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Quebec / Droit à la ville /

Une journée du FRAPRU pour le droit au logement, du Québec au Mali…
16 février 2010 par Lucie

Vendredi 4 décembre 2009, à Ottawa, le FRAPRU (FRont d’Action Populaire en Réaménagement Urbain) organisait une manifestation pour la défense du logement social au Québec et dans tout le Canada. Cette action était organisée en écho à une rencontre entre les différents ministres de l’habitation de toutes les provinces canadiennes et la ministre responsable au niveau de l’Etat fédéral. Une telle réunion n’avait pas eu lieu depuis 2006 et l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

4 bus « nolisés » par le FRAPRU jusqu’à Gâtineau

Cette manifestation a été décidée après consultation des membres du FRAPRU par mail, chose exceptionnelle, due à des délais d’organisation pour remplacer une mobilisation de masse prévue la journée d’après, en vue des circonstances. Les manifestants, plus de 250, avaient été mobilisés par les différents comités-logement membres du FRAPRU de la région de Montréal, de Gâtineau et de Sherbrooke, d’où des autobus partaient. Les groupes de participants étaient majoritairement constitués de requérants en logement social, de militants bénévoles dans ces comités et de travailleurs communautaires, chacun représentant entre 10 et 30 personnes. La mobilisation a cependant été plus faible que prévue, plus de 400 personnes étaient attendues. Un beau panel de la population québécoise était représenté, des familles aux retraités, en passant par des québécois et des immigrés. Aux couleurs du FRAPRU et des différents comités (bonnets, pancartes ou encore chasubles), le cortège a défilé une petite heure en passant notamment devant des coopératives menacées par la fin des subventions fédérales pour arriver devant l’hôtel où se déroulait la rencontre des ministres. Sur des airs de country revisités ou sur des slogans rythmés distribués à la foule, tous ont réclamé le maintien d’investissements à l’échelle fédérale dans le logement social. Une fois arrivés devant l’hôtel de la réunion, les manifestants ont continué à faire du bruit. François Saillant, le coordonnateur du Frapru a pris le micro pour rappeler le contexte de la manifestation, la crise du logement qui sévit au Canada et le manque d’engagements des politiques. Le FRAPRU avait invité des hommes politiques de l’opposition pour témoigner de leur engagement dans le logement. Quelques sifflets ont retenti dans la foule pendant les interventions des représentants du parti libéral et du Bloc Québécois. Surpris par la tribune offerte à des politiciens aux positions très éloignées de celles du Frapru, notamment critiqués sur leurs politiques de logement mises en place lors de leurs précédents mandats, les manifestants ont dans l’ensemble exprimé leur scepticisme vis-à-vis de ces interventions, le Frapru se défendant de leur avoir donné la parole afin d’obtenir des preuves de leurs engagements futurs. Le dernier intervenant a été Michael Shapcott, représentant d’un réseau basé à Toronto, militant pour un plan national concernant le logement et la défense des sans-abris. Du côté de l’hôtel, rien n’a bougé, aucun signal des ministres montrant qu’ils nous avaient aperçus et surtout entendus. Les ministres n’ont pris aucun nouvel engagement dans leur communiqué de presse suite à la conférence.

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Slogans

Une mobilisation québécoise, porte-parole du Canada ?

A parler du Québec et du Canada, on ne sait plus lequel est juste parfois. Ici, les slogans scandés, en anglais et en français, étaient clairs : « Les logements sociaux du Canada, en prendre soin, c’est vot’mandat » et se prononçaient en faveur d’un Canada unifié autour de la question du respect des droits des populations les plus démunies à accéder à un logement. La distance, comme obstacle des déplacements de groupes d’autres provinces, est un des arguments pour leur non-représentation. L’absence de groupes de l’Ontario, province limitrophe (Gâtineau étant la ville jumelle à Ottawa, située de l’autre côté de la rivière Outaouais) est dans ce cas-là à déplorer. Le Frapru n’a pas d’équivalent dans les autres provinces où les situations diffèrent bien du Québec au niveau du logement et méritent de leur consacrer un article prochainement. Dans nombre d’entre elles, la gestion du budget du logement social a, par exemple, été décentralisée aux communes, contrairement au Québec où la marge de manœuvre des offices municipaux est grande mais est limitée par les comptes qu’ils doivent rendre à la Société d’Habitation du Québec (SHQ). Dans les autres provinces, nombre de logements sociaux ont été privatisés au profit du développement économique des villes et aux dépends des ménages touchés par les crises du logement. Les groupes militant pour le droit au logement des autres provinces sont principalement des organisations de soutien aux sans-abris, des initiatives de mobilisation à un niveau plus local voire ponctuel, ou encore des organisations de lobbying. Ceux-ci sont difficiles à rassembler pour des actions de lutte sur un plus long terme et une plus grande échelle. La particularité québécoise de la réussite du maintien d’un certain niveau de logement social est due en grande partie aux constantes mobilisations opérées par sa population ; plus habituée à lutter pour défendre ses intérêts ?

Succès de la solidarité internationale entre défenseurs du droit au logement

L’après-midi, l’ensemble des manifestants s’est rassemblé devant l’ambassade du Mali en hommage au militant malien Issou Diara, membre de l’Union des associations et des coordinations d’associations pour la défense et le droit des démunis (UACADDDD), qui fait partie du réseau No-Vox et dont le FRAPRU est également membre. Cet homme a été assassiné lors d’une réunion d’habitants de quartier, dans lequel il s’investissait pour lutter contre des expropriations impulsées par des promoteurs immobiliers, soutenus par les autorités municipales de Bamako. Après un rappel de François Saillant concernant le contexte de ce meurtre et le témoignage d’une solidarité envers un militant tué pour des revendications similaires aux manifestants, une minute de silence a été respectée à l’unanimité. Nous sommes alors allés déposer des roses sur une photo d’Issou Diara devant la porte de l’ambassade afin de lui rendre hommage. Cette action a eu des retours positifs dans la plupart des comités logement. La lutte pour le droit au logement n’a pas de frontière. Les participants, pas forcément impliqués par ailleurs dans des actions de solidarité internationale, se sont montrés particulièrement touchés et concernés par le meurtre d’un militant pour le droit au logement, leur revendication. Des discussions au sein des groupes ont été enclenchées sur les différentes mobilisations pour le droit au logement. Les liens ont été renforcés entre les différentes communautés présentes et touchées par la crise du logement au Québec, notamment les manifestants d’origine africaine.

Sources : www.frapru.qc.ca


L'hôtel de la rencontre



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