– Tous migrants –

Communiqué de soutien : Tous migrants de la Méditerranée aux Alpes! Tous migrants, Mediterranea aussi! (en lien ci-dessous)

https://mediterranearescue.org/news/tous-migrants-de-la-mediterranee-aux-alpes-tous-migrants-mediterranea-aussi/

Le 5 Décembre 2020, Mediterranea publie un communiqué de soutien à deux militants français du Mouvement Citoyen Tous Migrants qui sont amenés à comparaître au tribunal de Gap pour  “aide à l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’étrangers en situation irrégulière en leur faisant franchir la frontière pédestrement.” Leur procès a été reporté à Mai 2021. 

En 2018, en réaction à la campagne de fermeture des ports de l’ex-ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini, dont la première audience de son procès pour séquestration de personnes aura lieu le 12 Décembre 2020, l’association Mediterranea naît en mettant en mer son premier bateau de sauvetage. Elle se base sur le fait que nous sommes européens et que de ce fait la situation en mer Méditerranée nous concerne. La lutte implique au moins trois continents : ceux qui bordent cette mer au milieu des terres. L’objectif d’avoir une dimension européenne est l’importance de la récolte de fonds pour pouvoir opérer en mer et avoir plus de poids face à tous les gouvernements. Néanmoins, il ne s’agit pas seulement de sauvetage en mer mais également de développer un réseau de villes solidaires car l’accueil dans la dignité est primordial. C’est une lutte pour le respect des droits humains et contre la peur, la rage et la désinformation. 

L’association est qualifiée de « buonista » (“bien pensante”) par la droite italienne : c’est une cause de privilégiés, si vous pensez aux migrants qui pensent aux pauvres italiens ? La question pourrait être rétorquée : si vous ne pensez ni aux migrants ni aux pauvres italiens, à qui pensez-vous ? Il en va de même pour tous les gouvernements : à qui s’adressent leurs politiques, qui veulent-ils satisfaire ? 

Le 5 Novembre 2020, Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures et membre du Parti social-démocrate suédois des travailleurs, plaide devant le Sénat français pour une augmentation des expulsions des étrangers en situation irrégulière au sein de l’Union Européenne et déclare : « Si nous ne sommes pas capables d’être plus efficaces sur les retours, il y a un risque de montée du populisme et le risque de perdre le soutien des citoyens européens ». Une telle déclaration n’est-elle pas elle-même populiste ? Penser à l’utilisation de méthodes d’externalisation est brillant : pour résoudre un problème, éliminons sa source ! Pourtant, si nous empêchons des personnes étrangères en situation irrégulière de fouler le sol de l’Union Européenne cela confortera les mouvements nationalistes de chaque pays. Les migrants sont victimes de stratégies politiques qui mettent en évidence la faiblesse des politiques internes, nationales qui semblent simplement être dédiées à la réélection des dirigeants déjà au pouvoir. Transmettre leurs peurs plutôt que d’informer ne fait qu’aggraver la situation alarmante. 

Pourquoi dépenser de l’énergie à vouloir stopper les flux migratoires plutôt que réinvestir la même énergie dans une stratégie d’accueil digne et respectueuse de tout être humain ? Trop compliqué, cela prendrait trop de temps, les moyens n’y sont pas. La crise est urgente … Si nous remontons seulement 5 ans en arrière avec le “pic” de la crise migratoire, la crise est urgente depuis au moins 5 ans mais la situation ne fait que s’aggraver. Alors très bien, si la situation en Mer Méditerranée et aux frontières n’implique pas les dirigeants, pourquoi se charger malgré tout de criminaliser tout type de solidarité ? Comme si c’était un acte de trahison. Est-ce pour légitimer et affirmer la décision d’invisibiliser les solutions mortifères ? Est-ce pour dissuader ? Pourquoi ne serions-nous pas simplement libres, au même titre que les gouvernements, de faire ce que bon nous semble ? Pourquoi renvoyer la balle aux pays d’origine là où la situation est déjà critique et qui cause le départ, les mouvements de personnes qui n’ont plus d’autre choix que de tout quitter ? Ce n’est pas tant les mouvements migratoires qui posent problème mais plutôt les réponses temporaires qu’apportent les États de l’Europe et de l’Union Européenne, se considérant au centre de la “crise”, qui sont problématiques ne faisant que repousser toujours plus loin les migrants. 

La répression est un système de défense qui utilise la violence pour rejeter, refouler. Si nous prenons le cas de la France, sous prétexte du maintien de la sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme, les effectifs de contrôle sont multipliés aux frontières au détriment de vies. Ce genre de stratégie n’alimente-t-elle pas la xénophobie ? Avec le projet de loi de “sécurité globale” il est question de protéger les représentants de l’ordre pour qu’ils puissent exercer sereinement leur métier sans que nous puissions témoigner des violences dont ils sont les acteurs.  Il est prévu de permettre aux policiers et gendarmes de porter une arme en dehors des heures de service dans les établissements recevant du public comme s’ils étaient capables de juger d’un danger alors qu’ils véhiculent eux même la répression. C’est un projet de loi liberticide : réprimer aux frontières et en mer ne suffit pas, il faut aussi s’assurer que personne ne manifeste son désaccord ou bien même ne tente d’alerter, d’informer, de témoigner de l’actualité des violences extérieures et intérieures. Pourtant, il y a un objectif commun : la sécurité. Cependant, la sécurité des uns semble porter atteinte à celle des autres. 

Plus la répression est forte, plus la lutte sera grande. Lorsque nous voyons que le gouvernement français appelle à l’innovation des forces de l’ordre, nous pouvons nous demander : que reste-il à inventer ? Si des moyens sont trouvés pour financer de nouvelles formes de répression, ils peuvent tout aussi bien être utilisés à des fins solidaires. Le communiqué de soutien fait référence au dernier éclat de génie des autorités grecques et sénégalaises qui accusent désormais les parents de leurs enfants morts en mer, d’homicide involontaire et de complicité d’immigration clandestine. Seulement, qui rend la migration illégale et de plus en plus difficile ? Au lieu de soutenir les pays en difficulté en leur apportant des outils pour se développer, les gouvernements aident et financent la répression pour s’assurer que personne n’atteindra l’Europe. Ce qui se passe aux frontières et en Mer Méditerranée ne doit pas devenir un spectacle dans lequel les gouvernements assument leurs stratégies inhumaines en se dérobant à leurs responsabilités. Un nouveau Pacte Migratoire a été proposé le 23 Septembre 2020. Serait-ce les nouvelles règles du jeu ? Cap ou pas cap ? Plus de solidarité entre les membres de l’Union Européenne mais pas envers les premiers concernés. Qu’à cela ne tienne nous sommes tous migrants.

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