Récap de mon premier mois à Montpellier chez Médecins du Monde

Des travailleur.euse.s équatorien.ne.s employé.e.s par l’entreprise de travail temporaire Terra Fecundis dans la Vallée du Rhône en 2011. Cette société d’entreprise espagnole est condamnée cette année-là par le tribunal de Marseille grâce, entre autres, au travail du CODETRAS. Photo : Jean Larive/Myop

Cela fait maintenant deux mois que mon service civique a commencé. C’est le moment de prendre un peu de recul. Déjà, il s’agit d’écrire quelques lignes sur le mois de formation d’Echanges et Partenariats qui a été extrêmement riche en termes de rencontres et d’apprentissages. J’ai particulièrement apprécié la journée intitulée « Extrême droite et Antifascisme », et celle sur la posture décoloniale à adopter pendant nos services civiques, mais aussi plus largement dans nos engagements militants. Ces divers ateliers m’ont fourni des outils que je vais pouvoir mobiliser au cours de mon service civique, notamment dans la partie opérationnelle de l’accompagnement médico-social. J’étais également très heureuse de rencontrer les organisations d’envoi et d’accueil de mes camarades afin de mieux comprendre comment allaient se dérouler leurs missions.

A la fin de la formation, nous étions toustes devenu.e.s ami.e.s et étions tristes de nous quitter. Cependant, nous étions également très motivé.e.s de commencer nos missions de service civique. Je suis donc partie le we du 22 novembre direction Montpellier. C’était plus un retour qu’une arrivée. Cette ville, je la connais bien, j’y ai habité pendant 1 an déjà. Dès que je suis arrivée aux locaux de médecins du monde à Montpellier, on m’a présenté les différents programmes de l’association. Tout d’abord, il y a le CASO, le Centre d’Accueil, de Suivi et d’Orientation. C’est une permanence d’accueil en lieu fixe qui sert à informer et orienter vers les structures d’aide médicale. Ensuite, il y a ROSELA, le programme de promotion de la santé auprès des travailleur.eu .ses du sexe. Finalement, il y a le programme Santé Environnement, qui me concerne. L’objectif est de mettre en place des permanences d’accompagnement médico-social pour les travailleur.euses saisonnier.ères étranger.ères ainsi que de réaliser une enquête auprès des exploitant.e.s agricoles pour comprendre les conditions de travail et les raisons du recours au travail saisonnier. C’est tout un monde nouveau qui s’est ouvert à moi depuis mon arrivée : celui du médico-social, dans lequel je ne m’étais pas encore impliquée jusqu’à présent.

J’ai commencé par participer aux permanences médico-sociales à Lunel. J’avais beaucoup de choses à apprendre : le fonctionnement de la MSA (Mutualité Sociale Agricole), les différents droits en santé en fonction de la situation administrative de séjour, ou encore les orientations possibles vers des professionnel.les de santé. J’ai eu la chance de pouvoir participer à une formation d’une après-midi donnée par une travailleuse sociale de Médecins du monde sur les droits en santé des personnes étrangères et à deux jours de formation sur l’entretien motivationnel par la CPTS de Lunel. Toutes les permanences ont lieu en espagnol car la majorité des personnes que nous accompagnons sont hispanophones. C’était une petite gymnastique au départ de me mettre à effectuer de nouvelles démarches administratives, le tout entièrement en espagnol. Petit à petit mon espagnol s’est fluidifié, et je me suis sentie plus à l’aise dans l’accompagnement.

Deux semaines après mon arrivée, je suis partie à Beaucaire un samedi pour participer à la pemanence du CODETRAS (Collectif de Défense des Travailleur.euse.s Saisonier.ère.s). En arrivant dans cette ville, j’ai immédiatement remarqué les affiches de Jordan Bardella et Marine Le Pen placardées partout sur les murs d’affichage. Ambiance. J’ai ensuite rejoint Béatrice Mésini, ma référente pour le CODETRAS dans une brasserie près des anciennes enceintes fortifiées de cette ville médiévale. Nous avons discuté de ma mission, et notamment de mon enquête auprès des exploitants agricoles. En effet, ces quatre dernières semaines ont aussi été ponctuées de moments de lectures et d’apprentissage au sujet des mécanismes sous tendant le travail saisonnier. L’objectif était de parvenir à une vision d’ensemble de la situation du territoire lunellois afin de mettre en place à partir de janvier une enquête appropriée, répondant aux objectifs de la mission. Nous avons notamment discuté de la posture à adopter lors des entretiens. Nous avons ensuite rejoint le lieu où les permanences d’accès aux droits ont lieu, en partenariat avec Latinos sin Fronteras, une association de personnes concernées. Le lieu en question est en fait le rez-de-chaussée d’une grande maison du centre de Beaucaire mise à disposition par un couple engagé. La permanence était très chargée, nous étions trois personnes accompagnantes et avons vu une trentaine de personnes en l’espace de quatre heures. Cependant, l’ambiance était bonne, je sentais que les latino-américains du coin formaient une communauté soudée qui s’entraidait. La carte ci-dessous permet de mieux visualiser le territoire. Lunel se trouve à la limite du Gard et de l’Hérault. Beaucaire est un peu plus à l’Est, à la frontière des Bouches-du-Rhône et du Gard.

Carte du Gard et des départements limitrophes. Source : https://cinema.bysosa.com/

Au cours de ces quatre semaines, j’ai compris plus directement à quel point la situation était difficile pour ces travailleur.eu.ses exilées. Les conditions de travail dans les champs du sud de la France sont extrêmement rudes, les logements sont insalubres, l’exposition aux pesticides est omniprésente, les accidents du travail sont extrêmement fréquents. Pour ne rien arranger, l’isolement, le manque de transports en commun, la barrière de la langue et la dématérialisation du service public rendent l’accès aux droits d’autant plus difficiles. Cette situation est invisible pour la plupart des personnes vivant dans les villes des alentours. Elle l’est moins pour les personnes vivant près des exploitations agricoles et croisant ces travailleur.euse.s au quotidien. Les conditions de vie des travailleur.euse.s saisonnier.ère.s agricoles s’inscrivent dans un système plus global de flux de main d’oeuvre dans notre monde mondialisé, permettant de faire baisser les coûts d’un complexe agro-industriel en exploitant la main d’oeuvre étrangère volontairement précarisée au cours d’un parcours de migration indigne. C’est ce que montrent entre autres les travaux de Béatrice Mésini, Emanuelle Hellio, Fréderic Décosse ou encore Charline Sempéré.

« Un repas devrait toujours être accompagné d’une pensée pour celle.eux qui ont labouré la terre » Auteur.ice inconnu.e

A bientôt et n’oubliez pas : La tierra para quien la trabaja !

Cagettes d’abricots (Beaucaire) Source : Contre-champs, photo par Dogan Boztas ©2023