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La caravane des mal-logés : une semaine pour réclamer plus de logements sociaux à travers le Québec
Pour dénoncer le manque d’investissement en logement social partout au Québec, la caravane du FRAPRU (FRont d’Action Populaire en Réaménagement Urbain), regroupement québécois pour le droit au logement, a sillonné les routes québécoises du 14 au 19 février 2011. La caravane des mal-logés s’est clôturée à Québec samedi 19 février où 700 personnes ont défilé pour dénoncer les problèmes de logement et d’itinérance. Tout au long de la semaine, de 20 à 40 caravaniers, militants et permanents des comités logement québécois, ont participé aux actions symboliques, manifestations et soirées publiques organisées par les comités logement locaux. Celles-ci avaient pour objet de mettre en valeur les enjeux et les besoins en matière de logement pour les différents territoires traversés.
Le nouveau budget québécois doit comprendre des logements sociaux
La caravane s’est tenue dans une période pré-budgétaire pendant laquelle le gouvernement du Québec préparait le budget de 2011. Au Québec, on ne construit plus de HLM depuis 1993. Cependant, depuis la fin des années 80, le financement de nouveaux logements sociaux se décide année après année en ce qui concerne les coopératives et les OBNL (Organisme à but non lucratif)1. Dévoilé au printemps 2010, le plan de lutte à la pauvreté du ministère prévoyait le financement de 3 000 nouvelles unités. Cependant, il ne précisait pas si la construction de ces 3 000 logements était comprise pour les 5 ans et si ce nombre serait reconduit chaque année.
Il est donc important de montrer au gouvernement québécois, qu’il y a encore des besoins en matière de logements sociaux et que les groupes travaillant avec les requérants ont des revendications précises. Ville par ville, au fil de la semaine de la caravane, le FRAPRU a plaidé en faveur du financement de 50 000 logements sociaux sur 5 ans répartis dans tout le Québec. Cette estimation a été faite à partir des statistiques établies d’après le nombre de demandes de HLM en tenant compte également du nombre d’habitants vivant sous le seuil des "besoins impérieux" (on est loin du 3 000 "promis" par le gouvernement). Les chiffres étaient dévoilés à chaque étape de la caravane :
-1 400 à Gatineau
-22 500 à Montréal
-450 dans le Grand Roussillon
-1 500 à Sherbrooke
-1 330 à Trois-Rivières et Shawinigan
-900 à Saguenay
-4 300 à Québec.
31 050 logements sociaux sont donc nécessaires dans les villes où est passée la caravane sans oublier, bien sûr, le reste du Québec qui est concerné par le manque de 18 950 logements. Même si Montréal est un noeud où les problèmes de logement sont accumulés et exacerbés, cette ville n’est malheureusement pas la seule concernée par ces problèmes..
Les enjeux du logement : des problèmes locaux qui deviennent globaux
Tout au long de la semaine, les différents enjeux actuels du droit au logement ont été mentionnés : la hausse des loyers, les expropriations, la difficulté d’accès au logement des personnes seules, la difficulté d’accès au logement des autochtones, l’arrêt de la construction d’HLM, la durée d’attente pour entrer en HLM, les priorités données aux constructions privées, etc...
À chaque lieu était associé un enjeu local dénoncé par une action symbolique dont entre autres :
À Montréal : Occupation d’une construction inachevée de logements étudiants depuis presque 5 ans en plein centre-ville aux mains, à tour de rôle, de l’Université du Québec à Montréal, de Québec (=la province) et maintenant d’un promoteur, et le chantier est toujours en « times off »...
À Châteauguay : Visite d’un bloc en construction de futurs logements communautaires pour lesquels se sont battus le comité-logement local (il y a donc aussi des victoires dans ce monde de brutes)...
À Sherbrooke : Pièce de théatre devant un terrain vague où a été démoli (sans reconstruction ultérieure) un immeuble délabré qui abritait pourtant des familles à faibles revenues ne pouvant accéder à des appartements décents sur le marché privé (et devant attendre des années avant de pouvoir avoirs accès à un HLM)...
À La Tuque : Manifestation devant le bureau de la ministre, Julie Boulet, en charge du plan de lutte à la pauvreté et rencontre des jeunes du Centre d’Amitié avec les Autochtones pour dénoncer les discriminations au logement subies par les autochtones québécois...
À Québec : La manifestation s’est clôturée avec un piquet et un déploiement de tentes rouges « 2 secondes » (nouveau fil rouge pan-canadien (à noter ! pas juste québécois !) des manifestations pour le droit au logement) devant le ministère des finances, détour important avant le dépôt par celui-ci du budget...
L’objectif médiatique de la caravane a largement été atteint en région où de nombreux articles sont parus dans les différents journaux locaux et où les actions ont été annoncées à la radio. Les médias nationaux l’ont mentionnée dans de petites dépêches, la grève des avocats du gouvernement faisait la une.
Une caravane haute en couleurs et en récits
« Derrière ces chiffres -les 50 000 logements-, il y a des gens qui ne peuvent se loger, manger ou se chauffer décemment. Nous ne sommes pas un numéro mais des femmes et des hommes réclamant le droit de vivre dans le respect de leur dignité. » commente Gabrielle Couture, caravanière au nom du Comité-logement Trois-Rivières et de la Fédération des locataires d’HLM du Québec. « De 20 caravaniers au début, nous avons fini à 40 à partager ensemble les mêmes revendications face aux problèmes de manque de logements sociaux ».
Les militants des comités-logement, ont chacun leur propre histoire. Ils ont souvent déjà eu recours aux services de ces comités, que ce soit pour un appui juridique dans une poursuite à la régie du logement, pour une aide dans la recherche d’un logement avec un loyer adapté à leur revenu ou encore dont la superficie est adéquate à la composition de leur ménage ou, pour tout autre soutien. Ils s’impliquent maintenant bénévolement lors des mobilisations, deviennent membres de leurs conseils d’administration ou encore participent à l’élaboration d’un projet de logement communautaire.
Tous les caravaniers ont participé aux différentes actions symboliques, manifestations et soirées publiques organisées par les comités logement locaux. La semaine a été chargée avec une moyenne de deux manifestations, une soirée thématique et trois heures de voiture par jour.
Aux quatre coins du Québec, la semaine s’est donc déroulée avec une bonne dose de froid, en slogans et chansons sur le logement, en rencontres informelles, avec la police en toile de fond et surtout, en sourires ! L’enjeu principal n’a pas été oublié : tout a été fait pour que le gouvernement n’oublie pas les mal-logés !
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