement et les accords de réadmission. J’espère que cette rencontre permettra d’amorcer une dynamique régionale sur ces questions. |
|
||||||||
|
|||||||||