Commémor’action du 6 février 2026
Ce 6 février 2026, j’ai participé avec le CRID à l’organisation de la Commémor’action, place de la République à Paris. Cet événement n’est pas né de nulle part : il plonge ses racines dans la tragédie du 6 février 2014 à Ceuta, où au moins quinze personnes ont été tuées par des tirs de la garde civile en tentant de rejoindre l’Espagne à la nage. De ce crime est né un mouvement transnational.
Pendant un mois, nous avons travaillé avec un tissu d’associations du Réseau d’Entraide Vérité et Justice à la FASTI, en passant par la CIMADE et Solidarité Asie France pour construire ce rassemblement. La « Commémor’action » a pour objectif à la fois d’honorer la mémoire des milliers de personnes disparues et assassinées en Méditerranée à cause du régime de mort aux frontières, et d’agir concrètement par la protestation. Chaque année, dans plus de soixante villes à travers le monde, des personnes se lèvent pour un même refus : celui de considérer que certaines vies valent moins que d’autres. Notre action à Paris s’inscrivait dans ce vaste mouvement de solidarité, pour offrir aux familles en deuil, privées de tombe, un lieu de recueillement collectif et pour amplifier leur combat pour la vérité.
On s’est retrouvés à 17h, place de la République, pour commencer l’installation. Il a d’abord fallu trouver notre espace, nous faire une place parmi les deux autres rassemblements déjà présents. Puis est venu le temps de la mise en place: accrocher les affiches où étaient inscrits les noms des victimes, disposer quelques photos, vérifier la sono. Le programme était le suivant : projection d’un court-métrage, prises de parole, temps d’hommage et interventions musicales.

Le monde est arrivé très vite. Et j’ai pu retrouver Mathilde, Léna et Jeanne présentes aussi. On a échangé sur l’état de nos missions, notre moral et nos actus du moment, bref un très bon moment 🙂 Dès 18h, tout a commencé par la projection de « Tempête Silencieuse ». À travers ce court métrage, des côtes de l’Atlantique à celles de la Méditerranée, la réalisatrice rencontre des femmes dont les voix portent le poids de la perte et d’espoirs ruinés. Le deuil et l’attente sans fin des corps disparus y trouvent, dans le mouvement perpétuel des vagues, une dimension de méditation douloureuse qui a saisi l’assemblée.

Les prises de parole se sont ensuite enchaînées, données par des collectifs, des familles, des proches. Ils ont livré des récits de douleur, mais où pointait toujours un espoir. Et cet espoir, c’était nous. Il prenait sa source et sa force dans la simple présence de toute cette foule rassemblée, qui par son écoute attentive devenait le premier rempart contre l’oubli.

