Lutter pour la dignité et les droits des résidents de foyers de travailleurs isolés.

Coallia, anciennement Aftam (Association pour la Formation des Travailleurs Africains et Malgaches), apparaît dès le début de ma mission comme un acteur fortement décrié par les résidents des foyers et par le Copaf. J’ai rapidement le sentiment que le bailleur joue un rôle central dans les atteintes répétées aux droits des résidents.

Sur son site internet, l’association explique que :

pensés et construits dans les années 60, les foyers de travailleurs migrants sont aujourd’hui non conformes aux normes d’habitabilité et pour la plupart vétustes. Les activités informelles et le vieillissement du public requièrent un traitement spécifique : suppression ou mise en conformité des activités, création d’un projet social adapté.

Mais adapté à qui ? C’est la question à se poser pour mieux comprendre les enjeux de la lutte pour le droit des résidents des foyers que le collectif à entrepris depuis près de 30 ans. 

Moi ce qui m’intéresse c’est la contradiction entre ce que Coallia annonce et la réalité des choses. Coallia gère aujourd’hui 19 FTM (foyers de travailleurs migrants) destinés à être transformés en résidences sociales quand ce n’est pas déjà le cas. L’association l’explique :L’amélioration des conditions d’habitat et de vie des travailleurs migrants à travers la transformation des foyers en résidences sociales modernes et autonomes, adaptées aux besoins de nos résidents constitue un axe stratégique et prioritaire du projet de Coallia. À ce titre, depuis plus de 20 ans, nous sommes activement engagés dans le travail de réhabilitation et de rénovation de notre parc de foyers de travailleurs migrants ”.

Mais alors, pourquoi cette transformation pose-t-elle autant de problèmes ?

Les FTM constituent des solutions de logement pérennes pour des travailleurs isolés de leur famille. Ils permettent une vie communautaire et une organisation collective, notamment grâce à des espaces partagés comme les cuisines et les restaurants solidaires. À l’inverse, les résidences sociales accueillent des publics isolés, aux profils très variés, sans lien commun. Le cœur du problème réside dans cette transformation du public : elle fragilise les dynamiques collectives et affaiblit les revendications communes. L’expression « diviser pour mieux régner » résume assez bien la situation.

Lorsque Coallia parle de « projet social adapté », il s’agit en réalité d’un projet censé s’adapter aux normes de la société française, au prix de l’effacement de toute forme de vie communautaire étrangère. En France, les espaces communautaires aux habitudes différentes suscitent méfiance et inquiétude d’une partie de la population. Les politiques publiques actuelles cherchent à instrumentaliser ce sentiment, et cela se traduit concrètement dans les règlements et contrats d’hébergement des bailleurs sociaux. Coallia l’affirme elle-même : « La part des foyers de travailleurs migrants ne cesse de décroître pour laisser la place à de belles résidences sociales, accueillant plus de 20 000 personnes dans des logements “clé en main”, avec une gestion locative de proximité. »

Si la « beauté » des résidences semble être une priorité pour Coallia, les résidents, eux, ont des préoccupations bien plus urgentes. Il suffit de leur demander, la liste des problèmes est longue. Chauffage défaillant, manque de sécurité, insalubrité… autant de dysfonctionnements relevant de la responsabilité du bailleur social. Et pourtant, les résidents payent un loyer de plus de 400 euros par mois, sans droit d’héberger un proche, sans possibilité d’avoir un animal de compagnie, sans véritable respect de la vie privée puisque le gestionnaire peut entrer dans le logement, ni même la liberté de modifier le mobilier de la chambre. Le non-respect de ces règles entraîne des expulsions quasi systématiques. Les résidents ne sont pas considérés comme des locataires, mais comme des personnes hébergées, et sont donc contraints de se plier à ces conditions.

Le 11 décembre 2025, les résidents ont donc organisé un rassemblement devant le siège social de Coallia, dans le 12ᵉ arrondissement de Paris. L’objectif était clair : obtenir une rencontre entre une délégation des foyers composée de trois résidents et d’une militante du Copaf et la direction afin de négocier plusieurs points problématiques du règlement intérieur.

Le jour même, les résidents sont venus nombreux, pancartes à la main et prises de parole au mégaphone. Après une heure d’attente, la délégation a finalement été reçue par la directrice Île-de-France et le chef de cabinet du directeur général de Coallia.

Mamadou Baradji, au nom de la coordination, à rappelé son rôle dans l’histoire de l’Aftam qui est de défendre les droits et les intérêts de tous les résidents. Il a notamment dénoncé le non-respect de la vie privée et le fait que le règlement intérieur n’ait jamais été discuté avec les résidents, contrairement à ce que prévoit la loi. Celui-ci était systématiquement présenté comme un fait accompli.

Coallia est d’accord pour rencontrer la coordination au minimum une fois par an pour discuter des problèmes généraux dans les foyers. La Coordination demande que Coallia reporte le début de la facturation de la surconsommation d’eau du 1 er janvier à début mai. Cela donnera quatre mois pour que la Coordination puisse sensibiliser les résidents. La direction est d’accord pour accorder ce délai de quatre mois avant application de la facturation.

Même si toutes les revendications n’ont pas été satisfaites, ce rassemblement constitue une victoire pour les résidents et les militant·e·s mobilisé·e·s. 

Vous retrouverez les photos que j’ai pu prendre à l’occasion. Ce premier article me permet de poser le contexte dans lequel ma mission intervient afin que vous puissiez avoir toutes les clés pour comprendre les prochains ! 

La lutte continue et la voix des résidents ne cessera pas de se faire entendre.