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Filippo vu par Marine "On ne revient pas arrière" Marine s’est entretenue avec Filippo. Il part à Venise en mission avec Migreurop pour travailler sur la thématique "Droit des étrangers".
Où pars-tu en mission ? Je pars avec Migreurop à Venise, en Italie dès novembre prochain pour travailler avec une association locale, Melting Pot, sur la question de l’enfermement des migrants ainsi que du contrôle des étrangers dans les ports en Italie. Qui es-tu ? Je m’appelle Filippo et je viens de Verone en Italie. J’ai vécu en Italie, à Bologne et Venise puis quatre années au Canada à Montréal et enfin à Paris depuis Septembre 2009. J’ai fait une thèse en anthropologie sur les politiques d’accueil des demandeurs d’asile à Venise. Comment as-tu décidé de t’intéresser à ce thème de recherche ? En fait dans le cadre de mon mémoire de fin d’études de Master, je me suis penché sur les immigrés italiens au Canada. Ensuite on m’a proposé un doctorat à l’université de Montréal. Je m’intéressais à l’époque au Parlement international des écrivains. C’est un réseau de chercheurs et d’écrivains qui voulait créer un réseau de villes refuges pour tous les écrivains menacés dans leur pays d’origine. Venise faisait partie de ce réseau. En 2003 le Parlement s’est dissout mais j’ai continué mes recherches à Venise sur la notion de ville d’asile et sur les politiques en matière d’asile en Italie. C’est à Venise que j’ai connu Melting Pot, qui fait partie du réseau Migreurop. J’ai commencé à collaborer avec eux et c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec le réseau et ses membres. Avant la mission à Venise, as-tu eu l’occasion de travailler avec Migreurop ? Oui par le biais de Melting Pot j’ai donc pu travailler sur plusieurs thèmes avec le réseau. De plus j’ai eu la chance de mener une enquête sur la frontière Adriatique, donc de participer au dernier rapport annuel du réseau en travaillant sur le port d’Ancone et la question du contrôle des migrants là-bas. Tu as beaucoup voyagé et habité à différents endroits. Est-ce qu’il y a un lieu où tu te sens le mieux ? J’ai vraiment aimé Venise. J’ai également aimé vivre à Paris. Ma première année à Montréal m’a beaucoup plu mais après ce fut plus difficile : il fait trop froid là bas, tant au niveau du climat que des gens. Qu’est-ce que tu aimes ? J’aime voyager, faire la cuisine (mon plat favori est le risotto), j’aime beaucoup écrire et lire, j’aime la curiosité, la mer, le café le matin et flâner. Et ce que tu n’aimes pas alors ? L’arrogance, le stress et puis surtout les gens qui ne regardent pas dans les yeux quand ils parlent. Comment en es-tu arrivé à t’intéresser à la question des migrations ? Une partie de ma famille est émigrée. Cela remonte à loin mais certains sont partis en Allemagne, au Brésil et même en Australie. Et puis j’ai grandi à Verone qui est une ville très raciste. J’ai réalisé à quel point les Italiens font un blocage avec la question des immigrés chez eux. Pourtant nous sommes nous-mêmes un peuple d’immigrés. Et la question de l’asile m’interroge car selon moi elle se trouve à cheval entre la politique et l’éthique. Quels sont tes projets, tes envies, tes perspectives pour l’après... ? J’ai 2 ou 3 projets que j’avais commencés à différents endroits. J’aimerais beaucoup continuer les laboratoires de théâtre en prison et en centres d’accueil. J’ai participé à ce genre d’initiatives en juillet 2010 en Sicile et ce fut une expérience très riche. J’ai travaillé avec une metteuse en scène sur les projets de théâtre. Après je voudrais continuer à collaborer avec des revues, écrire des articles etc. Et puis enfin je voudrais contacter un professeur en Espagne qui se penche sur la question du syndrome d’Ulysse. C’est l’idée que les migrants, à force de bouger dans des environnements différents, d’être en quelque sorte déraciné, exposés au risque, à l’instabilité, en crise par rapport à leur propre présence au monde, sont soumis à des difficultés mentales et psychiques. Il s’agit donc de comprendre quelles sont les implications au niveau donc de la santé mentale et de la vie en général de ce déracinement. Ca m’intéresse en tous cas. Si tu devais te définir en quelques mots, comment le ferais-tu ? L’attention et la curiosité. Je suis quelqu’un de très social mais je peux aussi être très lunatique. En fait je réagis beaucoup au climat. Je parle parfois beaucoup, et aussi très bas. J’ai pensé à une sorte de « mot de passe » pour ma vie. C’est une petite phrase que j’aime beaucoup : « On ne revient pas en arrière ». Pour moi cela signifie que l’on ne peut pas effacer l’expérience passée. Il faut essayer d’être plus entier possible, en prenant en compte son passé, ses expériences tout en gardant les yeux sur le présent, sur ce que l’on fait, là où on est. En fait ce que je fais, je le fais en gardant en tête mon passé même si celui-ci n’est pas très logique. Je suis poisson ascendant scorpion. |
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