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Entretien avec Violaine de retour de Roumanie Violaine revient de Roumanie où elle a passé 4 mois. Elle a rejoint l’équipe de l’association Jesuit Refugee Service (JRS) qui tient un centre d’hébergement pour migrants à Bucarest.
Comment est traitée la question de la migration en Roumanie ? Elle ne constitue pas une priorité et de fait est peu présente, que ce soit dans les discours politiques ou dans les médias. La société civile roumaine s’intéresse peu à la question et les rares mobilisations ont lieu généralement à l’initiative des migrants. Quant aux associations, celles qui s’intéressent à cette question font principalement un travail institutionnel doublé d’un suivi personnalisé des migrants (conseil juridique, insertion économique et sociale, cours de roumain). Qui sont ces migrants et comment s’est passée ta rencontre avec eux ? Les migrants en Roumanie sont principalement d’origine moldave, turque et chinoise. Pour ma part, je suis plutôt allée à la rencontre de personnes très minoritaires dans le pays, des hommes principalement, d’origines très diverses : Afghanistan, Pakistan, Zimbabwe, Vietnam, Bangladesh, Sri-Lanka… J’ai pris le temps de parler avec eux, de leur expliquer pourquoi j’étais ici. C’est grâce à des rencontres suivies et régulières qu’une relation de confiance s’est instaurée petit à petit entre nous. Pour certains, je les ai vus tous les jours pendant mon séjour et le dimanche j’allais parfois boire le thé avec eux au centre de JRS. Nous avons eu de vrais moments de partage ce qui leur a permis de libérer leur parole. Ma démarche d’aller vers eux, de leur demander de témoigner sans leur apporter d’aide était tout à fait nouvelle, pour eux comme pour moi ! Ils ont des tas de choses à dire mais pas forcément de relais. En Roumanie, personne ne s’intéresse à leur parole, les seuls à leur poser des questions sont les policiers. Les associations aident plus qu’elles ne créent vraiment du lien avec eux. Ils ne se sentent pas écoutés et pas compris. J’ai rencontré des personnes vraiment sympas et nous avons partagé de bons moments. J’ai aimé les écouter, c’était parfois dur, parfois drôle car leur situation est vraiment surprenante. Qu’est-ce qui t’as le plus surprise ? Parmi les gens que j’ai rencontrés, la plupart ne souhaitent pas rester ici ; ils sont passés par la Roumanie car c’est un pays de transit sur la route vers l’Europe de l’Ouest. Aujourd’hui, ils se retrouvent coincés ici, car depuis son entrée dans l’Union européenne, la Roumanie est devenue un espace de blocage. Ils se sentent enfermés dans un pays « pauvre », « loin de tout » et contraints d’y rester. Ils survivent avec des statuts très précaires et risquent la réadmission en Roumanie lorsqu’ils tentent ou parviennent à « passer à l’Ouest ». Il faut plus que jamais exiger une liberté de circulation et d’installation dans le pays de son choix pour les migrants. La situation est très dure pour eux, mais certains ne perdent pas espoir et me disaient d’ailleurs en plaisantant à moitié que j’aurais plus de chance de les revoir en Italie qu’en Roumanie ! Comment ça ? Je pars m’installer en Italie dans quelques semaines. Je souhaite poursuivre mon travail avec les migrants, mais dans un autre pays européen. Lors de ma mission j’ai pu échanger avec des volontaires qui étaient parties sur des thématiques similaires en Pologne ou en Grèce. Bien qu’il y ait des directives européennes communes pour l’ensemble des pays de l’Union européenne, il y a bien 27 droits européens en matière de politique migratoire. Observer et comprendre ces dynamiques dans plusieurs pays, c’est aussi trouver des marges d’action pour une riposte associative commune. |
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