Document sans titre
bando
>>> PROMOTION 10


 Agriculture paysanne et
travailleurs migrants
saisonniers

 Droit à la ville
 Droits des étrangers
 Mobilisations citoyennes




 Arvid
 Diane
 Elodie
 Justine
 Laura
 Laure
 Lola
 Lucie
 Marie
 MarieM
 Marion
 Paulina
 Regina
 Ronack
 Violaine


Niger / Droits des étrangers /

Les dérives sécuritaires des politiques migratoires au Niger (deuxième partie)
25 février 2010 par Elodie

Parmi les différents acteurs travaillant sur les problématiques migratoires au Niger, il y a également des structures indépendantes, semi indépendantes et des ONG. Mais elles participent quasiment toute à la diffusion d’un discours construit par l’Europe dans le but de faire barrage aux migrations africaines.

En juin 2006, l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) a ouvert un bureau à Niamey dans le but de mettre en œuvre ses programmes et de « veiller à la bonne gestion des flux migratoires pour le développement socio-économique du pays » , en collaboration avec le gouvernement nigérien. L’OIM affiche le principe selon lequel « les migrations s’effectuant en bon ordre et dans le respect de la dignité humaine sont bénéfiques pour les migrants et la société » , mais dans les faits, les conceptions de l’OIM sont en totale adéquation avec la politique de l’Union Européenne qui tente par tous les moyens d’empêcher les migrants ouest africains d’arriver jusqu’à elle.

L’OIM au Niger : assistance aux migrants ou cheval de Troie de l’Europe ?

L’OIM a développé un programme spécifique au Niger, principalement ciblé sur l’aide au retour volontaire. Les formes que prend cette aide peuvent être diverses. Elle recouvre notamment l’ « accueil » des migrants refoulés de Libye dans le centre que l’OIM vient d’achever de construire à Dirkou. Ce centre d’accueil, fonctionnel depuis un mois, reçoit systématiquement les convois de migrants expulsés, qui transitent par là avant d’être réacheminés vers Agadez. Il n’y a donc, jusque là, pas grand-chose de volontaire dans cette procédure. Ensuite, l’OIM peut prendre en charge le transport jusqu’à la destination d’origine mais les démarches sont longues, fastidieuses et les candidats au retour qui parviennent à obtenir cette aide sont peu nombreux.

Les activités de l’OIM au Niger n’ont cependant pas toutes le caractère « humanitaire » de l’aide au retour volontaire. Les projets se déclinent principalement autour de l’aspect sécurisation des frontières / contrôle des migrants. Financé par le gouvernement italien, le programme Across Sahara, par exemple, a pour but de renforcer les capacités de la police nigérienne et de la police libyenne pour mieux gérer et endiguer le flux migratoire sur la zone frontière entre les deux pays. Dans le cadre de ce programme, les policiers nigériens sont envoyés à Tripoli pour des formations de quelques jours, quelques semaines tout au plus. La police nigérienne reçoit également une assistance technique en matière de détection de la fraude documentaire. Ces projets sont menés conjointement et si l’OIM en fait partie, les gouvernements nigérien, libyen, italien ou français y sont toujours étroitement associés. Ces programmes se recoupent d’ailleurs, notamment avec le projet AENEAS, financé par l’Union européenne (voir la première partie de cet article) et mis en œuvre par l’Ambassade de France au Niger, qui finance une campagne de sensibilisation sur la migration clandestine en collaboration avec l’OIM ainsi qu’avec des juristes et des policiers nigériens. Cette campagne a donné lieu à la production d’un fascicule de 10 pages intitulé « Mémento des droits et devoirs des migrants et traitement applicable aux trafiquants », destiné au personnel de police et de douane. Mais dans ce texte, l’accent est mis sur la nécessité d’un contrôle accru et rien n’est dit, par exemple, sur la libre circulation des personnes dans l’espace CEDEAO, dont le Niger fait pourtant partie depuis sa création, en 1975.

Des ONG téléguidées

Tout aussi insidieux est le discours de certaines ONG nigériennes qui diffusent un message exclusivement négatif à propos des migrations. Cette démarche, qui consiste à communiquer sur les dangers du parcours, sur la nécessité de rester chez soi, sans aborder les raisons conjoncturelles qui poussent les Africains sur les routes de l’exil, ni la responsabilité des pouvoirs publics dans le sort des migrants, n’est pas une démarche qui émane d’un sentiment partagé par la population et c’est un discours qui n’a d’ailleurs pas de sens dans le contexte ouest africain actuel. D’une part, le Niger, de par sa position géostratégique, a toujours été un carrefour, une zone de passage. D’autre part, la très grande majorité des migrations au Niger sont des mouvements internes à l’Afrique. En effet, les flux de personnes, Nigériens ou autres ressortissants africains, sont globalement orientés vers les pays voisins, tels que la Libye, l’Algérie, le Ghana ou le Nigeria. Pourquoi, alors, ne communiquer que sur les migrations à destination de l’Europe, en développant uniquement les aspects dramatiques - et toutefois bien réels - de la traversée du désert et des mauvais traitements infligés par les forces de police sur le trajet ? Parce que l’Europe souhaite que ce discours se diffuse et qu’elle met des moyens en œuvre pour cela. Les campagnes de sensibilisation au Niger sont exclusivement destinées à décourager les candidats à l’émigration et ne traitent jamais des problèmes liés au non-respect des droits humains. Or, ce sont toujours des programmes financés de l’extérieur, par l’Union Européenne ou bien par un des pays membres.

Le discours développé par les ONG locales est basé sur une perception erronée du phénomène migratoire : il donne l’impression d’un mouvement massif, allant uniquement de l’Afrique vers l’Europe et entretient la crainte d’un phénomène incontrôlable et dangereux. C’est ainsi qu’est relayé un discours faux, construit par l’Europe pour l’Afrique qui l’a elle-même intégré et qui le diffuse alors qu’il n’a aucun fondement. Aujourd’hui, c’est simplement un sujet qui « paye » ; un thème porteur, qui draine les subventions et dont il est devenu judicieux de se saisir.




  Chypre
  Danemark
  Grèce
  Italie
  Maroc
  Niger
  Palestine
  Pologne
  Quebec
  Roumanie
  Suède
  Turquie