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Turquie / Droits des étrangers /

Basmane, zone de transit et camp informel pour les migrants en Turquie
9 mars 2010 par Lola

Fin février, je me suis rendue à Izmir. Situé sur le bord de la mer Egée qui sépare la Turquie des nombreuses îles grecques, Izmir a un statut bien particulier : c’est à la fois une zone de transit pour les migrants qui tentent la traversée pour la Grèce et un camp informel pour les migrants qui n’ont pas d’argent pour atteindre l’Europe.

Le quartier des migrants à Izmir est le quartier de Basmane. Ce quartier est situé au centre de la ville, proche de la gare ferroviaire de Basmane. Il est très délimité géographiquement, un carré séparé par des grosses artères de communication. Dans le quartier, on remarque tout de suite la présence de nombreux hôtels et chaque magasin vend des gilets de sauvetages…

Basmane, zone de transit

La plupart des migrants présents à Basmane ne sont là que pour un court moment. C’est l’ultime étape avant d’entreprendre la traversée vers la Grèce. Certains ont tout prévu depuis leur pays d’origine, d’autres depuis Istanbul. Les passeurs ont organisé le trajet jusqu’à Izmir, l’hôtel dans Basmane et le moyen de transport jusqu’au village turc près de la côte. Embarquant dans un petit bateau, commence alors le trajet périlleux jusqu’aux îles grecques. Izmir n’est alors qu’une étape dans leur voyage où ils ne restent que très peu de temps.

La traversée vers les îles grecques dure une heure. Ils sont environ douze personnes par bateaux. Les moteurs sont souvent dans un mauvais état, et les conditions climatiques peuvent être fatales pour eux. La mer Egée devient alors, au fil des années un véritable cimetière à ciel ouvert. Les migrants qui entreprennent ce périple sont conscients des risques : soient ils parviennent à rejoindre la Grèce, soient ils meurent en mer. « C’est Dieu qui décide » comme ils me l’ont dit.

Basmane, camp informel

Pour d’autres migrants, Basmane peut devenir un camp. Ils attendent ici dans l’espoir de parvenir à rassembler assez d’argent pour payer la traversée. Or, à Izmir, il n’y a pas de travail pour eux. Peu d’associations sont présentes pour les aider. L’association Multeci Der créée en 2007 est une des rares à être présente à Izmir. Elle vient en aide aux demandeurs d’asile et migrants en mettant en place une aide juridique pour les demandeurs d’asile et les migrants en détention et aussi un volet social notamment sur les questions de santé. Les migrants bloqués cherchent des moyens de subsistances en attendant d’atteindre l’Europe. La Turquie n’est pas ou plus une option pour eux. Certains ont tenté leur chance en déposant une demande d’asile auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et après des années d’attente ont reçu une réponse négative. D’autres ne souhaitent pas tenter leur chance dans les démarches d’asile qui se révèlent être longues. Ils restent donc dans ce quartier où chacun se connaît mais pourtant, il n’y a pas vraiment de lien de solidarité entre eux. Ils sont livrés à eux-mêmes.

Basmane est un carrefour entre les migrants de passages et les migrants bloqués aux portes de l’Europe. Cette situation résulte des politiques menées du côté européen comme du côté turc. Aucun des deux ne souhaite être responsable des migrants, créant ainsi, et de manière informelle, une zone de non droit pour ces derniers.




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