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Niger / Droits des étrangers /

De Banjul à Niamey : parcours de migrants, parcours de combattants.
1er février 2010 par Elodie

Lorsqu’ils arrivent au siège d’Alternative un matin de janvier, John et Tomas ont l’air perdus et dépités. Ils cherchent quelqu’un qui parle anglais et lorsque nous venons vers eux, ils nous racontent brièvement leur histoire. Ils sont gambiens, ils ont quitté leur pays depuis trois ans, sont arrivés au Niger par l’Algérie et tentent maintenant de rejoindre Banjul, capitale de la Gambie. Ils sont venus jusqu’à nous sans que l’on sache véritablement ce qui les a guidé, et nous exposent leur situation sans réellement savoir ce qu’ils peuvent obtenir de nous ; des informations, de l’aide ou simplement une oreille attentive. Leur principal problème, ce qui les empêche de poursuivre leur route - mis à part le fait qu’ils n’aient plus d’argent - c’est que leurs papiers d’identité, leurs passeports CEDEAO en l’occurrence, on été détruits par la police algérienne. Ils ont passé la frontière Algérie-Niger en fraude mais doivent, pour pouvoir atteindre la Gambie, passer le Mali et le Sénégal, ce qui paraît difficile sans documents de voyage. A près quelques minutes de discussion, ils repartent en promettant de repasser dans la soirée, espérant que nous auront pu trouver, entre-temps, des réponses à leurs questions. Effectivement, dans l’après midi, nous réussissons à contacter plusieurs personnes susceptibles de les aider. Lorsqu’ils reviennent le soir, ils sont soulagés d’entendre des nouvelles plutôt encourageantes. Nous sommes samedi et il va falloir attendre lundi, mais il y a des chances d’obtenir des laissez-passer ainsi qu’un transport pour le Mali. Ils se détendent un peu et racontent un peu plus en détail leur parcours :

Après avoir quitté la Gambie, ils ont d’abord passé presque deux ans au Maroc. Ils ont tenté, à cinq reprises, de traverser la Méditerranée pour atteindre les côtes espagnoles. Embarqués sur des bateaux de pêcheurs, on leur a fait payer le prix de la traversée jusqu’en l’Europe mais à l’approche des plages, on leur a dit que les derniers kilomètres se feraient à la nage. Même ceux qui ne savent pas nager… Mais ils n’ont, de toute façon, jamais pu atteindre la côte : les bateaux de l’agence Frontex, qui patrouillent en mer afin d’empêcher les migrants de débarquer, les ont toujours intercepté avant la fin du voyage. Renvoyés vers le Maroc, ils ont ensuite été refoulés en territoire algérien. La police en Algérie leur a confisqué leurs passeports et lorsqu’ils ont voulu les récupérer, elle les a déchiré sous leurs yeux. Des passeports CEDEAO - qui permettent à tous les ressortissants des pays membres de circuler et de s’installer librement dans toute l’Afrique de l’Ouest - découpés en petits morceaux ; soit l’impossibilité de poursuivre le voyage dans la légalité. Au Sud de l’Algérie, deux possibilités s’offraient à eux : prendre les routes du nord Mali et rejoindre Bamako ou bien traverser le Niger pour atteindre Niamey. Sur le chemin pour Banjul, le Niger représente un détour alors que le passage par le Mali est un impératif. Pourtant, à Tamanrasset, de nombreuses personnes, notamment d’autres migrants ayant déjà fait le trajet, leur ont fortement déconseillé de passer par le nord Mali. La ville frontière de Tinzaouatène a en effet mauvaise réputation, et pour cause : ce sont des centaines de migrants refoulés qui sont bloqués là bas, démunis, parfois malades et très souvent dans l’impossibilité de continuer, faute de moyens. La Croix Rouge Internationale intervient à Tinzaouatène, permettant le ré-acheminement sur Bamako des personnes les plus vulnérables comme les enfants. Mais les conditions de vie sur place, même lors d’un court séjour, restent extrêmement mauvaises. Ils ont donc opté pour le trajet vers Niamey, via Arlit et Agadez. Cependant, si l’hospitalité est une des nombreuses richesses du Niger, elle ne semble pas s’exercer de la même manière pour tout le monde. Les « porteurs de tenue » nigériens n’hésite pas à pratiquer, sur les migrants africains qui traversent le territoire, un racket systématique et injuste. Entre Arlit et Agadez, John et Tomas ont été obligés de donner, dans chaque poste de contrôle, des sommes d’argent injustifiées, fixées au hasard, uniquement pour pouvoir passer. Sur la fin du trajet, après avoir tout donné, ils n’ont pas pu payer ce que les policiers continuaient à demander. Ces derniers ont donc pris leurs téléphones portables. Enfin arrivés à Niamey, il n’avaient donc plus, ni papiers, ni argent, ni moyens de communiquer. Ils ont passé presque une semaine en ville, à chercher un moyen de rentrer chez eux. Les premières nuits, ils les ont passé dans le parc d’agrément à la périphérie de la ville, puis un gérant de salon de coiffure à Wadata les a laissé de dormir dans sa boutique… moyennant 1000 francs par nuit et par personne.

Ils ont pu finalement quitter Niamey pour le Mali, avec des laissez-passer en bonne et due forme, soulagés de pouvoir enfin poursuivre leur route mais fatigués et écoeurés d’avoir vu et vécu tant d’injustices. Le traitement réservé aux migrants qui traversent le Niger est affligeant. Les pratiques en cours foulent du pied les droits élémentaires d’hommes et de femmes dont le seul tort est d’avoir voulu quitter leur pays pour un autre. Alors que la tradition d’accueil au Niger voudrait que l’on traite l’étranger comme un invité…




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