L’alphabétisation : un chemin vers l’autonomie et la confiance ✨ :

Dans le cadre de mon service civique en Côte d’Ivoire, j’ai eu l’opportunité de travailler au sein de la Fondation Beugré Fondasensi, une structure locale investie dans l’éducation et l’accompagnement des populations les plus vulnérables, notamment dans la commune de Locodjro.

Trois fois par semaine, de 19h30 à 21h, je pousse la porte d’une petite salle qui dégage une merveilleuse énergie. J’y retrouve Madame Beugré, vice-présidente de la fondation, ainsi que Madame Lébé. À leurs côtés, j’encadre un groupe majoritairement composé de femmes, et de deux hommes, tous réunis autour d’un même objectif : apprendre à lire et à écrire.

Très vite, j’ai été marquée par la diversité des participantes. Certaines femmes ont le même âge que moi, à peine la vingtaine, tandis que d’autres ont plus de 50 ans. Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est la solidarité qui s’installe entre elles. Les parcours sont différents, parfois difficiles, mais elles avancent ensemble, avec beaucoup de bienveillance.

Pour elles, l’alphabétisation est bien plus qu’un simple apprentissage. Au fil des échanges, j’ai compris que c’était surtout une quête d’indépendance. Beaucoup souhaitent pouvoir se débrouiller seules au quotidien, sans dépendre de quelqu’un pour accomplir des actes basiques, tels que lire une simple pancarte ou un message sur leur téléphone. Et puis, il y a aussi des projets plus ambitieux : obtenir un diplôme (l’équivalent du brevet dans leur cas), afin de trouver un travail moins pénible et surtout mieux rémunéré. Apprendre à lire devient alors une vraie clé pour avancer.

Si elles n’ont pas été scolarisées plus jeunes, ce n’est jamais par manque d’envie. Pour beaucoup, c’est parce qu’elles étaient des femmes : dans certaines familles, on estimait qu’elles n’avaient pas besoin d’étudier, qu’elles devaient seulement se marier, tenir un foyer et avoir des enfants. D’autres sont devenues mères très jeunes et ont dû abandonner le système scolaire, tandis que certaines ont grandi dans des contextes où les difficultés financières les ont obligées à travailler très tôt pour aider leur famille. Aujourd’hui, leur retour à l’apprentissage ressemble à une seconde chance, qu’elles saisissent pleinement avec beaucoup de courage !

Les cours se déroulent dans une ambiance bienveillante. Chaque séance commence par une révision des leçons précédentes, avant d’introduire de nouvelles notions. J’ai réalisé à quel point cette répétition est essentielle : tout se construit progressivement, étape par étape.

Mais le chemin reste exigeant. Le groupe a dû être séparé en deux niveaux. Avec le groupe des débutantes (que j’encadrais), j’ai pris conscience de la difficulté réelle de cet apprentissage : reconnaître des lettres, associer des sons, lire un mot… des actions qui paraissent anodines pour ceux qui ont eu la chance d’aller à l’école, mais qui représentent ici un véritable défi pour des adultes n’ayant jamais été scolarisés.

Il y a aussi des moments de découragement. Certaines participantes viennent une ou deux fois, puis arrêtent. Quand je leur pose la question, elles me disent qu’elles ont déjà passé la moitié de leur vie sans savoir lire, et que ce n’est pas si grave de finir leur vie ainsi.

Cependant, la majorité reste. Elles reviennent, persévèrent, avancent. Et leur détermination est sincèrement impressionnante.

Petit à petit, quelque chose change. On le voit dans leur regard et dans la confiance qu’elles gagnent un peu plus après chaque cours. Pendant mon séjour en tant qu' »enseignante » au sein de cette structure, j’ai été témoin de la progression de nombreuses personnes : beaucoup ont appris à lire grâce à cet accompagnement.

J’ai adoré venir à la fondation pour donner ces cours. C’était ma première expérience, et au départ j’avais certaines craintes : j’étais la plus jeune des « enseignantes », mais aussi la plus jeune dans la salle. Je me sentais parfois illégitime et assez maladroite. Mais au fil du temps, je me suis améliorée, et tout le monde m’a encouragée en me disant qu’elles aimaient que je vienne leur enseigner. J’ai énormément appris auprès de mes collègues, mais également auprès de ces femmes. Je leur apprenais à lire, en faisant de mon mieux, et elles me le rendaient avec beaucoup de gentillesse, tout en m’apprenant aussi énormément de choses sur la vie. J’y ai fait de très belles rencontres et j’en suis ressortie grandie.

Pour ces personnes, l’alphabétisation devient bien plus qu’un simple apprentissage : elle redonne confiance, ouvre des perspectives et permet à chacun de reprendre le contrôle de sa vie ! 🍀