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Maroc / Droits des étrangers /

Itinéraire d’un marocain de retour au pays
15 février 2010 par Laure

Depuis mon arrivée au Maroc, ma mission m’offre l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec des marocains d’horizons et de parcours très différents. Bachir est l’un d’entre eux. Après avoir vécu sept ans en France, il a été arrêté et renvoyé au Maroc. Au cours de notre rencontre, il m’a livré son témoignage.

Originaire d’un petit village de la région de Tata, Bachir quitte le Maroc en septembre 2000. Il est au chômage et veut tenter sa chance ailleurs. Il arrive en France avec un visa touristique, et s’installe dans la région parisienne avec des étudiants marocains. Sept mois après son arrivée, il trouve du travail dans une usine de recyclage. Dans un hangar, ils sont tous clandestins, et trient le carton, le papier et le plastique. Il passera sept ans en France. « Souvent au travail, quand on discutait entre nous, certains disaient : Pourquoi ne pas prendre mon sac et rentrer dans mon pays ? La situation était difficile et pesante. Finalement personne ne l’a jamais fait. »

C’est le 5 décembre 2007 à 17h, qu’il est arrêté dans le 19ème arrondissement de Paris alors qu’il se rend à une réunion de l’association des marocains de France. Il y travaille bénévolement depuis plusieurs années, avec des préretraités marocains. Il se dirige vers le local de l’association quand deux policiers en civil sortent leurs brassards de police et lui demandent ses papiers. Il n’en a pas. Les deux agents « de la paix » le menottent et le font monter dans une fourgonnette où se trouvent déjà une dizaine d’autres clandestins arrêtés. « On savait que le ministère avait annoncé des chiffres : 25000 expulsions avant la fin de l’année. J’avais des amis qui avaient déjà été arrêtés. On était en décembre et à cette époque là, « ils » étaient partout. On assistait à de vraies rafles et « ils » savaient où trouver les clandestins. »

« On m’a amené au commissariat central, à Châtelet, car celui du 19ème était déjà plein. » Après une nuit et une journée en garde à vue, il est transféré au centre de rétention de Vincennes où il passera 25 jours. « On regardait la télévision 24h sur 24 pour essayer de tuer le temps. Chaque soir, on venait afficher sur le mur une liste de noms : les « étrangers » qui prendraient l’avion le lendemain pour être renvoyés dans leur pays. »

Après trois passages au tribunal et un recours effectué avec l’aide de bénévoles de la Cimade, son nom apparaît finalement sur la liste. On le réveille à 5h du matin pour l’emmener à l’aéroport où il est placé en cellule dans les locaux de la police aux frontières. L’avion décollera à 14h. « On était deux marocains à être expulsés. Ils ont attendu le décollage de l’avion pour nous enlever les menottes. » Entouré par deux policiers pendant le vol, il arrive à Casablanca. A son arrivée, la police marocaine l’interroge puis le relâche très vite.

« Enfin, j’ai pris le bus pour Tiznit, pour rentrer dans ma famille. » Pendant deux mois, il essaye de sortir petit à petit de la maison. Comment se réadapter dans un pays que l’on n’a pas vu depuis des années ? Il faut affronter le regard des gens. « Je savais que les gens ici voient ça d’un mauvais œil. Pour eux, si tu as été expulsé c’est que tu as échoué. Et puis il faut se réhabituer à la vie ici. » Deux mois après son retour, il est contacté par des amis de l’association de son village d’origine. Ils sont alors en train de monter un projet et ils cherchent quelqu’un qui a de l’expérience associative pour travailler sur ce projet. Il est aujourd’hui animateur dans cette association et s’est engagé dans une formation d’un an à l’Institut de formation des agents de développement. « C’est grâce au travail associatif que j’ai pu oublier tout ça, reprendre le cours de ma vie, et me marier. »




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