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Niger / Droits des étrangers /

Elodie : avec les pieds à Paris et la tête au Niger
18 avril 2010 par Arvid

Elodie est à Paris, à mi-parcours de sa mission d’un an au Niger. L’hiver a été intense avec son travail sur le droits des migrants et un coup d’état. Elle attend son retour avec plaisir car elle sait qu’elle a encore des mois très intéressants devant elle.

Elodie, tu es la seule parmi les volontaires qui a vécu un coup d’état en direct cet hiver. Quelles sont tes impressions de ce qui s’est passé 18 février à Niamey ?

Depuis mon arrivée, il y avait déjà des tensions politiques extrêmes. Il n’a pas été difficile de travailler ou de vivre comme d’habitude, toutefois la situation était particulière. Le contexte était celui d’une crise institutionnelle et on s’attendait à un coup d’état, ce n’était qu’une question de temps. Au Niger, l’armée a déjà joué, à plusieurs reprises, le rôle d’arbitre dans des situations de blocage politique. La population s’attendait donc à ce typer d’intervention et c’est finalement le 18 février que ça s’est passé.

Qu’est-ce qu’on attend de l’armée ? Comment le média Alternatives où tu travailles a-t-il réagi par exemple ?

On attend de voir ce que l’armée va faire pour changer les choses dans le pays. Pour l’instant, les réactions populaires sont plutôt positive, tandis que la presse reste attentive aux évolutions au jour le jour. Une vague d’arrestation a récemment eu lieu, car de nombreuses personnalités politiques et des hommes d’affaires proches de l’ancien régime sont impliqués dans des détournements de fonds. Pour autant, cela ne dédouane pas totalement l’armée, très corrompue elle aussi. La société civile attend des résultats concrets, des changements significatifs et des garanties prouvant que le pays est en train de revenir à la démocratie. A Alternative, on reste sceptique et on attend de pouvoir mieux cerner les intentions d’armée. Il est important que le coup d’état ne devienne pas une opération de promotion pour les militaires.

Ta mission, comment elle va continuer ?

Pendant les premiers mois, j’ai pris le temps de comprendre les réalités migratoires du Niger et la situation des étrangers dans le pays. Avec les informations, les témoignages et le travail de terrain, les choses sont plus claires et je peux continuer à mettre en place des activités plus précises. Je continue de travailler avec les journalistes de la radio Alternative et également avec ceux du journal. On organise aussi des projections débats hebdomadaires sur le thème des migrations. En 2010, nous avons le projet d’organiser un forum sur les questions migratoires, la souveraineté alimentaire et les enjeux environnementaux. Mais il faut que la situation politique du pays le permette. Une autre mission de terrain est prévue dans le nord en mai-juin, dans les zones de blocage où se retrouvent les migrants, notamment ceux qui ont été refoulés de Libye ou d’Algérie. Il est important de se rendre dans ces zones, très isolées du reste du pays, car la situation y est catastrophique mais reste inconnue de l’opinion publique. Je continue à apprendre à parler le Haoussa et j’espère pouvoir me perfectionner davantage.

J’imagine que tu feras la fête le 3 août, quand Niger célébra ses 50 ans comme indépendant de la France…

Non, je ne pense pas ! On ne va pas célébrer l’indépendance à Alternative car la notion même d’indépendance pose problème. D’abord, pendant la colonisation, le Niger a été sous-investi, la France n’a pas développé les secteurs essentiels de l’éducation ou de la santé. Il s’agissait d’un territoire intéressant sur le plan géopolitique uniquement, jusqu’à ce qu’on y trouve des gisements d’uranium… Or aujourd’hui, le Niger est toujours très dépendant de la France et reste très lié aux. Avant et après l’indépendance, les choses sont restées sensiblement les mêmes. C’est une rupture dans la forme mais pas dans le fond.




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