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Italie / Droits des étrangers /

Media et migration en Italie : le désordre du discours
19 janvier 2011 par Filippo

Raconter aujourd’hui ce qui se passe en Italie par rapport aux contrôles migratoires, à la gestion des frontières, à l’arrestation et au refoulement des étranger en condition irrégulière, et en général témoigner de la situation générale par rapport à la question migratoire, passe aussi par le recensement constant et assidu des informations qui passent sur les media nationaux et locaux, qui montrent évidemment seulement la surface d’une réalité complexe et problématique. Et souvent ce qui émerge est racontée d’une manière si farfouillée, pas claire, ambigüe et même explicitement banalisée et « construite » que tout se perd dans un mélange approximatif de description des faits, de jugements et de préjugés, avec un vocabulaire qui fausse et confond la realité et montre parfois l’explicite volonté de relativiser le problème. Qu’est ce qui se passe vraiment ? comment le raconte-on ? On considère ici deux articles qui sont circulés sur la presse nationale en début d’année : le premier est une ANSA du 1er janvier qui décrit un débarquement sur les cotes de la Calabre ; le deuxième un article du 2 janvier qui décrit un essai d’évasion du CIE de Lamezia Terme, encore en Calabre. Les deux faits remontent à la nuit du 31 décembre. Buona fine buon principio, on dit pour les vœux de fin d’année en Italie. Bonne fin, bon commencement

Immigrati : sbarcati 25 clandestini in Calabria (ANSA) - CROTONE, 1 GEN - Venticinque immigrati africani e pachistani, 11 dei quali sono ragazzi tra i 14 ed i 17 anni, sono sbarcati la scorsa notte a San Leonardo di Cutro, nel Crotonese. I clandestini sono arrivati su un gommone che si e’ subito allontanato. Sono stati assistiti dagli investigatori e dai volontari dell’associazione Misericordia, che hanno distribuito coperte, vestiario e generi alimentari. Gli immigrati hanno detto di essere partiti venerdì dalla Grecia.

Immigrés : 25 clandestins débarqués en Calabre (ma traduction) Crotone – 25 immigres africains et pakistanais, dont 11 sont des mineurs entre 14 et 17 ans, sont débarqués la nuit dernière (31 décembre) à San Leonardo di Cutro, dans la province de Crotone. Les clandestins sont arrivés sur un zodiac qui s’est tout de suite éloigné. Ils ont été assistés par les enquêteurs et par les volontaires de l’association Misericordia, qui ont distribué des couvertures, des habits et de la nourriture. Les immigrés ont dit d’être partis vendredi dernier de la Grèce.

http://www.ansa.it/web/notizie/regioni/calabria/2011/01/01/visualizza_new.html_1644949908.html

Bloccata evasione dal CIE Lamezia Terme 2 gennaio 2011 - Approfittando dei festeggiamenti di fine anno gli ospiti del Cie, il Centro d’identificazione ed espulsione di Piano del Duca, hanno tentato di mettere a segno una fuga di massa o quanto meno di favorire qualcuno di essi. Ma il progetto è fallito grazie al tempestivo intervento delle forze di polizia che in pieno coordinamento sono entrate in azione ed hanno bloccato sul nascere il tentativo d’evasione degli extracomunitari in attesa d’essere espulsi dall’Italia. Il tentativo di fuga è partito allo scoccare della mezzanotte, quando un gruppo di circa 40 tunisini, marocchini, iracheni e palestinesi approfittando dei botti di capodanno in massa sono usciti dalle stanze raggiungendo il tetto dell’edificio ed inscenando una protesta attraverso il lancio d’oggetti con l’obiettivo di creare confusione per eludere la sorveglianza e mettere a segno una fuga di massa o favorire l’evasione di qualcuno. Ma il personale di vigilanza aveva predisposto servizi di prevenzione che si sono rivelati efficaci riuscendo a sedare la rivolta. A Pian del Duca sono immediatamente arrivati anche carabinieri e finanzieri che in perfetto coordinamento con le altre forze dell’ordine hanno predisposto all’esterno della struttura una cintura di sicurezza per evitare fughe, consentendo agli addetti alla sorveglianza di bloccare la protesta inscenata con lacrimogeni e idranti. L’operazione è continuata per circa due ore ma senza feriti. Durante la sommossa sono state danneggiate alcune strutture del Centro d’accoglienza. Quello di ieri è l’ottavo tentativo d’evasione che gli extracomunitari hanno messo segno. Cinque sono stati bloccati dall’intervento delle forze di polizia, tre sono finiti con la fuga degli extracomunitari. 13 complessivamente gli immigrati scappati, ma 3 di loro sono stati rintracciati.

Bloquée une évasion du CIE (ma traduction) Lamezia Terme 2 janvier 2011 – En profitant des fêtes pour la fin d’année les hôtes du CIE, le centre de identification et expulsion de Piano del Duca ont essayé de mettre en œuvre une fuite de masse, ou au moins de favoriser certains d’entre eux. Mais le projet n’a pas marché grâce à l’intervention efficace des forces de police qui en complète coordination se sont activées et on bloqué au départ l’essai d’évasion des extracommunautaires en attente d’être expulsés d’Italie. La tentative de fuite est commencé à minuit, quand un groupe de 40 tunisiens, marocains, iraquiens et palestiniens, en profitant des feux d’artifices sont sortis de leurs chambres en rejoignant le toit de l’édifice et en mettant en scène une protestation, en jetant des objets avec l’intention de créer la confusion nécessaire pour distraire la surveillance et pour finaliser une évasion massive ou au moins de quelqu’un d’entre eux. Mais le personnel de surveillance avait prédisposé des services de prévention qui se sont révélés efficaces, en arrivant à réprimer la révolte. Les carabinieri et la guardia di finanza sont aussi arrivé immédiatement sur place et, en coordination avec les autres forces de l’ordre, ils ont organisé à l’extérieur de la structure une ceinture de sécurité pour empêcher les fuites, en permettant aux agents prédisposés à la surveillance de bloquer la protestation organisée, avec des lacrymogènes et des hydrants. L’opération s’est prolongée pendant environ 2 heures mais sans blessés. Pendant l’émeute certaines structure du centre d’accueil ont été endommagées. Celui de hier est la huitième tentative d’évasion mis en œuvre par les extracommunautaires. Cinq d’entre eux ont été bloqués par l’intervention des forces d police, trois autres se sont conclus avec la fuite des extracommunautaires. Les immigrées qui se sont enfuis sont 13 au total, mais trois parmi eux ont déjà été retracés.

http://www.lameziattiva.it/in-cittan/in-cittan-lamezia-terme/8556-lamezia-t-bloccata-evasione-dal-cie.html

Les deux articles montrent, chacun à sa manière, comment l’information peut être déformée ou rester lacuneuse, comment le discours banalisé sur contrôles, détention et expulsion est tellement dédouanée et « normalisé » qu’on peut presque tout dire désormais. Dans le premier, qui décrit en quelque ligne un débarquement pendant la nuit du 31 décembre, ce qui étonne immédiatement est la synthèse des faits proposée : le zodiac d’où les 25 sont débarqués s’est éloignée tout de suite - on essaie de visualiser la scène -pendant que les enquêteurs et les volontaires sur la plage ont récupéré et soigné les migrants. Comme pour la consigne d’un paquet postal, rien de plus simple. Le zodiac arrive, dépose son charge humain à quelques mètres de la cote et il s’en va ; les autres, la police et les humanitaires, attendent sur la plage. Tout l’attention est déplacée ici sur le « comité de bienvenu », avec les forces de l’ordre et les membres de l’entreprise humanitaire Misericordia, qui a presque le monopole en matière d’assistance et qui en tout cas en fait un très rentable business. L’efficacité et la ponctualité de l’assistance humanitaire, qui se déplace tout le temps avec son grand frère police, patron des contrôles et de la vigilance. Il s’agit d’un ANSA, dont la caractéristique principale est la brévité synthétique, c’est vrai. Mais même dans le résumé d’un fait, on peut remarquer comment l’accent se déplace, en mettant en lumière la banalité du débarquement face à l’efficacité de l’intervention, et en offrant des détails (combien de mineurs, et la provenance des migrants) assez généraux. Or, ce qu’on peut observer en termes de langage dans le 5 lignes du communiqué est que pour une simplification conceptuelle « clandestins » et « immigrés » deviennent des synonymes qui connotent les migrants. Cette confusion apparemment futile jette au contraire une lumière sur l’usage arbitraire, de la part des media et des institutions, d’une terminologie ambigüe qui a tendance à généraliser et simplifier le discours qui concerne les migrations internationales et qui, évidemment, a des répercussion graves sur la perception publique de la question. Dans le deuxième article de presse locale, ce discours arbitraire et ambigu est encore plus évident : la description de faits met l’accent sur l’intervention des forces de l’ordre pour réprimer une « révolte » et bloquer une « évasion » en louant le succès de l’opération de contrôle et de gestion du problème. Le vocabulaire est évidemment celui de l’espace carcéral pour ce qui concerne les faits, où à une révolte et à une évasion correspond l’intervention des forces de l’ordre, internes à l’espace de rétention et externes à celui-ci , qui opèrent selon les codes et les techniques d’émergence du dispositif-prison : mais qui sont les personnes « en révolte » ? Il s’agit d’ « extracommunautaires », d’ « immigrés » qui sont les « hôtes » du centre de Identification et expulsion ! Or, le présupposé essential est que les personnes détenues dans cet espace, qui attendent leur expulsion du territoire national, y sont détenues en tant que « coupables » du délit d’immigration clandestine et que, ayant été « identifiées », elles attendent le déroulement de la deuxième étape du processus de contrôle/détention-expulsion. Mais cette « évidence » - c’est-à-dire leur condition de détention - est pourtant implicite : au contraire, ils sont les hôtes du centre et l’auteur se garde bien de parler de détenus, ou de prisonniers. La confusion est telle que CIE et centre d’accueil deviennent des synonymes, en dépit même de toute définition officielle. On est ici en face d’un cas extrême de mystification et de déformation de l’information, qui pourtant met en évidence la manque de cohérence et de précision dans l’usage de la terminologie inhérent la migration, la violence et la mauvaise foi du discours qui va au-delà des mauvaises pratiques de police. Car si plusieurs témoignages parlent du CIE de Lamezia Terme comme d’une véritable prison, en dénonçant les conditions de détentions extrêmes auxquelles les migrants sont soumis, on est ici en face d’une position beaucoup plus subtile et perverse qui peut passer inaperçue mais qui a des répercussions aussi importantes. Sur la plage de San Leonardo di Cutro les humanitaires attendaient les migrants avec la police ; le Centre de identification et d’expulsion est un centre d’accueil. La condition du premier secours (destinée à toute personne en péril, sans considèrer sa position administrative, selon des principes universels), et la dimension de l’accueil (qui devrait concerner au moins dans la terminologie technique des institutions, les personnes qui ont accès à la demande de protection internationale) se mélangent, se superposent et s’intègrent à la forme de la détention qui caractérise les CIE. L’accueil n’est donc pas en contradiction avec la détention, mais il prend, au contraire, exactement la forme de la détention. Les immigrés sont clandestins, les extracommunautaires sont immigrés, les clandestins sont extracommunautaires. Le clandestin est juridiquement criminalisé, et pour analogie tout immigré et tout extracommunautaire sont inscrits implicitement dans l’ordre sémantique de l’illégalité et même de la criminalité. Mais ils sont des hôtes des Centres, et leur condition de détention objective, qui s’explicite dans le cas d’émergence dans lequel les forces de l’ordres opèrent exactement comme dans l’espace carcéral, pourrait rester informelle, implicite et couverte d’une rhétorique humanitaire et d’ « accueil ». On ne veut pas faire de la rhétorique à notre tour, au contraire. On veut montrer comment le langage des media rend explicite l’ambivalence de la gestion de la question migratoire, des pratiques de control, d’enfermement et d’expulsion, et du discours qui les caractérise. On souligne, comme plusieurs associations l’on fait à plusieurs reprises, la nécessité de mettre les media face à une responsabilité éthique et politique, celle d’utiliser une terminologie claire et pas ambigüe, qui n’empêcherait pas d’exprimer des opinions différentes mais qui obligerait à savoir exactement de quoi on parle des qu’on parle de CIE ou de Centre d’accueil, d’immigré plutôt que de clandestin. En arrêtant d’utiliser, pour exemple, un mot complètement faussé de son sens comme extracommunautaire, qui, seulement en Italie, assume un sens arbitraire et connote exclusivement le migrant. L’extracommunautaire est par définition celui qui n’est pas citoyen d’un des pays de l’UE : un canadien, un australien, un japonais sont des extracommunautaires. Seraient-ils Des immigrés pour cette raison ? Des clandestins ?

Pour terminer : la photo est bien sur celle du CIE de Lamezia Terme, mais d’une révolte du septembre 2009…

http://fortresseurope.blogspot.com/2009/09/lamezia-terme-fuga-dal-cie-la-polizia.html




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