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Un air de Calabre, avec Charlotte Entretien avec Charlotte, volontaire de la Confédération Paysanne en route vers le sud de l’Italie.
Peux-tu te présenter en quelques phrases ?J’ai 23 ans, je viens de finir mes études à Science Po Bordeaux. C’est là-bas que j’ai commencé à m’investir au sein de la Cimade, dans les permanences juridiques, et que je me suis sensibilisée à la situation des étrangers en France et à la question de leurs droits. J’ai par la suite effectué un stage de 3 mois au Jesuit Refugee Service à Malte, j’y ai été confrontée à l’enfermement des migrants dans les camps fermés et ouverts. J’ai rencontré des demandeurs d’asile, découvert leur histoire, leurs difficultés pour arriver en Europe, leurs incertitudes face à cette « Justice » délivrant ou refusant le droit d’asile, leur sentiment d’injustice face à leur enfermement dans des conditions insalubres, des baraques ou des tentes surpeuplées jusqu’à 12 voir 18 mois ! Les questions des politiques migratoires m’intéressent depuis longtemps surtout dans le cadre européen car en tant que citoyens, nous sommes responsables des politiques que mettent en place nos dirigeants. Il est nécessaire de lutter contre la xénophobie ambiante, en s’informant tout d’abord, car trop de discours démagogiques cherchent à nous instrumentaliser. J’ai axé mes thèmes de recherche autour de cette problématique. Qu’est-ce qui t’a poussé à partir avec Échanges et Partenariats ?Je cherchais à faire un volontariat à l’étranger, mais pas n’importe comment. La méthode d’EP est celle qui m’a paru la plus intéressante, pour la formation, le suivi, le militantisme et aussi la mise en lien avec quatre autres volontaires de la Confédération Paysanne qui partent dans d’autres pays dans le cadre de la même campagne, sur l’agriculture paysanne et les travailleurs migrants saisonniers. C’est important d’apprendre sur le terrain, de voyager, de rencontrer des personnes qui viennent d’ailleurs, afin de déconstruire nos préjugés. Et surtout, c’est important pour moi que cela participe d’une démarche militante et politique, et pas seulement d’un besoin de charité. Quelles sont tes motivations à partir ?Je pars en Italie, en Calabre, avec la Confédération paysanne, sur la thématique des travailleurs migrants dans l’agriculture, et de l’agriculture paysanne. Cabiria part également dans un pays de destination, l’Espagne, tandis que Sylvie et Julia seront en Roumanie et en Pologne, deux pays de départ, ce qui nous permettra d’étudier les liens qui se construisent entre ces pays sur le thème du travail agricole saisonnier. Ce qui nous intéresse, c’est d’étudier la disparition progressive de l’agriculture paysanne et de faire le lien avec la mise en concurrence croissante entre les bassins agricoles, qui pousse à la concurrence entre les travailleurs des différents pays et au dumping social et économique. Il y a un réel bafouement des droits des travailleurs migrants. Les migrants se retrouvent pris en otage entre d’un côté une politique xénophobe et répressive, et de l’autre côté un système d’exploitation agricole industriel et ultra libéral qui les surexploite. Pour moi, leurs droits économiques et sociaux sont directement liés à la question de leurs droits humains. J’ai envie de travailler sur le contexte de l’après « Rosarno ». Dans ce village de Calabre, les ouvriers agricoles immigrés se sont révoltés en janvier 2010 suite à un énième acte de violence à leur encontre. Il y eut des heurts avec la population du village, de véritables « chasses à l’homme », noir en l’occurrence, et près de 900 immigrés ont du quitter le village et ses alentours. Ce village est alors devenu le symbole de l’exacerbation de l’exploitation des travailleurs étrangers et de la violence du racisme. Il ne s’agit pas de désigner un coupable, mais de comprendre les ressorts d’une telle explosion de violence pour éviter que cela ne se reproduise. Je m’attends donc à ce que ma mission de terrain soit sensible. Je vais aussi participer à l’organisation d’un séminaire d’une semaine entre syndicats de différents pays autour de cette question. L’objectif est de faire émerger des analyses communes entre les différents acteurs pour favoriser l’émergence de solidarités internationales. Et après ?Je n’ai pas de projet précis, j’espère pouvoir voyager, je rêve souvent à la Turquie, continuer à apprendre et à saisir les opportunités de la vie. |
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