Voyage Enquête dans le Royans, Ferme du Jardin Voyageur

“Ceux qui traversent la mer connaissent la terre”. Ces quelques mots, formulés par Aminata Koita, illustrent bien le projet porté par A4, l’Association d’Accueil Agricole et Artisanale qui, depuis plus de quatre ans, œuvre pour la création d’un réseau d’accueil en agriculture, par et pour des personnes ayant vécu un parcours d’exil. 

La promesse du projet A4 est double : à la fois favoriser un accueil digne des personnes exilées dans les fermes du territoire et répondre, par la même occasion, aux difficultés du milieu paysan, dans une logique “d’égal à égal” (nom du film d’A4 présentant le projet). 

Pour étendre son réseau, l’association part à la rencontre des paysans et des paysannes dans le cadre de “Voyages Enquêtes”. Ces temps consistent à rendre visite aux fermes et autres structures d’un territoire pour créer des espaces de discussion entre personnes concernées et paysan·nes afin d’échanger sur les réalités et difficultés de chacun·es et d’identifier quelles solutions pourraient être mise en place afin de répondre conjointement à ces difficultés (formation, stage, contrat, etc.). 

C’est à l’issue d’un voyage enquête en 2023 en Drôme/Isère que le groupe local A4 Grenoble voit le jour. Aujourd’hui, l’antenne continue de multiplier les rencontres afin de resserrer le tissu d’accueil paysan sur le territoire. C’est dans ce contexte que l’association est partie à la rencontre de la ferme du Jardin voyageur, à Châtillon-Saint-Jean (26), en février dernier, à l’occasion d’un voyage enquête dans le Royans. 

Installé en Drôme depuis 2012, Johannes a développé une activité autour des semences, qu’il aborde de façon très politique. À travers son travail, il œuvre pour la préservation de variétés paysannes et contre les attaques perpétrées par les États impérialistes et l’agro-industrie contre la souveraineté alimentaire des populations (anciennement ou actuellement) colonisées. Il est, en ce sens, en lien avec le Réseau Semence Paysanne, des réseaux de semences décoloniales travaillant avec des paysan·nes en Palestine et avec la ferme-école Buzuruna Juzuruna (littéralement, « nos graines sont nos racines. ») au Liban. Au vu de la ligne politique qu’il défend, c’est tout naturellement qu’a germé en lui la question de l’accueil sur sa ferme.

“Revenir sur notre héritage colonial et sur comment l’utiliser pour faire avancer les choses”

Les échanges qui ont accompagné la visite des terres et installations de la ferme du Jardin voyageur furent en adéquation avec ce que projette A4 dans les rencontres de ses voyages enquêtes : temps d’inter-connaissance sur les pratiques autour des graines, discussions sur les techniques agronomiques et l’agriculture sur sol vivant, échanges sur l’utilisation des propriétés de variétés médicinales ici et ailleurs, mais aussi sur l’influence du colonialisme et du capitalisme sur le rapport à la terre avec comme exemple concret l’interdiction de l’Artemisia dans de nombreux pays d’Afrique sous pression de l’industrie pharmaceutique. Ces temps horizontaux mettent en lumière l’intérêt d’aborder l’accueil comme un moyen de partager et de développer des compétences agronomiques et pas seulement comme une démarche de solidarité descendante. 

Malgré tout, les discussions viennent aussi soulever les difficultés auxquelles fait face le milieu paysan, notamment d’ordre matériel, rendant la promesse d’un accueil digne souvent difficile à mettre en place d’un point de vue pratique (sur les questions de logement entre autres). Ce qui en ressort, c’est l’importance de la création d’une dynamique territoriale multi-acteur dans laquelle c’est l’union des personnes concernées, des habitant·es et des paysan·nes au local qui saura répondre à ces difficultés pratiques. Cela peut, par exemple, passer par la création de groupements d’employeurs ou bien la mutualisation de moyens pour l’accès à un hébergement, les options sont nombreuses et tout reste à construire. Ce qui est sûr, c’est que ce sont les initiatives locales qui sauront faire tache d’huile et répandre les dynamiques sur un territoire, pour une agriculture paysanne inséparable des enjeux de justice sociale. 

Crédits photos – Natacha & Noé

Le film « D’égal à égal », retraçant le premier voyage enquête d’A4 dans le Limousin est à retrouver via le lien suivant : https://www.a4asso.org/le-film-a4/

Article à retrouver sur le journal de la Confédération Paysanne de la Drôme, « La Mauvaise Herbe« .